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Tony Estanguet est entré dans la légende en remportant sa troisième Olympiade au terme d'un parcours magnifique et sans faute.

 

 

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Published by ANDRE - SPORT

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Valentin Marceau

Single « Dansons »

Disponible le 6 août chez Play On

 

Après l’aventure du groupe Boxon, une poignée de singles qui faisaient mouche comme Baptême du Feu, Gangster ou Balle Perdue, et des concerts incandescents au Gibus et aux quatre coins de France, le chanteur et guitariste Valentin Marceau s’élance en solo. Agé de 21ans, il prépare son premier album pour début 2013, dont on peut déjà découvrir un premier extrait auquel il sera difficile de résister : Dansons !

 

 

"Ma dernière découverte ? Valentin Marceau, un jeune auteur/compositeur que j'ai entendu dans un studio avec le producteur Dominique Blanc-Francard. » 

Jean-Louis Aubert

 

 

Valentin Marceau connait bien les Lilas.

Pas la Closerie, mais sa ville natale, là où jadis régnaient bals, guinguettes et autres cabarets.»J’étais fleur, je suis cité», telle est la devise de la ville qui a du malgré tout inspirer sa passion pour la musique.

Il va se jeter sur l’oeuvre entière de Bob Dylan, puis sur celle des grands du rock et ensuite user jusqu’à la corde sa première guitare...

 

Valentin Marceau est grand.

Il regarde le monde avec des yeux étonnés, souvent narquois, et se dit qu’il faut en profiter

pendant qu’il est encore debout...Il a l’air toujours de bonne humeur et il est difficile de le mettre vraiment en colère..

 

Valentin Marceau est énervant.

Il prend une guitare, un ukulele baryton ou n’importe quoi avec des cordes dessus et joue super bien. Il se met derrière un piano et les notes sortent naturellement du bout de ses doigts.

Pire encore, il se met derrière un micro, demande juste comment fonctionne la mixette de son casque et se met à chanter, tout seul dans le studio ,comme si il était au Stade de France...

Il a écouté des centaines de chansons, mais les siennes n’appartiennent qu’à lui, et on reconnait sa voix instantanément.

 

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En studio, Valentin Marceau explore, écoute, déguste chaque son que l’on lui propose comme si c’était un sushi saumon ou un macaron de Gérard Mulot.

C’est un régal de le voir s’extasier devant le costume sonore taillé sur mesure pour ses chansons. Il sait partager les bonnes choses, ne garder que l’essentiel...

Avec une grande maturité malgré son âge, il analyse chaque composant de la production et donne un avis juste et précis sur son utilité ou inutilité.

Pour les gens qui travaillent avec lui, c’est un gain de temps considérable.

Un album plein de titres forts, fait dans l’urgence mais sans hâte, avec des invités toujours excités par le projet. Des styles variés, mais toujours comme fil conducteur sa voix si différente..C’est une belle rencontre.

 

Valentin Marceau est sensible.

Dans ses chansons, même les plus musclées, on sent la recherche de la mélodie et de l’harmonie qui touche au fond du coeur. L’électricité alterne avec les vibrations acoustiques et il les mélange pour en faire des sons inattendus.

Il aime les musiques chaudes qui racontent les voyages  réels ou imaginaires.

Il décrit avec poésie, romantisme et fougue des histoires auxquelles tout le monde peut s’identifier.

C’est ça le secret de son univers. Il est simple, vrai et vivant, et l’on a l’impression qu’il est fait pour nous. Comme une sorte de rêve réel, qui laisse un goût d’énergie pure.

 

Valentin Marceau est intemporel.

On ne sait pas de quelle planète il vient, mais c’est sûrement celle sur laquelle on voudrait vivre. Un endroit où le plaisir a surement encore une grande importance.

Dominique Blanc-Francard

 

 

http://www.valentinmarceau.com/

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Published by ANDRE - CHANSON-MUSIQUE

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N'en déplaise aux esprits critiques, les JO restent un moment magique pour le sport, et pour notre pays lorsque nos champions gagnent! Bravo à Camille Muffat qui semble partie pour prendre la relève de Laure Manaudou.

 

La journée d'hier a étée doublement faste, avec le superbe exploit des nageurs Français au 4 fois 100 mètres nage libre, une des épreuves reine des compétitions de natation.

 

 

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Amaury Leveaux, Fabien Gilot, Clément Lefert et Yannick Agnel ont devancé les Etats-Unis (2e en 3:10.38), prenant au passage leur revanche des JO-2008 à Pékin, et la Russie (3e en 3:11.41).

 

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Published by ANDRE - SPORT

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Salvo Montalbano est un personnage de fiction récurrent de l'œuvre d'Andrea Camilleri, un commissaire de police de la bourgade (fictive) de Vigata (en fait Porto Empedocle), en Sicile. Il s'exprime dans un mélange d'italien et de sicilien, inimitable (exemple, il se présente en disant en italien Montalbano sono, litt. Montalbano, je suis, en mettant le verbe être à la fin de la phrase comme en syntaxe sicilienne). Ses colères, sa boulimie (pour les plats typiques, en particulier les arancini, voir recette ci-dessous), son amour contrarié avec la Génoise Livia, ses enquêtes sur la mafia et sur les faits sociaux siciliens (drogue, réfugiés, faits divers) ont conquis le public italien. Une série télévisée (Il commissario Montalbano) sur le personnage a été diffusée sur la RAI.

Il tirerait son nom de l'auteur espagnol Manuel Vázquez Montalbán, dont Camilleri appréciait le personnage de Pepe Carvalho.

 

 

Depuis quelques semaines, FR3 a eu la bonne idée de programmer 2 épisodes du Commissaire Montalbano, le dimanche soir. La RAI a réalisé 18 épisodes d'après l'oeuvre d'Andréa Camilleri, et c'est la garantie de belles soirées pour l'été.

 

        
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Ingrédients Arrancini

Préparation Arrancini


On fait bouillir l'eau pour le riz (quantité indiquée sur le paquet). On l'y met et on le laisse absorber toute l'eau sur feu doux. Ne pas l'égoutter.

Lorsqu'il est cuit, on y ajoute les œufs et le beurre, le parmesan et un peu de noix de muscade. On mélange bien, ce sera un peu pâteux et on laisse refroidir.

On fait revenir les oignons et les carottes coupés finement, ajouter la viande hachée, les petits pois et la tomate. Laisser réduire au maximum pour avoir ragoût serré (je ne sais pas trop comment le dire mieux... je l'ai en italien!).

Pour former les arrancini:

On prend un poing de riz au creux de la main, on forme un cône et on y creuse un trou, en essayant d'amincir le plus possible les parois de riz (attention ça se déchire).

On y met deux cuillères à soupe du ragoût, et deux ou trois petits morceaux de fromage.

On prend d'autre riz et on referme le cône.

On le passe dans de l'œuf battu, puis dans la chapelure, en rectifiant un peu la forme, pour garder cet espèce de cône qu'on voit sur la photo.

Puis on fait frire dans de l'huile bien chaude.

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Published by ANDRE - CINEMA

LE DOCTEUR MIRACLE 

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Georges Bizet (1838-1875)

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    En juillet 1856, Offenbach, directeur des Bouffes-Parisiens, organise un concours d'opérette en 1 acte. Il met au concours Le Docteur Miracle, une pièce écrite par Battu et Halévy. Le jury est présidé par Auber, le directeur du Conservatoire.

    68 candidats envoient des manuscrits; 6 sont retenus : ceux de Bizet, Demersseman, Erlanger, Lecocq, Limagne et Maniquet.

    Le prix est décerné ex æquo à Bizet et Lecocq. Ce dernier estima que Fromental Halévy (son professeur et celui de son concurrent au Conservatoire), avait fortement influencé le jury, et que sans cela, le 1° prix lui serait revenu à lui seul.

    Il fut décidé de jouer la pièce alternativement, avec les mêmes acteurs, pour donner aux lauréats des chances identiques devant le public. On voulut commencer par l'ouvrage de Bizet. Lecocq protesta. Un tirage au sort l'avantagea.

    Le Docteur Miracle de Lecocq fut créé le 8 avril 1857, celui de son concurrent le lendemain. Les deux ouvrages connurent l'un et l'autre un succès médiocre : onze représentations chacun.

