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Articles avec #poesie catégorie

au pas cadencé

au pas cadencé

ALTERNITUDE

 

Gauche ;;; Droite ;;; Gauche ;;; Droite

Le défilé remonte les Champs Elysées

Gauche ;;; Droite ;;; Gauche ;;; Droite

Le pas est lent, mais alterné.

 

Droite ;;; Droite ;;; Droite faisait la France

Depuis tant et tant d’années

Jusqu’à ce jour de chance

D’un joli mois de mai.

 

Gauche ;;; Gauche ;;; Gauche ;;; Gauche

L’espoir avait changé de camp

Moche ;;; Moche ;;; Moche ;;; Moche

Les belles promesses volent au vent…

 

France, ma douce et bien aimée,

Apprends à vivre de tes français,

Ne renie pas tes immigrés

Laisse donc Ménard à Béziers.

 

 

ANDRE OBADIA

MAI 2016

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Published by ANDRE - ECRIT PERSONNEL, POESIE, CULTURE, LOISIRS

L'ANE CHARGE D'EPONGES ET L'ANE CHARGE DE SEL / JEAN DE LA FONTAINE / FABLE

L’Âne chargé d’éponges et l’Âne chargé de sel

l-ane-charge--PNG

 

Illustration de Gustave Dore


Un ânier, son sceptre à la main,

Menait, en empereur romain,

Deux coursiers à longues oreilles.

L’un, d’éponges chargé, marchait comme un courrier ;

Et l’autre, se faisant prier,

Portait, comme on dit, les bouteilles :

Sa charge était de sel. Nos gaillards pèlerins

Par monts, par vaux et par chemins,

Au gué d’une rivière à la fin arrivèrent,

Et fort empêchés se trouvèrent.

L’ânier, qui tous les jours traversait ce gué là,

Sur l’âne à l’éponge monta,

Chassant devant lui l’autre bête,

Qui, voulant en faire à sa tête,

Dans un trou se précipita,

Revint sur l’eau, puis échappa ;

Car au bout de quelques nagées,

Tout son sel se fondit si bien

Que le baudet ne sentit rien

Sur ses épaules soulagées.

Camarade épongier prit exemple sur lui,

Comme un mouton qui va devant dessus la foi d’autrui.

Voilà mon âne à l’eau ; jusqu’au col il se plonge,

Lui le conducteur et l’éponge.

Tous trois burent d’autant : l’ânier et le grison

Firent à l’éponge raison.

Celle-ci devint si pesante,

Et de tant d’eau s’emplit d’abord,

Que l’âne succombant ne put gagner le bord.

L’ânier l’embrassait, dans l’attente

D’une prompte et certaine mort.

Quelqu’un vint au secours : qui ce fut, il n’importe ;

C’est assez qu’on ait vu par là qu’il ne faut point

Agir chacun de même sorte.

J’en voulais venir à ce point.

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Published by ANDRE - LITTERATURE, POESIE, CULTURE

JEAN DE LA FONTAINE

JEAN DE LA FONTAINE

La Colombe et la Fourmi

la-colombe-et-la-fourmi.PNG

L’autre exemple est tiré d’animaux plus petits.

Le long d’un clair ruisseau buvait une colombe,

Quand sur l’eau se penchant une fourmi y tombe,

Et dans cet océan l’on eût vu la fourmi

S’efforcer, mais en vain, de regagner la rive.

La colombe aussitôt usa de charité :

Un brin d’herbe dans l’eau par elle étant jeté,

Ce fut un promontoire où la fourmi arrive.

Elle se sauve ; et là-dessus

Passe un certain croquant qui marchait les pieds nus.

Ce croquant, par hasard, avait une arbalète.

Dès qu’il voit l’oiseau de Vénus,

Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.

Tandis qu’à le tuer mon villageois s’apprête,

La fourmi le pique au talon.

Le vilain retourne la tête :

La colombe l’entend, part et tire de long.

Le soupé du croquant avec elle s’envole :

Point de pigeon pour une obole.

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Published by ANDRE - LITTERATURE, POESIE, CULTURE

PATTI SMITH

PATTI SMITH

PATTI SMITH / CHANSON MUSIQUE POESIE / CULTURE

Les Années 70, ou le journal de bord poétique de l’auteur de Just Kids.
Les Années 70 réunit l’essentiel des écrits de Patti Smith parus au cours de cette décennie - parallèlement à son extraordinaire carrière musicale - dans plusieurs recueils fameux (Witt, Kodak, Ha ! Ha ! Houdini !...)

Patti Smith, en jouant d’une langue rapide, parfois brutale, invente une mythologie moderne nourrie d’événements intimes, où se croisent amis et héros, réels ou imaginaires.

Cette insurrection poétique, sous la double influence de la littérature française et de la beat generation, aboutit dans certains textes à une douceur et un apaisement qui annoncent le lyrisme délicat de son livre-hommage à Robert Mapplethorpe, La Mer de Corail.

« Un artiste porte ses œuvres en guise de blessures. On trouvera donc ici un aperçu des plaies de ma génération. Souvent grossier, irrévérent - mais fait, je peux l’assurer, d’un cœur farouche.
Les années 70. Quand j’y pense maintenant je pense à un grand film dans lequel j’ai joué un rôle. Un rôle de figurante. Mais un rôle néanmoins que je ne jouerai plus jamais. »

Patti Smith a fait le récit de ses années 70 dans le livre Just Kids, immense succès international, pour lequel elle a reçu en 2010 le National Book Award.

Héritière des poètes français et des auteurs de la beat generation, dont elle mêla l’influence à l’énergie du rock, Patti Smith a lancé la vague punk new-yorkaise avec son album-manifeste de 1975 : Horses.

Tout au long de cette décennie d’insurrection poétique, elle a aussi publié des recueils devenus fameux - Seventh Heaven, Ha ! Ha ! Houdini !, Witt et Babel -qui constituent un véritable journal de bord de ses rencontres, de ses admirations et, surtout, de l’élan qui la poussait à créer inlassablement.
Les Années 70 : premiers écrits est l’anthologie définitive, établie par Patti Smith elle-même, en soixante-sept textes (poésie ou prose), de cette période effervescente.

Traduction de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Mourlon.

"L'artiste se préserve. Garde l'air fanfaron. Est enivré par le rituel comme par le résultat. Regardez-moi je ris. Je lappe S dans la paume brune et dure du boxeur. Je fais confiance à ma guitare. Par conséquent nous tombons dans les pommes ensemble. Par conséquent je pataugerais à travers l'écume pour lui et l'écume est devant mais nous nous contentons de rire. Montant avec la montagne creuse j'arrive au sommet.
Nous nous agenouillons nous rions nous rayonnons enfin. Cette révolte est une extase que nous dépassons. "

 

"Rhum
coeur malade
coeur de merde
coeur de merde
coeurs battants. palpitant cinglé. j'écris avec excitation. j'imagines que c'est toi qui montes l'escalier. "

 

"Nous étions aussi innocents et dangereux que des enfants courant dans un champ de mines."

 

"Tu es contrariée
Peut être devrais-je simplement cesser
d'être toi"

 

"Il y a de l'huile sur la route.
Cette huile a fait que la voiture a perdu le contrôle.
Ce que nous voulons découvrir, c'est qui l'a mise là et quel était le motif.
Qui a mis l'huile?
C'est moi.
Motif
l'art."
 
 
 

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ANNA / ECRIT PERSONNEL / POESIE

ANNA

 

Anna, la belle Anna est morte ce matin,

Comprenez-vous cela, vous qu’elle aimait si bien.

Si souvent je l’ai vu courir à travers prés,

D’ailleurs qui ne l’a vue, et qui ne l’a aimée ?

Je revois son visage, ses yeux bleus, son sourire,

Je revois son image, pourquoi faut-il mourir ?

Anna, ma belle Anna, je venais ce matin,

Pensant te trouver là, pour me tendre les mains.

Je t’ai cherchée mon âme, je t’ai cherchée ma vie,

J’ai versé une larme sur ton corps avili…

Pourquoi ont-ils fait ça, Anna, ma belle Anna,

Les hommes de ta classe ont la rancune tenace…

Ils ont pris ton bonheur, m’ont retiré l’espoir,

Pourquoi, pour ton malheur, faut-il que je sois noir ?