    Par la suite, Bizet ne composera plus d'opérette . Lecocq, quant à lui, estima que l'expérience lui avait permis de se rendre compte qu'il était apte à travailler pour le théâtre.


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Le dynamisme des comédiens nous entraîne pour un vrai moment de bonheur.

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Tout y est, le talent des comédiens, la beauté des voix et la qualité de l'accompagnement au piano. Nous avons profité d'un spectacle de très haut niveau.
 

 

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Sous les traits de qui se cache le Docteur Miracle?   Parviendra-t-il à tromper le Podestat de Padoue? 

 


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Published by ANDRE - THEATRE

Avignon juillet 2012 043

Un quai de gare. Un homme et une femme se retrouvent après plusieurs années d'absence.


Cette séparation qui devait durer quelques mois s'est prolongée avec l'avènement de la première guerre mondiale.
L'un comme l'autre sont en partance. Chacun espère éprouver la même passion. Le temps rend les sentiments plus vulnérables...

Auteur : Stefan Zweig
Artistes : Sylvie Duchene, Nicolas Piot
Metteur en scène : Marc Debono

 

 

Le haut parleur de la gare annonce des destinations tristement célèbres, comme Dachau, Treblinka ou Auswitch. Il n’y a pas de décor. En quelques pas de danse, les comédiens pieds nus nous emmènent dans leur souvenir... C’est le temps qui est évoqué là. Le temps passé et le temps présent dans un aller retour très cinématographique. La mise en scène utilise le flash back comme un éternel retour ou un éternel départ. La célébration d’un moment inouï, primordial, et qui doit toujours durer.

Le texte revient, lancinant, pour ajouter au drame tissé par l'amour et le passé.


La sensibilité et la délicatesse du jeu des interprètes restituent l’ambiance de la nouvelle de Stefan Zweig. Tout est finesse, élégance, raffinement. Les gestes dansés portent à la fois le trouble de la sensualité et le refoulement imposé par les circonstances. Il reste l’amour. Il reste la beauté. Il reste un très beau moment de théâtre et de littérature, récompensés par un public nombreux et enthousiaste. L'épilogue est un clin d'oeil à la fin de l'auteur et de son épouse, dans leur éxil au Brésil, lorsqu'ils fuyaient les bruits de bottes nazies...

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Une ville entièrement vouée au théâtre, cela existe à Avignon!

Avignon juillet 2012 085

Les spectateurs, tout comme les comédiens sont dans la rue...les spectateurs cherchent la salle de leur prochain spectacle, et les comédiens viennent à la rencontre de leur futur public...

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Le moindre support accueille les affiches des très nombreux spectacles et vous invitent au rêve et à la culture.

Cela faisait bien longtemps qu'un Président de la République n'était pas venu soutenir ce magnifique festival, François Hollande l'a fait:

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Il a assisté au spectacle du "In" dans la cour d'honneur du Palais des Papes:

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Mais à côté du festival "In", il y a toutes les créations du Festival "Off", avec tous les styles possibles et imaginables de l'expression artistique, celle qui nous a un peu manqué ces dernières années.

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La culture c'est bon, même sous un soleil de plomb...
 

 

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Pour voir d'autres images, suivre le lien ci-dessous:


AVIGNON AVIGNON

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Melody Gardot

Album The Absence

Déjà disponible chez Universal Jazz

 

 

Melody Gardot revisite La vie en rose. La chanteuse américaine reprend ce titre inoubliable d'Edith Piaf à l’initiative de la marque de joaillerie Piaget dont est l’ambassadrice de la collection Piaget Rose. La Vie en Rose habite depuis longtemps l’esprit et l’imagination de Melody Gardot, musicienne de jazz à la voix exceptionnelle, qui a noué avec ce titre une relation personnelle, tant il l’a aidé à traverser certaines épreuves de sa vie. L’univers créatif de Melody Gardot, nourri de sa propre expérience de vie et de sa curiosité musicale, apporte à cette chanson une nouvelle dimension émotionnelle, toute d’élégance, de glamour et de séduction.

 

 

 

       

« La Vie en Rose représente beaucoup de chose mais surtout ce que je ressens à travers ma guitare. Ce que cela a apporté dans ma vie et comment les choses ont changé. La Vie en Rose nourrit mon jardin musical. La Vie en Rose, pour moi c’est comme la musique qui m’a permis de renaitre et plus encore de me métamorphoser. Cela peut paraître lourd et douloureux, mais quand vous vous réveillez un matin et que vous êtes incapable de bouger ou de parler, comme après mon accident, votre imagination se nourrit de tout ce dont demain sera fait. Nous avons tous besoin d’un renouveau parfois»

Melody Gardot
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Une tournée au long cours avait suivi la sortie de son premier album pour un label majeur – My One and Only Thrill –, mais Melody Gardot s'agitait déjà, prête à de nouvelles aventures. Elle est partie seule, continuant ses voyages de par le monde à la recherche de nouvelles rencontres, de nouvelles cultures. Inspiré par les déserts du Maroc et les rues de Lisbonne, par les bars à tango de Buenos Aires ou des plages au Brésil, son nouvel album The Absence saisit l'essentiel de chaque endroit exotique, tout en préservant la quintessence de Melody Gardot.  

 

Melody rapporte aux États-Unis toutes ces expériences, un savoir et des musiques; de retour, elle rencontre le guitariste/producteur/compositeur Heitor Pereira. est un guitariste de classe mondiale (parmi ses références en studio on trouve Sting, Seal ou encore Caetano Veloso), s'avère le partenaire idéal.

Le tandem travaille sur des chansons comme “Se Voce Me Ama” et “Amalia”, qu'ils signent ensemble. Heitor joue de la guitare sur l'album et contribue sa propre voix sur “Se Voce Me Ama”. Il signe également tous les arrangements vocaux de l'album.

 

Il aura fallu une année de voyages de par le monde pour que Melody Gardot trouve de l'inspiration pour créer The Absence, un recueil rempli de couleurs musicales qui s'enrobent du style unique et expressif qui caractérise Melody Gardot. Elle est sur le point d'embarquer dans une tournée mondiale pour marquer la sortie de son troisième album ; pour nous, c'est le moment de partager sa musique, avec la nostalgie, la tristesse du désir et la joie, finalement, que Melody a découvertes au gré de ses voyages.

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En Tournée Française

mardi 16 octobre 2012 : Le Liberté – Rennes

mercredi 17 octobre 2012 : Zénith de Rouen

vendredi 19 octobre 2012 : Nancy Jazz Pulsations

samedi 20 octobre 2012 : Tourcoing Jazz Festival

dimanche 21 octobre 2012 : Le Vinci – Tour

vendredi 26 octobre 2012 : Zénith d'Orléans

lundi 5 novembre 2012 : L'Olympia – Paris

mardi 6 novembre 2012 : L'Olympia – Paris

mercredi 7 novembre 2012 : L'Olympia – Paris

lundi 12 novembre 2012 : Zénith de Dijon

mardi 13 novembre 2012 : Le Summum – Grenoble

jeudi 15 novembre 2012 : Le Silo – Marseille  

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Published by ANDRE - CHANSON-MUSIQUE

Avignon juillet 2012 067

 

Parmi les innombrables créations du festival d'Avignon, j'ai beaucoup apprécié Le désert des tartares de Buzzati, et même si cela ressemblait plus à une lecture qu'à une grande mise en scène, je suis ressorti imprégné de ce texte désespéré, sur l'art d'attendre toute une vie sans qu'il n'arrive rien...jamais rien.

Texte troublant et très intéressant.

 

"Ce fut un matin de septembre que Giovanni Drogo, qui venait d'être promu officier, quitta la ville pour se rendre au fort Bastiani, sa première affectation.

C'était là le jour qu'il attendait depuis des années, le commencement de sa vraie vie. Maintenant il était officier, il allait avoir de l'argent, de jolies femmes le regarderaient peut-être, mais, au fond, il s'en rendit compte, ses plus belles années, sa première jeunesse, étaient probablement terminées. L'amertume de quitter pour la première fois la vieille maison où il avait connu l'espoir, les craintes que tout changement apporte avec lui, l'émotion de dire adieu à sa mère lui emplissaient l'âme, mais sur tout cela pesait une pensée tenace qu'il ne parvenait pas à définir, comme le vague pressentiment de choses irrévocables, presque comme s'il eût été sur le point d'entreprendre un voyage sans retour.

Drogo se mit en route et, à mesure que l'après-midi s'écoulait, il commençait à ressentir une légère inquiétude. Et cependant il continua de monter pour arriver au fort dans la journée mais, plus lestes que lui, du fond de la gorge où grondait le torrent, montèrent les ombres.

Plus tard, a une distance incalculable Giovanni aperçut finalement, encore noyé dans le rouge soleil du couchant et comme issu d'un enchantement un plateau dénudé, sur les rebords de celui-ci une ligne régulière et géométrique, d'une couleur jaunâtre particulière : le profil du fort.

Drogo, fasciné, le regardait, se demandant ce qu'il pouvait bien y avoir de désirable dans cette bâtisse solitaire, presque inaccessible, à tel point isolée du monde. Quel secrets cachait-elle ?

Giovanni Drogo cheminait encore lorsque la nuit le surprit. A l'aube il se remit en route et chemin faisant, il avait été rejoint par le capitaine Ortiz qui regagnait le fort. Celui-ci lui avait raconté que le fort n'était qu'une vieille bâtisse démodée, un fort de deuxième catégorie, à la lisière d'une frontière morte, de l'autre côté de laquelle il y avait un désert nommé le désert des Tartares. Puis le fort leur était apparu, silencieux, noyé dans le plein soleil de midi, sans un seul coin d'ombre. Tout le long du chemin de ronde du bâtiment central, on apercevait des dizaines de factionnaires, le fusil sur l'épaule, qui marchaient méthodiquement de long en large, chacun ne parcourant que quelques pas. Tel le mouvement d'un pendule, ils scandaient le cours du temps, sans rompre l'enchantement de cette solitude qui semblait infinie.

Les montagnes, à droite et à gauche, se prolongeaient à perte de vue en chaînes escarpées, apparemment inaccessibles.

Instinctivement, Giovanni Drogo arrêta son cheval. Il considérait d'un air fixe les sombres murailles, les parcourant lentement des yeux, sans parvenir à en déchiffrer le sens. Il pensa à une prison, il pensa à un château abandonné. Tout stagnait dans une mystérieuse torpeur.

Comme la veille au soir, du fond de la gorge, Drogo le regardait hypnotisé, et une inexplicable émotion s'emparait de son cœur. Tout ici était un renoncement, mais au profit de qui, au profit de quel bien mystérieux ?

Déjà, Drogo avait hâte de partir, mais un départ immédiat pouvait équivaloir à un aveu d'infériorité. De la sorte l'amour-propre luttait contre le désir de retrouver la vieille existence familière.

Le soir même le lieutenant Morel conduisit en cachette Drogo sur le chemin de ronde pour lui permettre de voir le désert. Et Drogo pu contempler le monde du septentrion, la lande inhabitée à travers laquelle, disait-on, les hommes n'étaient jamais passés. Jamais, de par-là, n'était venu l'ennemi, jamais on n'y avait combattu, jamais rien n'y était arrivé.

Plus tard, seul dans sa chambre, Drogo comprenait ce qu'était la solitude et il pensait aux factionnaires qui, à quelques mètres de lui, marchaient de long en large, tels des automates, sans s'arrêter jamais pour reprendre haleine. Ils étaient des dizaines et des dizaines à être réveillés, ces hommes, tandis que lui était étendu sur son lit, tandis que tout semblait plongé dans le sommeil. Des dizaines et des dizaines, se disait Drogo, mais pour qui, pour quoi ? Dans ce fort, le formalisme militaire semblait avoir crée un chef-d'œuvre insensé. Des centaines d'hommes pour garder un col par lequel ne passerait personne.

S'en aller, s'en aller au plus vite, se disait Giovanni, sortir de cette atmosphère, de ce brumeux mystère. Pourtant il sentait qu'une force inconnue s'opposait à son retour à la ville et peut-être cette force jaillissait-elle de son propre esprit, sans qu'il s'en aperçut.

Un jour dans l'atelier du maître tailleur Prosdocimo un petit vieillard lui dit

-faites attention de vous en aller dès que vous le pourrez, attention de ne pas attraper leur folie.

- Je ne suis ici que pour quatre mois, dit Drogo, je n'ai pas la moindre intention de rester.

-Faites tout de même attention, mon lieutenant, dit le petit vieux. C'est le colonel Filimore qui a commencé. De grands événements se préparent, a-t-il commencé par dire, je me le rappelle très bien, il y a de cela dix-huit ans. Oui " des événements ", disait-il. C'est là le mot qu'il a employé. Il s'est mis en tête que le fort est très important et que quelque chose doit arriver. Du côté du désert, probablement. Personne ne viendra, bien entendu, mais le colonel dit que les Tartares sont toujours là. Faites attention, ajouta-t-il presque suppliant, c'est moi qui vous le dis, vous vous laisserez suggestionner, et vous finirez, vous aussi par rester : il n'y a qu'à regarder vos yeux.

Maintenant Drogo comprenait, finalement. C'est du désert du Nord que devait leur venir leur chance, l'aventure, l'heure miraculeuse qui sonne une fois au moins pour chacun. A cause de cette vague éventualité qui, avec le temps, semblait se faire toujours plus incertaine, des hommes faits consumaient ici la meilleure part de leur vie. Ils ne s'étaient pas adaptés à l'existence commune, aux joies de tout le monde, au destin moyen ; côte à côte, ils vivaient avec la même espérance, sans jamais parler de celle-ci, parce qu'ils n'en étaient pas conscients, ou tout simplement, parce qu'ils étaient des soldats, avec la jalouse pudeur de leur âme.

" Il faudra bien qu'advienne quelque chose de différent, se disaient-ils, quelque chose de vraiment digne, qui permette de dire : maintenant, même si c'est fini, tant pis. "

Drogo avait compris leur facile secret et il pensa avec soulagement qu'il était en dehors, spectateur non contaminé.

Ni vite, ni lentement, trois autres mois avaient passé. Bientôt Drogo pourrait s'en aller. Il continuait de se répéter que c'était là un événement faste, qu'une vie facile l'attendait en ville, une vie amusante et peut-être heureuse, et pourtant il n'était pas content. Le souvenir de sa ville passa dans l'esprit de Drogo, une image pâle, rues bruyantes sous la pluie, statues de plâtre, humidité des casernes, lugubres cloches, visages las et défaits, après-midi sans fin, plafonds gris de poussière.

Ici, en revanche, s'avançait la grande nuit des montagnes, avec ses nuages en fuite au-dessus du fort, miraculeux présages. Et du nord, du septentrion invisible derrière les remparts, Drogo sentait peser son destin.

Les trompettes auraient pu sonner, on aurait pu entendre des chants guerriers, d'inquiétants messages auraient pu venir du nord, s'il n'y avait eu que cela, Drogo serait parti quand même ; mais il y avait déjà en lui la torpeur des habitudes, la vanité militaire, l'amour domestique pour les murs quotidiens. Au rythme monotone du service, quatre mois avaient suffi pour l'engluer. Ainsi, se déroulait à son insu la fuite du temps.

Un pressentiment de choses nobles et grandes l'avait fait rester là et il se disait que rien au fond n'était perdu. Il avait tellement de temps devant lui. Quel besoin avait-il de se hâter ? Illusion tenace, la vie lui semblait inépuisable, bien que sa jeunesse eût déjà commence de se faner.

Une nuit, presque deux ans plus tard, Giovanni Drogo dormait dans sa chambre du fort. Vingt-deux mois avaient passé sans rien apporter de neuf et il était resté fermé dans son attente, comme si la vie eût dû avoir pour lui une indulgence particulière. La même journée, avec ses événements identiques, s'était répétée des centaines de fois sans faire un pas en avant. Le fleuve du temps passait sur le fort, lézardait les murs, charriait de la poussière et des fragments de pierre, limait les marches et les chaînes, mais sur Drogo il passait en vain ; il n'avait pas encore réussi à l'entraîner dans sa fuite.

Quatre années s'étaient écoulées, une respectable fraction de vie, et rien, absolument rien n'était arrivé qui pût justifier tant d'espoirs. Les jours s'étaient enfouis l'un après l'autre ; des soldats, qui pouvaient être des ennemis, étaient apparus un matin aux confins de la plaine étrangère, puis ils s'étaient retirés après avoir effectué d'inoffensives opérations de cadastre. La paix régnait sur le monde, les sentinelles ne donnaient pas d'alarme, rien ne laissait présager que l'existence pût changer. Comme au cours des années passées, avec les mêmes formalités, l'hiver s'avançait maintenant et le souffle de la tramontane contre les baïonnettes faisait un léger sifflement.