 

André Obadia  

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Published by ANDRE - ECRIT PERSONNEL, POESIE

LEOPOLDINE HUGO

LEOPOLDINE HUGO

MAISON DE VICTOR HUGO A VILLEQUIER

MAISON DE VICTOR HUGO A VILLEQUIER

EXTRAIT CI-DESSOUS

EXTRAIT CI-DESSOUS

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,
Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;
Maintenant que je suis sous les branches des arbres,
Et que je puis songer à la beauté des cieux ;
Maintenant que du deuil qui m’a fait l’âme obscure
Je sors, pâle et vainqueur,
Et que je sens la paix de la grande nature
Qui m’entre dans le cœur ;
Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
HEmu par ce superbe et tranquille horizon,
Examiner en moi les vérités profondes
Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;
Maintenant, ô mon Dieu ! que j’ai ce calme sombre
De pouvoir désormais

Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l’ombre
Elle dort pour jamais ;
Maintenant qu’attendri par ces divins spectacles,
Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,
Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,
Je reprends ma raison devant l’immensité ;
Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire
Que vous avez brisé ;
Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous êtes
Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !
Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,
Et que l’homme n’est rien qu’un jonc qui tremble au vent ;
Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme
Ouvre le firmament ;
Et que ce qu’ici-bas nous prenons pour le terme
Est le commencement ;
Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,
Possédez l’infini, le réel, l’absolu ;
Je conviens qu’il est bon, je conviens qu’il est juste
Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l’a voulu !
Je ne résiste plus à tout ce qui m’arrive
Par votre volonté.
L’âme de deuils en deuils, l’homme de rive en rive,
Roule à l’éternité.
Nous ne voyons jamais qu’un seul côté des choses ;
L’autre plonge en la nuit d’un mystère effrayant.

L’homme subit le joug sans connaître les causes.
Tout ce qu’il voit est court, inutile et fuyant.
Vous faites revenir toujours la solitude
Autour de tous ses pas.
Vous n’avez pas voulu qu’il eût la certitude
Ni la joie ici-bas !
Dès qu’il possède un bien, le sort le lui retire.
Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,
Pour qu’il s’en puisse faire une demeure, et dire :
C’est ici ma maison, mon champ et mes amours !
Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient ;
Il vieillit sans soutiens.
Puisque ces choses sont, c’est qu’il faut qu’elles soient ;
J’en conviens, j’en conviens !
Le monde est sombre, ô Dieu ! l’immuable harmonie
Se compose des pleurs aussi bien que des chants ;
L’homme n’est qu’un atome en cette ombre infinie,
Nuit où montent les bons, où tombent les méchants.
Je sais que vous avez bien autre chose à faire
Que de nous plaindre tous,
Et qu’un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,
Ne vous fait rien, à vous !
Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue ;
Que l’oiseau perd sa plume et la fleur son parfum ;
Que la création est une grande roue
Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu’un ;
Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent,
Passent sous le ciel bleu ;
Il faut que l’herbe pousse et que les enfants meurent ;
Je le sais, ô mon Dieu !

Dans vos cieux, au delà de la sphère des nues,
Au fond de cet azur immobile et dormant,
Peut-être faites-vous des choses inconnues
Où la douleur de l’homme entre comme élément.
Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre
Que des êtres charmants
S’en aillent, emportés par le tourbillon sombre
Des noirs événements.
Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses
Que rien ne déconcerte et que rien n’attendrit.
Vous ne pouvez avoir de subites clémences
Qui dérangent le monde, ô Dieu, tranquille esprit !
Je vous supplie, ô Dieu ! de regarder mon âme,
Et de considérer
Qu’humble comme un enfant et doux comme une femme,
Je viens vous adorer !
Considérez encor que j’avais, dès l’aurore,
Travaillé, combattu, pensé, marché, lutté,
Expliquant la nature à l’homme qui l’ignore,
Éclairant toute chose avec votre clarté ;
Que j’avais, affrontant la haine et la colère,
Fait ma tâche ici-bas,
Que je ne pouvais pas m’attendre à ce salaire,
Que je ne pouvais pas
Prévoir que, vous aussi, sur ma tête qui ploie,
Vous appesantiriez votre bras triomphant,
Et que, vous qui voyiez comme j’ai peu de joie,
Vous me reprendriez si vite mon enfant !
Qu’une âme ainsi frappée à se plaindre est sujette,
Que j’ai pu blasphémer,
Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette

Une pierre à la mer !
Considérez qu’on doute, ô mon Dieu ! quand on souffre,
Que l’œil qui pleure trop finit par s’aveugler,
Qu’un être que son deuil plonge au plus noir du gouffre,
Quand il ne vous voit plus, ne peut vous contempler,
Et qu’il ne se peut pas que l’homme, lorsqu’il sombre
Dans les afflictions,
Ait présente à l’esprit la sérénité sombre
Des constellations !
Aujourd’hui, moi qui fus faible comme une mère,
Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.
Je me sens éclairé dans ma douleur amère
Par un meilleur regard jeté sur l’univers.
Seigneur, je reconnais que l’homme est en délire,
S’il ose murmurer ;
Je cesse d’accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer !
Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,
Puisque vous avez fait les hommes pour cela !
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre
Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?
Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,
Le soir, quand tout se tait,
Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,
Cet ange m’écoutait !
Hélas ! vers le passé tournant un œil d’envie,
Sans que rien ici-bas puisse m’en consoler,
Je regarde toujours ce moment de ma vie
Où je l’ai vue ouvrir son aile et s’envoler !