Puis la belle saison était revenue. Un ultime salut à la plaine du Nord, maintenant vide d'illusions. Adieu fort Bastiani, s'attarder encore serait dangereux, ton facile mystère est tombé, la plaine du Nord continuera de rester déserte, jamais plus ne viendront les ennemis, jamais personne ne viendra donner l'assaut à tes pauvres remparts.

Rien ne le retient plus au fort. Giovanni Drogo retourne en plaine, il rentre dans la société des hommes, il obtiendra facilement un poste quelconque, peut-être même une mission à l'étranger, dans la suite d'un général.

La porte de la maison s'ouvrit et Drogo sentit tout de suite la vieille odeur familière. Sa mère arriva tout de suite ; toujours la même, grâce à Dieu. Tandis que, assis au salon, il essayait de répondre à toutes les questions qu'on lui posait, il sentait sa joie se transformer en une tristesse désabusée. Et maintenant, se demanda-t-il ? Tel un étranger il erra par la ville, à la recherche de ses anciens amis, et il apprit qu'ils étaient tous très occupés, dans les affaires, dans la politique. Ils lui parlèrent de choses sérieuses et importantes, d'usines, de voies ferrées, d'hôpitaux. Ils avaient tous pris des routes différentes et, en quatre ans, ils étaient déjà loin. Puis il alla voir Maria, la sœur de son ami Francesco Vescovi. Drogo avait pensé que ç'allait être pour lui une grande émotion, que son cœur allait battre. Au lieu de cela, il put mesurer le temps qui s'était écoulé. Quelque chose s'était glissé entre eux, un voile indéfinissable et vague, qui refusait de se dissiper et les éloignait l'un de l'autre à leur insu à tous deux.

Drogo savait qu'il aimait encore Maria et qu'il aimait aussi le monde où elle vivait : mais toutes les choses qui alimentaient sa vie d'autrefois étaient devenues lointaines. Ce n'était plus là sa vie, il avait pris une autre route, revenir en arrière serait stupide et vain. Le pas d'un cheval remonte la vallée solitaire et fait naître dans le silence des gorges, de vastes échos.

Le pas du cheval s'élève tout doucement le long de la route blanche, c'est Giovanni Drogo qui retourne au fort Bastiani.

A présent quelle vie ennuyeuse attendait Drogo. Et pourtant un reste d'enchantement errait le long des murailles des jaunes redoutes, un mystère persistait obstinément là-haut, dans le recoin des fossés, à l'ombre des casemates, c'était l'inexprimable sentiment des choses à venir.

Un jour, alors qu'il explorait le triangle visible de désert et il était sur le point de dire qu'il ne distinguait rien de particulier, juste au fond, là où chaque image disparaissait dans l'éternel rideau de brume, il lui sembla apercevoir une petite tache noire qui bougeait. Mais le petit point noir qui bougeait aux extrêmes limites de la plaine fût par tout le monde considéré comme une plaisanterie.

La réduction des effectifs de la garnison avait clairement démontré que l'état-major n'attachait plus d'importance au fort Bastiani. Les illusions naguère si faciles et si souhaitées, on les repoussait maintenant avec rage.

Depuis quelque temps, une angoisse qu'il ne parvenait pas à définir poursuivait Drogo sans trêve : l'impression qu'il n'arriverait pas à temps, l'impression que quelque chose d'important allait se produire et le prendrait à l'improviste. Inexplicablement, le temps s'était mis à s'enfouir de plus en plus vite, engloutissant un jour après l'autre. Il suffisait de regarder autour de soi et déjà la nuit tombait, le soleil disparaissait de l'autre côté pour éclairer un monde couvert de neige.

Et pourtant Drogo ne ressent pas de grand changement, le temps a fui si rapidement que son âme n'a pas réussi à vieillir et Drogo s'obstine dans l'illusion que ce qui est important n'est pas encore commencé. Giovanni attend patiemment son heure qui n'est jamais venue.

Dans la plaine du Nord les petites tâches se déplacent avec une grande lenteur. Elles constituent le seul élément intéressant de la vie de Drogo. Pour cet espoir secret il gaspille la meilleure partie de sa vie.

Maintenant Drogo a 54 ans, le grade de chef d'escadron et le commandement en second de la maigre garnison du fort. Son visage est devenu d'une triste couleur jaune, ses muscles se sont amollis. Une attente supplémentaire s'est greffée de la sorte sur la vie de Drogo : l'espoir de guérir. Le désert septentrional est toujours vide, rien ne laisse présager une éventuelle incursion ennemie.

Un soir pourtant, on entendit quelqu'un parler, en termes vagues, de guerre, et d'étranges espoirs recommencèrent à tournoyer entre les murs du fort.

Drogo était étendu dans sa chambre, la maladie le gardait au lit, lorsqu'un matin le vieux maître tailleur fit irruption

- Les voilà, les voilà, ils arrivent par la route du Nord. Tout le monde est monté sur les terrasses pour les voir. Des bataillons et des bataillons. Cette fois-ci il n'y a pas de doutes. C'est la guerre, la guerre criait-il. Dans deux jours ils seront ici -

- Maudit soit ce lit, se dit Drogo, me voici cloué ici par la maladie ". Oh ! si au moins les ennemis avaient un peu attendu, une semaine lui suffisait pour se remettre, ils avaient attendu si longtemps, ne pouvaient-ils retarder de quelques jours encore, de quelques jours seulement ? Une colère terrible s'empara de Drogo. Lui qui avait renoncé aux plus belles choses de l'existence pour attendre les ennemis, lui qui, depuis plus de trente ans, s'était nourri de cette unique espérance, allait-on le chasser juste maintenant, au moment où la guerre arrivait ?

Sur les glacis du fort, tout est prêt, les munitions en ordre, les soldats placés convenablement, les armes vérifiées. Tous les regards sont tournés vers le nord. En tous cas, personne n'a le temps de penser à Drogo, qui est en train de s'habiller et se prépare à partir.

Oscillant sur les cailloux, la voiture s'éloigna sur l'esplanade pierreuse, conduisant Drogo vers le terme de sa route. Des larmes amères coulaient lentement sur sa peau ridée, tout finissait misérablement et il n'y avait plus rien à dire.

A ce moment précis, surgit, claire et terrible, venue de lointains replis, une nouvelle pensée : celle de la mort. Il parut à Drogo que la fuite du temps s'était arrêtée. La vie donc n'avait été qu'une sorte de plaisanterie : pour un orgueilleux pari tout avait été perdu.

Maintenant tout va se passer dans la chambre d'une auberge inconnue, à la lueur d'une chandelle, dans la solitude la plus totale. Il n'y a personne qui regarde, personne ne vous dira bravo. Mais du puits amer des choses passées, des désirs inachevés, des méchancetés souffertes, montait une force qu'il n'eût jamais osé espérer avoir.

Avec une joie inexprimable, Giovanni Drogo s'aperçut, tout d'un coup, qu'il était tout à fait calme, presque anxieux de recommencer l'épreuve.

Courage, Drogo. Et il essaya de faire un effort, de tenir dur, de jouer avec la pensée terrible. Il y mit toute son âme, dans un élan désespéré, comme s'il partait à l'assaut tout seul contre une armée. Et subitement les antiques terreurs tombèrent, les cauchemars s'affaissèrent, la mort perdit son visage glaçant, se changeant en une chose simple et conforme à la nature. Le commandant Giovanni Drogo, se lança contre l'immense portail noir et s'aperçut que les battants s'ouvraient, laissant passer la lumière.

Faisant un ultime effort, Giovanni redresse un peu le buste, arrange d'une main le col de son uniforme, jette encore un regard par la fenêtre, un très bref coup d'œil, pour voir une dernière fois les étoiles. Puis, dans l'obscurité, bien que personne ne le voie, il sourit."

  

 

Jacques Brel s'inspira du Désert des tartares pour écrire sa chanson Zangra que vous pouvez entendre ci-dessous

 

 

AVT_Dino-Buzzati_7841.jpeg.jpgDino Buzzati est né à Belluno le 16 octobre 1906.

D'après des documents de famille, les Buzzati établirent leur résidence à Bribano, près de Belluno au XVe siècle. Ils avaient émigré de Budapest pour échapper à une épidémie. A cause de leur origine, ils prirent le nom de Budàt, ensuite transformé en Buzàt, enfin en Buzzàti.

Ils étaient des artisans spécialisés dans la production d'armes et surtout de scies, ce qui explique le blason de famille, contenant la lame d'une scie.

Augusto Buzzati, magistrat vénitien, fut Président de la Cour d'Appel de Venise. Dans sa villa de San Pellegrino, près de Belluno, appartenant aux Buzzati depuis 1811, il entreprit la collection d'œuvres historiques sur la région de Belluno.

La mère de Dino, Alba Mantovani était vénitienne. Fille du médecin Antonio Mantovani et de Matilde Baoder Partecipazio, elle est la dernière descendante des doges Badoer Partecipazio.

Dino fut un enfant joyeux entouré de la tendre affection de sa mère et de sa sœur Nina. Avec Augusto, son frère aîné, ils formaient une triple chaîne de rapports déjà consolidés quand naquit Adriano, le " petit " pour lequel ils allaient nourrir un sentiment commun de protection.

Pendant les mois d'hiver la famille résidait à Milan. Augusto au violoncelle, Nina au piano et Dino au violon ils donnaient des petits concerts pour distraire les blessés de la Première Guerre mondiale. L'automne 1916, Dino entre au collège Parini à l'extrême périphérie de Milan. Pendant ses années de lycée, Dino avait déjà mûri l'intention de devenir écrivain et journaliste. L'expérience de son père, collaborateur du " Corriere della Sera " en matière de droit international, l'avait mis en contact, dès son adolescence, avec les représentants les plus qualifiés du monde journalistique milanais. En 1924 il opta pour le droit, en accord avec la meilleure tradition familiale.

Il étudia le droit avec application et relative facilité, sans enthousiasme, décidé à obtenir son morceau de papier et à l'ensevelir dans un tiroir le plus rapidement possible.

La mort de son père survint lorsque l'écrivain entrait dans cette difficile et souvent douloureuse fermentation de la personnalité qu'est l'adolescence. La mort de son père, emporté par un cancer du pancréas en 1920, amorce en le jeune auteur une attente précoce de la mort qui l'accompagnera toute sa vie.

Le père, Giulio Cesare Buzzati était un homme à l'ancienne, très distingué, maître de lui, plutôt sévère avec ses enfants, étranger à toute forme de familiarité ou d'abandon, comme il était d'usage dans les familles bourgeoises des années Vingt.

La bibliothèque familiale occupait toute une pièce de la Villa San Pellegrino avec plus des trois mille manuscrits sur l'histoire des habitants de Belluno et elle fut classée monument national.

Ce " blason de famille ", ces livres spécialisés se révélèrent inutilisables pour une personnalité avide de lectures plus stimulantes et créatives. Dino préférait effectuer des recherches dans des bibliothèques publiques.

Le 9 juillet 1928 il entre en tant que chroniqueur au journal Corriere della Sera où il est d'abord chargé de " faire le tour " des commissariats et élabore les informations recueillies par d'autres. Escroqueries, vols de faible importance, explosions d'une bouteille de gaz, incendies, sont considérés comme des " nouvelles " dans une ville pas encore atteinte par la criminalité du boom économique. Remplaçant le critique musical Gaetano Cesari, Buzzati assiste souvent aux spectacles les moins importants de la Scala.

Chacun de ces thèmes est illustré par Dino par un dessein fait avec soin et souvent avec un humour détaché, à l'anglaise.

Le cauchemar du licenciement est un leitmotiv des récits de sa maturité. Une anxiété presque pathologique naît de la perspective de perdre son rôle gravé à l'intérieur d'un organisme à la fois réel et aléatoire.

Comme tous les écrivains, Buzzati est un oiseau de proie doté d'un talent exceptionnel pour s'emparer du butin et le restituer avec une élégance incontestable. Ce qui fait sa particularité : il vole beaucoup moins à la littérature qu'à la vie quotidienne, à la sienne comme à celle de ses amis, intensifiée par un riche appendice de rêve.

Indro Montanelli raconte avec beaucoup d'esprit ce qui se passe lorsque, au retour de ses voyages en tant qu'envoyé spécial du Corriere della Sera, il retrouve son ami au restaurant :

" Je parle, parle pour lui raconter ce que j'ai vu. Dino écoute, de temps en temps il rit (un rire glacé) puis fait une observation qui laisse croire qu'il n'a rien compris. Et a onze heures pile il se lève parce que c'est l'heure à laquelle il doit aller se coucher ".

Les jours suivants, Montanelli finit de pondre ses propres articles et il lui semble avoir joué toutes ses cartes.

" Et pourtant, tout à coup, une semaine plus tard, une nouvelle de Dino fait son apparition, où il raconte, lui qui ne les a pas vues, les choses que j'ai vues et écrites….(…). En lisant cette prose intime, faite d'adjectifs gris, de mots communs, je sens immédiatement que celui qui demain voudra reconstruire cet événement se réfèrera à elle, non pas à la mienne ".

Au Corriere della Sera, Buzzati trouve une ambiance caractérisée par de fortes analogies avec la vie militaire, différente de celle qui règne dans de nombreux autres journaux italiens. De tacites règles d'austérité le font ressembler à un ordre monastique symbolisé par la mythique table de la rédaction à laquelle peuvent s'asseoir une vingtaine de personnes et qui est construite sur le modèle de celle du Times.

En face de la porte un petit escalier tortueux, semblable à tant d'escaliers parisiens, grimpe jusqu'au dernier étage. Ces marches à vous couper le souffle inspirent à Buzzati les escaliers qui conduisent aux boyaux glacials du fort Bastiani.

Toutes les nuits, de 1933 à 1939, l'écrivain reste enfermé dans son bureau, absorbé par un travail plutôt monotone et fatigant ; le temps passe et il se demande s'il en sera toujours ainsi. La fuite du temps est le thème universel qu'il cherchait, une machine implacable qui le broie lui et l'immense majorité de ses semblables.

Tard dans la nuit, une fois son travail au Corriere della Sera achevé, Buzzati rentre chez lui, se glisse dans son lit et écrit avec la lenteur propre à son écriture aux formes anguleuses. Le désert des Tartares est né. La décision de substituer l'atmosphère d'un fort militaire à celle de la rédaction a pour but de renforcer le caractère allégorique de l'histoire comme métaphore universelle.

Le choix de situer le Désert des Tartares dans cette vie militaire permet à Buzzati de créer, par une grande économie de moyens, des atmosphères raréfiées et fabuleuses hors de tout contact immédiat avec la réalité datée du temps de guerre mais qui en reprenne bien le climat de précarité angoissante.

La mission en Afrique comme correspondant et photographe du Corriere della Sera fournit à Buzzati l'occasion de s'échapper à l'obscure routine de la rédaction milanaise qu'il avait sublimée dans Le désert des Tartares.

L' une des plus belles heures de ma vie " dit-il. Le seul moment où il a vraiment eu conscience d'être heureux, il le vit avec les askaris, alors que les schiffas (bandits de la brousse), postés au sommet, font feu avec leurs fusils. Dans ce paysage imprégné de mystère et de solitude s'unissent le sentiment galvanisant de vivre une aventure relativement périlleuse, la solidarité de l'amitié, la dissolution de l'anxiété inaliénable de la vie normale qui, ici, semble être aspirée par les sables incandescents.

Le soir de 1940, à Milan il retrouve le poids de sa propre érosion quotidienne. Sa perception de l'écoulement des heures et des journées, temporairement momifiée par les sables du désert, se réveille dans toute sa fatale acuité.

La situation en Italie se précipitait de jour en jour. L'entrée en guerre était tenue pour certaine.

Le 30 juillet Buzzati est envoyé comme correspondant de guerre sur le croiseur Fiume, puis sur le Trieste. Entre juillet 1940 et 1942 il participe à de nombreuses batailles, à celle de cap Matapan et du cap Teulada, aux batailles de la Syrte. Pendant les combats Buzzati reste toujours à sa place, prend des photos, observe, griffonne des notes.