Je verrai cet instant jusqu’à ce que je meure,
L’instant, pleurs superflus !
Où je criai : L’enfant que j’avais tout à l’heure,
Quoi donc ! je ne l’ai plus !
Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,
Ô mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné !
L’angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,
Et mon cœur est soumis, mais n’est pas résigné.
Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,
Mortels sujets aux pleurs,
Il nous est malaisé de retirer notre âme
De ces grandes douleurs.
Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,
Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,
Au milieu des ennuis, des peines, des misères,
Et de l’ombre que fait sur nous notre destin,
Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,
Petit être joyeux,
Si beau, qu’on a cru voir s’ouvrir à son entrée
Une porte des cieux ;
Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même
Croître la grâce aimable et la douce raison,
Lorsqu’on a reconnu que cet enfant qu’on aime
Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,
Que c’est la seule joie ici-bas qui persiste

De tout ce qu’on rêva,
Considérez que c’est une chose bien triste
De le voir qui s’en va !


Villequier, 4 septembre 1847.

Un de mes professeurs de Français nous avait fait apprendre par coeur les 160 vers de ce texte merveilleux.

VILLEQUIER EST SITUE A 4 KMS DE CAUDEBEC EN CAUX (NORMANDIE)

VILLEQUIER EST SITUE A 4 KMS DE CAUDEBEC EN CAUX (NORMANDIE)

 

Née au 90 rue de Vaugirard, Léopoldine rencontre Charles Vacquerie (1817-1843), fils d’un armateur du Havre, lors d’une visite de courtoisie que les Hugo font aux Vacquerie dans leur maison de Villequier en 1838. Léopoldine, qui a 14 ans, et Charles, qui en a 21, s’éprennent l’un de l’autre mais l’écrivain, très attaché à sa fille (qu'il surnomme Didine ou Didi), trouve celle-ci trop jeune (bien qu'elle soit l'aînée) pour pouvoir penser au mariage.

Après avoir patienté cinq ans, Léopoldine épouse Charles Vacquerie, le 15 février 1843, en l'église Saint-Paul à Paris, dans la plus stricte intimité.

Le 2 septembre suivant, le couple arrive à Villequier. Le lundi matin, 4 septembre, vers dix heures, Charles Vacquerie embarque sur la Seine, en compagnie de son oncle, Pierre Vacquerie (1781-1843), ancien marin, et du fils de celui-ci, Arthur (1832-1843), âgé de onze ans, lauréat de la veille, pour se rendre chez Me Bazire, le notaire de Caudebec, à une demi-lieue de Villequier, où il avait affaire, dans un canot de course que son oncle venait de faire construire.

Au moment de partir, Charles demande à sa jeune femme si elle veut les accompagner. Celle-ci refuse parce qu’elle n’est pas habillée. Les trois voyageurs se mettent en route après avoir promis d’être de retour pour le déjeuner. Quelques instants plus tard, Charles revient prendre deux lourdes pierres en bas de la maison parce que le canot n’a pas assez de lest. Alors qu’il les met dans le bateau pour lui donner plus de solidité, sa jeune femme s’écrie : « Puisque vous voilà revenus, je vais aller avec vous ; attendez-moi cinq minutes ». On l’attend, elle monte dans le canot. Madame Vacquerie mère recommande de rentrer pour le déjeuner, regarde le canot s’en aller, et pense : « Il fait trop calme, ils ne pourront pas aller à la voile, nous déjeunerons trop tard ». En effet, la voile du canot retombe sur le mât. Pas une feuille ne tremble aux arbres. Cependant un léger souffle venant de temps en temps gonfler la voile, le bateau avance lentement et arrive à Caudebec, où ils se rendent chez le notaire auquel Charles allait parler pour des affaires relatives à la succession de son père, mort dernièrement.

À Caudebec, le notaire veut les persuader de ne pas s’en retourner par la rivière parce qu’il ne fait pas de vent et qu’ils feraient la route trop lentement. Il leur offre donc sa voiture pour les reconduire à Villequier. Les voyageurs refusent et reprennent leur canot.

L’oncle Vacquerie tient la barre du gouvernail, lorsque tout à coup entre deux collines, s’élève un tourbillon de vent qui, sans que rien ait pu le faire pressentir, s’abat sur la voile, et fait brusquement chavirer le canot. Des paysans, sur la rive opposée, voient Charles reparaître sur l’eau et crier, puis plonger et disparaître puis monter et crier encore, et replonger et disparaître six fois. Ils croient qu’il s’amuse alors qu’il plonge et tâche d’arracher sa femme, qui, sous l’eau, se cramponne désespérément au canot renversé. Charles est excellent nageur, mais Léopoldine s’accrochait comme le font les noyés, avec l’énergie du désespoir. Les efforts désespérés de Charles restent sans succès ; alors, voyant qu’il ne la ramènera pas avec lui dans la vie, ne voulant pas être sauvé, il plonge une dernière fois et reste avec elle dans la mort. Pendant ce temps, Madame Vacquerie, attend dans le jardin. Elle a pris une longue-vue et regarde dans la direction de Caudebec. Ses yeux se troublent, elle appelle un pilote et lui dit : « Regardez vite, je ne vois plus clair, il semble que le bateau est de côté. » Le pilote regarde et ment : « Non, madame, ce n’est pas leur bateau », mais ayant vu le canot chaviré, il court en toute hâte avec ses camarades. Mais il est trop tard. Lorsqu’on apporte quatre cadavres à Madame Vacquerie, sur ce même escalier d’où ils étaient partis, trois heures auparavant, elle ne veut pas les croire morts, mais tous les soins sont inutiles. Léopoldine n’avait que dix-neuf ans et son mari en avait vingt-six, l'oncle Pierre, soixante-deux et le cousin Arthur, à peine onze.

Léopoldine Hugo repose au cimetière de Villequier, dans le même cercueil que Charles Vacquerie.

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UN JOUR / VICTOR HUGO / LES CONTEMPLATIONS / LITTERATURE
Un jour…

Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants,

Passer, gonflant ses voiles,

Un rapide navire enveloppé de vents,

De vagues et d’étoiles ;

Et j’entendis, penché sur l’abîme des cieux,

Que l’autre abîme touche,

Me parler à l’oreille une voix dont mes yeux

Ne voyaient pas la bouche :

« Poëte, tu fais bien ! Poëte au triste front,

Tu rêves près des ondes,

Et tu tires des mers bien des choses qui sont

Sous les vagues profondes !

La mer, c’est le Seigneur, que, misère ou bonheur,

Tout destin montre et nomme ;

Le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur ;

Le navire, c’est l’homme. »

Juin 1839.

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LA CONSCIENCE / VICTOR HUGO / GEORGES CHELON / LITTERATURE / CHANSON

Victor HUGO   (1802-1885)

 

La conscience

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l'ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes
L'oeil à la même place au fond de l'horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l'on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l'enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l'aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ;
Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d'enfer ;
L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L'oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

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vian_boris.jpgJe mourrai d'un cancer de la colonne vertébrale


Je mourrai d'un cancer de la colonne vertébrale
Ça sera par un soir horrible
Clair, chaud, parfumé, sensuel
Je mourrai d'un pourrissement
De certaines cellules peu connues
Je mourrai d'une jambe arrachée
Par un rat géant jailli d'un trou géant
Je mourrai de cent coupures
Le ciel sera tombé sur moi
Ça se brise comme une vitre lourde
Je mourrai d'un éclat de voix
Crevant mes oreilles
Je mourrai de blessures sourdes
Infligées à deux heures du matin
Par des tueurs indécis et chauves
Je mourrai sans m'apercevoir
Que je meurs, je mourrai
Enseveli sous les ruines sèches
De mille mètres de coton écroulé
Je mourrai noyé dans l'huile de vidange
Foulé aux pieds par des bêtes indifférentes
Et, juste après, par des bêtes différentes
Je mourrai nu, ou vêtu de toile rouge
Ou cousu dans un sac avec des lames de rasoir
Je mourrai peut-être sans m'en faire
Du vernis à ongles aux doigts de pied
Et des larmes plein les mains
Et des larmes plein les mains
Je mourrai quand on décollera
Mes paupières sous un soleil enragé
Quand on me dira lentement
Des méchancetés à l'oreille
Je mourrai de voir torturer des enfants
Et des hommes étonnés et blêmes
Je mourrai rongé vivant
Par des vers, je mourrai les
Mains attachées sous une cascade
Je mourrai brûlé dans un incendie triste
Je mourrai un peu, beaucoup,
Sans passion, mais avec intérêt
Et puis quand tout sera fini
Je mourrai.