Buzzati, chroniqueur de guerre écrivait ce qu'il voyait, un peu avec la transfiguration des poètes, sans pour autant dévoiler les arrière-plans ou altérer les images.

Le 10 septembre 1943 marque le début de la période " noire " du Corriere della Sera contrôlé par les nazi-fascistes. De nombreux rédacteurs comme Afeltra, Montanelli, De Vita, Francavilla, Damiano, Morigi et Alonzi constituent la presse clandestine en maintenant les contacts avec la cellule communiste opérant secrètement à l'intérieur du journal.

En cette Italie intellectuelle, si farouchement politisée, des années 50-60, Buzzati représenta le type même de l'écrivain scandaleusement " non engagé ". Buzzati reste au journal pour des raisons que nous pourrions définir de " survie existentielle ". Il y a certains événements dans la vie de chacun, tels la maladie et le licenciement, face auxquels Buzzati se sent fragile " comme un enfant ".

En avril 1959 Buzzati fait la connaissance de la femme qui va devenir la protagoniste d'une " malheureuse histoire ", ensuite " sublimée " dans le roman " Un amour ".

Lorsqu'on a mal quelque part - affirmait l'écrivain - on cherche un bon spécialiste. De la même façon, pourquoi ne ferait-on pas appel à des " professionnelles " quand on veut faire l'amour. Ce raisonnement d'une simplicité déconcertante était cependant compliqué par un élément qu'il ne faut pas négliger, le fait que Buzzati parvenait à tomber amoureux de ces " professionnelles " jusqu'à en perdre la santé.

Un amour est la réponse à l'attente de la rencontre avec l'ennemi de Giovanni Drogo. L'amour est en lui-même, indépendamment de l'objet, une réponse au sens de la vie. Les tartares sont arrivés, pourquoi s'étonner s'ils sont barbares et féroces, tellement sûrs d'eux ?

Un amour fut très mal accueilli par la critique. Le mythe d'un Buzzati idéal, seigneur d'atmosphères surréelles, se trouve entaché par l'étalage de ses propres nudités dépouillées de métaphores et, selon les accusations dépouillées de poésie. Mais, soit la curiosité suscitée par les critiques, soit le sujet " piquant " quinze mille exemplaires furent vendus en seulement deux jours. Il fut le best seller de l'année.

L'affirmation d'Indro Montanelli " Buzzati a toujours vouvoyé la vie, il n'y est jamais entré de pied ferme ", est démentie par Un amour, éclatante exception à la règle.

Buzzati vouait à sa mère - qu'il définit " femme sans pêché - une sorte d'adoration. Sa présence est très intense dans l'œuvre buzzatienne, même là où l'élément féminin est refoulé. Elle suivait son évolution avec une attention constante et recevait ses confidences les plus intimes et embarrassantes, le libérant de tout sentiment de culpabilité.

En 1960 il fait la connaissance d'Almerina Antoniazzi, mannequin. Il voit en elle une " douce, candide adolescente ", enfin une femme en qui avoir confiance.

Avant la mort de sa mère l'écrivain n'avait jamais éprouvé le besoin de se marier. Maintenant, apprivoisé par la vie et vacciné par les péripéties sentimentales, la perspective d'un rapport garanti par l'institution du mariage devient de jour en jour plus rassurante. Ses dernières années sont adoucies par un équilibre affectif basé sur la discrétion et sur le respect mutuel.

Les premiers symptômes de la maladie firent leur apparition en juin 1970. Il accueillit la confirmation d'avoir un cancer du pancréas comme une libération la fin d'un cauchemar. Sa seule réaction extérieure fut un progressif, tranquille détachement du monde.

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Les inconditionnels de Jane Austen ne devraient pas bouder leur plaisir : dans cette nouvelle fiction, qui se distingue particulièrement des précédentes, P.D. James se livre à un exercice d'admiration pour l'auteur d'Orgueil et Préjugés, grand classique publié en 1813, et dont elle imagine une suite... criminelle ! La romancière reprend donc les personnages, mais aussi le ton et le style de la célèbre Anglaise, situant naturellement l'action en 1803 à Pemberley House, le domaine ancestral de la famille Darcy, dans le Derbyshire. La maîtresse des lieux, Elizabeth, la deuxième des cinq soeurs Bennet, qui a fini par épouser Mr Darcy, y coule des jours heureux aux côtés de son mari. Mais la veille du grand bal annuel de Pemberley, juste avant d'aller se coucher, Elizabeth et ses convives aperçoivent un cabriolet qui se dirige vers le château "avec force embardées" : il transporte Lydia, la plus jeune des soeurs Bennet, passablement agitée, qui craint pour la vie de son mari George Wickham, égaré dans le bois voisin. Or le couple a toujours été indésirable auprès des siens, en raison notamment du comportement "dissolu" de Wickham, et sa présence jette un grand trouble dans la maisonnée. Non seulement la mort s'invite à Pemberley, mais elle ravive les rancoeurs et les frustrations passées... Certes, P.D. James mêle habilement son art de l'intrigue et l'atmosphère propre à ce milieu de la gentry anglaise, où l'obsession de la bienséance le dispute à celle de l'argent. Mais attention : la veine "austienne", avec ses phrases empesées et ses personnages innombrables, peut parfois rebuter. D.P.

 

 

 

 

PD-James-1.jpgPhyllis Dorothy James, née en 1920 à Oxford, envoie son premier manuscrit en 1962, signé P.D. James afin de se faire passer pour un homme, et ça marche : avec A visage couvert, roman à énigme assez classique, elle s'attache déjà à la psychologie de son personnage, Adam Dalgliesh, policier de Scotland Yard, rôle principal de la majorité de ses livres - une vingtaine de titres au total. Après avoir travaillé dans la médecine légale, de 1968 à 1979, puis comme magistrat jusqu'en 1984, elle connaît bien le système policier et juridique.  

En 1971, Meurtres en blouse blanche la consacre nouvelle reine du crime.

 

 

 

 

Extrait

"A onze heures du matin le vendredi 14 octobre 1803, Elizabeth Darcy était assise à la table de son boudoir au premier étage de Pemberley House. La pièce n'était pas grande, mais ses proportions étaient particulièrement agréables et ses deux fenêtres donnaient sur la rivière. C'était l'endroit de la maison qu'Elizabeth s'était réservé et elle l'avait aménagé entièrement à son goût, avec des meubles, des rideaux, des tapis et des tableaux choisis à son gré parmi les trésors de Pemberley et disposés comme elle le souhaitait. Darcy avait personnellement surveillé les travaux, et le plaisir qui s'était reflété sur les traits de son mari quand Elizabeth avait pris possession de ce petit salon, ainsi que l'empressement avec lequel tous avaient cherché à satisfaire le moindre de ses désirs, lui avait fait comprendre, davantage encore que les splendeurs plus ostentatoires de la demeure, les privilèges dont jouissait Mrs Darcy de Pemberley. 

L'autre pièce du château qui lui procurait un enchantement presque égal à son boudoir était la superbe bibliothèque de Pemberley. C'était le fruit du travail de plusieurs générations, et son mari se faisait une joie, et même une passion, d'ajouter encore à ses richesses. La bibliothèque de Longbourn était le domaine réservé de Mr Bennet, et Elizabeth elle-même, qui était pourtant la préférée de son père, n'y entrait qu'à son invitation. Celle de Pemberley, en revanche, lui était aussi librement ouverte qu'à Darcy, et, avec les encouragements délicats et tendres de son mari, elle avait lu plus d'ouvrages, avec plus de contentement et de compréhension, au cours de ces six dernières années que durant les quinze précédentes, complétant ainsi une éducation qui, elle en prenait conscience à présent, n'avait jamais été que rudimentaire. Les dîners que l'on donnait à Pemberley n'auraient pu être plus différents de ceux auxquels il lui était arrivé d'assister à Meryton, où le même groupe de personnes colportait les mêmes cancans et échangeait les mêmes idées, l'unique semblant d'animation étant apporté par les nouveaux détails que Sir William Lucas ajoutait à la description de sa réception à la Cour de St James. Désormais, c'était toujours à regret qu'elle cherchait le regard des autres dames pour laisser les messieurs à leurs affaires masculines. Découvrir qu'il existait des hommes qui appréciaient l'intelligence féminine avait été une révélation pour Elizabeth. 