Boris Vian

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J'ai toujours adoré ce texte de ce touche à tout de génie...

Et pour rester sur le thème, avec Boris Vian...et Jean-Louis Trintignant...

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paul_eluard.jpgEugène Grindel dit Paul Eluard, Poète français né à Saint-Denis en 1895, mort à Charenton-le -Pont en 1952.  
Fils de bourgeois aisés, Paul Eluard (qui prit pour écrire le nom de jeune fille de sa mère) poursuivit normalement ses études jusqu’ en 1911, année où, frappé de tuberculose, il entre dans un sanatorium en Suisse.
Il y passe deux ans, y rencontre Hélène, sa future épouse; la maladie ne l’empêchera pas de s’engager en 1914. 
 
Après la guerre, il se mêle aux activités dadaïstes, rencontre Breton et Aragon. En 1921, il figure parmi les premiers surréalistes.
GROUPE-SURREALISTE.JPG
Cependant, jusqu’en 1924, marié, père de famille, il exerce la métier d’agent immobilier. En 1924 il s’adonne vraiment à la littérature. En 1926 paraît Capitale de la douleur, en 1929, l’Amour, la poésie en 1930, l’Immaculée Conception, texte clé du surréalisme écrit en collaboration avec Breton. En 1930, il adhère au parti communiste, dont il sera exclu en 1933;

 sa femme Hélène le quitte pour Salvador Dali
gala.gif
(qui la nomme Gala).
Il inspira lui-même le génie Dali
eluard.jpg

 En 1938, il rompt avec le surréalisme. 
 
Bien qu’il ait été un surréaliste de la première heure, il ne semble pas qu’ Eluard ait pratiqué l’écriture automatique. Recherche de l’équilibre, de l’objectivité, quête d’une lucidité qu’il chante et demande à tous les hommes sont les traits dominants de son oeuvre. Ses premiers poèmes d’amour, notamment l’ Amour, la poésie, sont pourtant marqués par des éclats sauvages qui semblent échapper à son habituelle mesure. Mais son appartenance profonde à la poésie traditionnelle, sensible bien avant sa rupture avec Breton, transparaît nettement dans les poèmes patriotiques comme "Au rendez-vous allemand" (1944), pour s’affirmer avec les Poèmes politiques (1948).
Entre temps, il a rencontré Nusch...
20s_eluard-et-Nusch.jpg
Une nouvelle fois, son égérie va inspirer un peintre illustre, Picasso...
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Nusch disparait brutalement en 1946, elle s'effondre morte dans une rue de Paris.
L’engagement a pris le pas sur le travail poétique, subordonné à la propagande ou à un idéal de bonheur et de liberté universels. Cette démarche a été regardée par les uns comme une conquête, par les autres (notamment par les surréalistes) comme une démission.

Son hymne à la liberté reste pour moi une merveille de la poésie.



Liberté


Sur mes cahiers d'écolier

Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues

Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées

Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert

Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits

Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur

Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon

Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore

Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises

Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits

Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désirs

Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue

Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot

Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.


- 1942 -


Ce poème provient du recueil intitulé " Poésie et vérité 42 "




Mais, s'il y a un domaine dans lequel il aura excellé, c'est celui du poème d'amour, et en attendant de le relire, je vous livre trois exemples parmi d'autres...


Je t'aime


Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues

Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu

Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne

Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

- 1950 -

Ce poème provient du recueil intitulé " Le Phénix "




La Courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,

Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.
Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,
Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

- entre Oct. 1924 et aout 1926 -

Ce poème provient du recueil intitulé " Capitale de la douleur "






L'amoureuse

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

- entre 1914 et 1921 -

Ce poème provient du recueil intitulé " Capitale de la douleur "

Au delà du temps, les poètes comme Paul Eluard nous autorisent encore à rêver dans un monde où certains voudraient ne nous parler que d'intérêts....
Alors, je voudrais moi aussi crier ton nom "LIBERTE"...

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Published by ANDRE - LITTERATURE, POESIE, CULTURE, LOISIRS

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BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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