C'était la veille du bal de Lady Anne. Elizabeth avait passé la dernière heure en compagnie de Mrs Reynolds, l'intendante, à vérifier que les préparatifs suivaient leur train et que tout se passait pour le mieux, et elle était seule à présent. Le premier bal s'était tenu quand Darcy avait un an. Il avait été organisé en l'honneur de l'anniversaire de sa mère et, à l'exception de la période de deuil qui avait suivi le décès de son mari, il avait eu lieu chaque année jusqu'à la mort de Lady Anne. Il était fixé au premier samedi suivant la pleine lune d'octobre, une date qui coïncidait généralement à quelques jours près avec l'anniversaire de mariage de Darcy et Elizabeth. Mais ils s'arrangeaient toujours pour célébrer celui-ci paisiblement avec les Bingley, lesquels s'étaient mariés le même jour, estimant que c'était un événement trop intime et trop précieux pour s'accompagner de divertissements mondains. Pour répondre au voeu d'Elizabeth, le bal d'automne avait conservé le nom de bal de Lady Anne. Il était considéré à travers tout le comté comme la plus grande réception de l'année. Mr Darcy s'était pourtant demandé s'il était bien judicieux de respecter cette tradition en un temps où l'on avait déclaré la guerre à la France et où l'inquiétude montait dans tout le sud du pays, qui s'attendait à une invasion de Bonaparte d'un jour à l'autre. De plus, les moissons avaient été médiocres, avec toutes les conséquences que cela pouvait entraîner pour la vie rurale. Levant des yeux soucieux de leurs livres de comptes, certains messieurs avaient eu tendance à lui donner raison et à estimer qu'effectivement il serait préférable de renoncer au bal cette année, mais l'indignation de leurs épouses à cette suggestion avait été telle qu'elle leur laissait présager deux mois de contrariétés conjugales, au bas mot. Aussi avaient-ils fini par admettre que rien n'était plus propice à stimuler la confiance qu'un petit divertissement inoffensif et que Paris se ragaillardirait et se réjouirait à l'excès si cette ville plongée dans les ténèbres de l'ignorance apprenait que le bal de Pemberley avait été annulé. 

Les occasions de s'amuser et les distractions saisonnières de la vie à la campagne ne sont ni suffisamment nombreuses ni suffisamment attrayantes pour que les obligations mondaines incombant à une grande demeure soient indifférentes aux voisins susceptibles d'en bénéficier, et, une fois surmonté l'étonnement dû à l'objet de son choix, le mariage de Mr Darcy permettait d'espérer qu'il séjournerait plus fréquemment sur ses terres et que sa nouvelle épouse saurait prendre la mesure de ses responsabilités. Lorsque Elizabeth et Darcy étaient rentrés de leur voyage de noces en Italie, il leur avait fallu se plier aux visites de rigueur et endurer les félicitations et menus propos d'usage avec toute la grâce qu'ils pouvaient déployer. Ayant appris dès son enfance que Pemberley accorderait toujours davantage de bienfaits qu'il n'en pourrait recevoir, Darcy supportait ces réunions avec une sérénité tout à son honneur. Quant à Elizabeth, elle y trouvait une source secrète de divertissement, prenant plaisir à voir ses voisins employer tous les artifices propres à satisfaire leur curiosité sans porter préjudice à leur réputation de bonne éducation. Les visiteurs, pour leur part, pouvaient savourer un double plaisir: profiter de l'élégance et du confort du grand salon de Mrs Darcy pendant la demi-heure prescrite, avant de se livrer à une discussion animée avec leurs voisins sur la robe, le charme et les vertus de la jeune épouse et les chances de félicité domestique du couple. Il leur avait fallu moins d'un mois pour parvenir à un consensus: les messieurs étaient impressionnés par la beauté et l'esprit d'Elizabeth, leurs épouses par son élégance, son amabilité et la qualité des collations qu'elle faisait servir. On admettait que, malgré les regrettables antécédents de sa nouvelle maîtresse, Pemberley allait retrouver la place qui lui incombait dans la vie mondaine du comté, celle qu'il avait occupée du temps de Lady Anne Darcy

Elizabeth était trop réaliste pour ignorer que nul n'avait oublié ces antécédents et qu'aucune famille ne pouvait s'installer dans la région sans être dûment informée de la stupeur provoquée par le choix de Mr Darcy. Il était connu comme un homme fier, qui accordait une valeur suprême à la tradition et au prestige familial. Son propre père avait encore rehaussé la position de sa lignée en épousant la fille d'un comte. Il avait semblé qu'aucune femme ne posséderait les qualités requises pour devenir Mrs Fitzwilliam Darcy, et voilà qu'il avait jeté son dévolu sur la cadette d'un gentleman dont la propriété, grevée d'une clause de succession qui empêchait ses propres enfants d'en jouir à sa mort, était à peine plus vaste que le parc d'agrément de Pemberley. A en croire la rumeur, la fortune personnelle de cette jeune personne ne dépassait pas cinq cents livres ; et elle était affligée de deux soeurs célibataires et d'une mère d'une vulgarité telle qu'elle ne pouvait être reçue dans la bonne société. Qui pis est, une de ses jeunes soeurs avait épousé George Wickham, le fils déshonoré du régisseur du vieux Mr Darcy, dans des circonstances que la pudeur commandait d'évoquer à voix basse. Mr Darcy et sa famille se trouvaient ainsi encombrés d'un homme pour lequel il éprouvait un tel mépris que personne à Pemberley ne prononçait jamais le nom de Wickham et que le couple ne franchissait jamais la porte du château. Force était de reconnaître qu'Elizabeth était parfaitement respectable et les esprits les plus critiques eux-mêmes avaient fini par admettre qu'elle était plutôt jolie et qu'elle avait de beaux yeux, mais cette union continuait à susciter l'étonnement, voire l'indignation, de plusieurs jeunes demoiselles qui, sur le conseil de leurs mères, avaient refusé plusieurs partis avantageux pour ne pas risquer de laisser échapper le gros lot, et approchaient désormais de l'âge fatidique de trente ans sans la moindre perspective en vue. Elizabeth pouvait se consoler en se rappelant la réponse qu'elle avait faite à Lady Catherine de Bourgh le jour où la soeur de Lady Anne était venue, outragée, lui énumérer tous les désagréments qui l'attendaient si elle avait l'impudence de devenir Mrs Darcy. "Ce sont là de bien grands malheurs ! avait-elle rétorqué. Mais la femme de Mr Darcy jouira de telles sources de bonheur nécessairement associées à sa situation que, somme toute, elle n'aura aucune raison de se lamenter." 

Le premier bal où Elizabeth avait dû se tenir au côté de son mari en qualité de maîtresse de maison, sur les plus hautes marches de l'escalier, pour accueillir leurs invités avait été pour elle une perspective pour le moins intimidante, mais elle en avait magnifiquement triomphé. Elle adorait danser et n'hésitait plus à reconnaître que ce bal lui offrait autant de plaisir qu'à ses invités. Lady Anne avait méticuleusement noté de son écriture soignée toutes les dispositions qu'elle prenait pour préparer cet événement et son carnet, dont la superbe reliure de cuir était ornée des armoiries estampées des Darcy, servait encore. Elizabeth et Mrs Reynolds l'avaient consulté le matin même. La liste des invités n'avait guère changé, elle avait seulement été complétée par les noms des amis de Darcy et d'Elizabeth, parmi lesquels son oncle et sa tante Gardiner. Bingley et Jane étaient évidemment de la partie eux aussi et, cette année, ils devaient enfin venir en compagnie de leur propre invité, Henry Alveston, un jeune avocat séduisant, intelligent et plein d'entrain, qui était le bienvenu à Pemberley tout autant qu'à Highmarten. 

Elizabeth savait que le bal serait réussi. Rien n'avait été négligé à cette fin. On avait coupé suffisamment de bois pour alimenter toutes les cheminées, et plus particulièrement celle de la salle de bal. Le pâtissier attendrait le matin même pour confectionner les tartes et les tourtes délicates que les dames appréciaient tant, tandis que des volailles et d'autres bêtes avaient été égorgées et parées pour fournir la nourriture plus substantielle prisée des hommes. On avait déjà monté du vin des caves et râpé des amandes pour préparer une quantité suffisante de la soupe blanche très en vogue en ces années-là. Le vin chaud, qui en relèverait plaisamment le goût et la force et contribuerait largement à l'entrain de la soirée, serait ajouté au dernier moment. Les fleurs et les plantes vertes avaient été choisies dans les serres, prêtes à être disposées dans des seaux, dans le jardin d'hiver, afin qu'Elizabeth et Georgiana, la soeur de Darcy, en vérifient l'arrangement le lendemain après-midi ; et Thomas Bidwell, qui logeait dans un cottage en plein bois, devait déjà être à l'office en train de frotter les dizaines de chandeliers nécessaires pour la salle de bal, le jardin d'hiver et le petit salon réservé aux dames. Bidwell avait été le cocher de feu Mr Darcy, comme son propre père des précédents Darcy. Des rhumatismes dans les genoux et dans le dos l'empêchaient désormais de s'occuper des chevaux, mais ses mains étaient encore solides et il avait consacré toutes les soirées de la semaine précédant le bal à faire l'argenterie, à épousseter les chaises supplémentaires sur lesquelles trôneraient les chaperons et à se rendre indispensable de multiples façons. Demain, les équipages des propriétaires terriens et les voitures de louage des invités de condition plus modeste remonteraient l'allée pour déverser leur contenu de passagères caquetantes, aux robes de mousseline et aux somptueux chapeaux recouverts d'une cape pour les abriter des frimas de l'automne, toutes frémissantes à l'idée de retrouver les réjouissances du bal de Lady Anne. 

Dans l'ensemble de ces préparatifs, Mrs Reynolds avait été la précieuse auxiliaire d'Elizabeth. Les deux femmes avaient fait connaissance le jour où Elizabeth était venue à Pemberley en compagnie de son oncle et de sa tante. L'intendante, qui connaissait Mr Darcy depuis sa plus tendre enfance, l'avait reçue et lui avait fait visiter le château. Elle s'était montrée si prodigue d'éloges envers Darcy, tant comme maître que comme homme, qu'Elizabeth s'était demandé pour la première fois si les préjugés qu'elle nourrissait à son endroit n'étaient pas injustifiés. Elle n'avait jamais évoqué le passé avec Mrs Reynolds mais elles étaient devenues très proches, et, par son soutien plein de délicatesse, l'intendante avait été d'un très grand secours pour Elizabeth, laquelle avait pris conscience, avant même d'arriver à Pemberley comme jeune épouse, qu'être la maîtresse d'une telle demeure, responsable du bien-être d'une domesticité aussi nombreuse, n'aurait pas grand-chose à voir avec la tenue du ménage de Longbourn. Mais sa gentillesse et son intérêt sincère pour la vie de ses serviteurs avaient rapidement convaincu ces derniers que leur nouvelle maîtresse se souciait de leur bonheur. Tout avait été plus aisé qu'elle ne l'avait imaginé, moins pénible même que l'administration de Longbourn car les domestiques de Pemberley, dont la majorité étaient en place depuis de longues années, avaient été formés par Mrs Reynolds et par Stoughton, le majordome, dans la tradition voulant que la famille du maître ne dût jamais être incommodée et fût en droit de s'attendre à un service irréprochable. 

Elizabeth ne regrettait pas grand-chose de sa vie d'autrefois, mais c'était vers le personnel de Longbourn que ses pensées se portaient le plus fréquemment? : Hill, la femme de charge, qui n'ignorait aucun de leurs secrets, pas même la fameuse fugue de Lydia, Wright, la cuisinière, qui ne se plaignait jamais des exigences pour le moins déraisonnables de Mrs Bennet, et les deux bonnes qui, en plus de leurs tâches domestiques, leur servaient de femmes de chambre, à Jane et elle, et les coiffaient avant les bals. Elles faisaient partie intégrante de la famille, d'une manière que ne connaîtraient jamais les serviteurs de Pemberley, mais elle savait que c'était Pemberley - la demeure elle-même et les Darcy - qui réunissait famille, personnel et tenanciers dans une loyauté commune. Nombre d'entre eux étaient les enfants et les petits-enfants d'anciens serviteurs ; le château et son histoire coulaient dans leurs veines. Et elle avait parfaitement conscience que la naissance des deux petits garçons, charmants et en bonne santé, qui occupaient la nursery à l'étage - Fitzwilliam, qui avait presque cinq ans, et Charles, qui venait d'en avoir deux - avait scellé définitivement sa victoire auprès des gens de Pemberley, désormais assurés que la famille et sa lignée se prolongeraient, qu'ils auraient toujours du travail, ainsi que leurs enfants et leurs petits-enfants, et que des Darcy continueraient d'habiter à Pemberley. 

Voilà presque six ans, un matin qu'elles examinaient la liste des invités, le menu et les fleurs du premier dîner que donnait Elizabeth, Mrs Reynolds lui avait dit: "Cela a été un jour de bonheur pour nous tous, Madame, que celui où Mr Darcy a conduit son épouse chez lui. Le voeu le plus cher de ma maîtresse aurait été de vivre assez longtemps pour voir son fils marié. Hélas, le destin en a décidé autrement. Mais je sais combien elle souhaitait ardemment, tant pour lui-même que pour Pemberley, qu'il fût heureusement établi." 

La curiosité d'Elizabeth avait eu raison de sa discrétion. Elle avait feint de ranger des papiers sur son bureau pour ne pas avoir à relever les yeux et avait commenté, d'un ton dégagé : "Mais peut-être pas avec cette femme-là. Lady Anne Darcy et sa soeur n'avaient-elles pas jugé qu'une union entre Mr Darcy et Miss de Bourgh serait opportune ? 

- Je ne dis pas, Madame, que Lady Catherine n'ait pu caresser pareil dessein. Elle venait bien souvent à Pemberley avec Miss de Bourgh quand elle savait que Mr Darcy s'y trouvait. Mais ce projet était voué à l'échec. Miss de Bourgh, cette pauvre demoiselle, a toujours été de constitution fragile et Lady Anne faisait grand cas de la santé chez une épouse. Nous avons entendu dire que Lady Catherine espérait que le deuxième cousin de Miss de Bourgh, le colonel Fitzwilliam, lui ferait sa demande, mais il n'en a rien été." 

Revenant au présent, Elizabeth glissa le carnet de Lady Anne dans un tiroir puis, peu pressée de renoncer à la paix et à la solitude dont elle ne pouvait plus espérer jouir qu'au lendemain du bal, elle s'approcha de l'une des deux fenêtres donnant sur la longue allée incurvée qui conduisait au château et à la rivière, bordée par le célèbre petit bois de Pemberley. Il avait été planté sous la direction d'un éminent jardinier paysagiste plusieurs générations auparavant. Chaque arbre de la lisière, d'une forme parfaite et pavoisé des ors chauds de l'automne, se dressait, un peu détaché des autres, comme pour souligner sa beauté singulière ; la plantation se faisait ensuite plus dense tandis que le regard était habilement attiré vers la riche solitude de l'intérieur de la futaie, fleurant le terreau. Une deuxième forêt, plus vaste, occupait la partie nord-ouest du domaine. Là, on avait laissé les arbres et les buissons pousser naturellement et Darcy, quand il était petit garçon, avait fait de ce bois son terrain de jeux et son refuge secret loin de la nursery. Son arrière-grand-père qui, lorsqu'il avait hérité du domaine, s'était coupé du monde, y avait fait construire un cottage où il avait vécu en reclus avant de se donner la mort d'un coup de fusil. Depuis ce jour, cette forêt - qu'on appelait "le bois" pour le distinguer de la plantation d'arbres d'ornement - inspirait une peur superstitieuse aux domestiques et aux tenanciers de Pemberley. Aussi s'y rendait-on rarement. Un étroit chemin le traversait, rejoignant une deuxième entrée du domaine, mais cet accès était essentiellement emprunté par les fournisseurs ; les invités remonteraient la grande allée, leurs voitures seraient remisées dans les écuries avec les chevaux, tandis que les cochers seraient accueillis dans les cuisines pendant la durée du bal. "

 

Traduit de l'anglais par Odile Demange. Copyright Fayard. 

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J'adore l'art de PD James pour camper un personnage:
"Personne n'avait pensé que Mary se marierait. C'était une lectrice acharnée qui dévorait les livres sans discrimination ni compréhension, une pianiste assidue mais dénuée de talent, et une grande débiteuse de platitudes sans sagesse ni esprit...."

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BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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