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Un hôtel particulier

Coeurs-Meurtris--Maurice-Toussaint025.jpg

 

J’habite depuis trois ans, un hôtel de banlieue assez agréable et surtout très bien fréquenté.

Le Directeur est un garçon charmant d’une quarantaine d’années qui n’a guère eu de chance en amour. Cinq fois il se maria, et cinq fois ses épouses le mirent en demeure de choisir entre leurs ménages ou son établissement.

Chaque fois il préféra renoncer à ses femmes vulgaires et inconstantes pour reporter toute son affection sur ses locataires.

Très souvent d’ailleurs, Monsieur le Directeur nous invite dans son bureau, discute, nous offre un verre, c’est vraiment très agréable.

Quant à mon entourage, je vous l’ai déjà dit, je crois, il est de très haut niveau.

Je n’en voudrais pour exemple que Madame de Fordéal, que je visite aujourd’hui, et qui me reçoit toujours divinement.

C’est une dame de société, un peu dans le genre de ces femmes du dix huitième siècle, qui ouvraient leur salon aux fins esprits du temps…

N’allez pas croire que je me flatte, je suis vraiment un bel esprit.

J’écris énormément, et si mes œuvres ne vous sont pas connues, vous pouvez incontestablement affirmer alentour que vous avez des lacunes.

Bien sûr, bien sûr, à présent vous pensez que j’en ai trop dit ou pas assez.

Entendu, entendu, j’accepte de me dévoiler malgré la modestie qui me caractérise, et je vais dévoiler mon fabuleux destin.

Fabuleux reste un bien petit mot lorsque l’on songe par exemple que j’ai serré la main du Président Nicolas Sarkozy.

Je vous entends déjà, vous allez dire que je me fais mousser, mais il n’en est rien. Et surtout n’allez pas croire que je l’ai rencontré dans la rue, ou même à l’église, il est venu chez moi.

Cela vous surprend, éveille en vous l’admiration qui m’est bien due, eh bien oui, il est venu chez moi.

Pourquoi ? Mais voyons, à cause de sa déprime !

Vous croyez que c’est facile d’être contesté, quand on est un grand homme ?

Si, si, le Président est grand ! Il a prononcé des phrases historiques :

« Casse-toi, pauvre con ! »

Il fallait la sortir, celle là, et en plus juste au bon moment.

Mais ce qui le déprime le plus, c’est qu’on le traite de menteur !

-         «  Quand je mens, c’est uniquement dans l’intérêt de la France, même Carla qui est de gauche, le comprend ! Alors, que voudrait-on, que je démoralise le pays avec des mesures sociales ou humaines ? Ce n’est pas mon rôle, ce n’est pas mon métier.

Vous savez pourquoi l’on m’en veut ? Je vais vous le dire :

Ils sont tous jaloux ! Vous ne pouvez pas faire plaisir à tout le monde. Les gens voudraient que je me fâche avec mes amis…

Vous comprenez pourquoi je déprime, surtout que je vais continuer jusqu’en 2012 ! »

Alors, quand je le vois comme ça, j’essaye de le rassurer, de l’encourager…Il ne faut pas qu’il faiblisse, qu’il se laisse aller.

La dernière fois, je lui ai offert un stylo. Ca l’a vraiment réconforté !

Mais tout cela, c’est de la politique, et je pense que ça vous dépasse.

Alors, que vous dire d’autre, pour vous convaincre de mon importance ?

Peut-être que je suis aussi grand que le Président, en tout cas, grand par l’esprit.

Comment ? Vous n’avez pas lu mon dernier roman, « Au feu les pompiers », un ouvrage brûlant d’actualité. Il n’a pas encore obtenu de prix littéraire, mais mes amis affirment que cela ne saurait tarder.

En tout cas, ne me dites pas que vous ignorez mes précédents écrits, tel mon recueil de poèmes sur le très célèbre couple d’amants «  Hézote et Risme ».

Celui-ci a obtenu le prix « Trocourt » il y a deux ans, et a bien failli décrocher le prix « Mi-Tif » de l’école de coiffure.

Mais incontestablement, c’est dans le théâtre que je m’exprime le mieux.

J’ai un peu ce génie ancestral des planches, ce don inné du réalisme, à tel point que c’en devient invraisemblable.

Vous désirez connaître quelques titres pour vous rafraichir la mémoire. Vous devez vous souvenir de ma première pièce policière « Six personnages enquêtent ».

Dans la seconde, je vous campais avec brio la société rustre, cela s’intitulait « L’imbécile ».

Je pourrais vous en citer beaucoup d’autres, mais vous devez les connaître, et les aimer aussi.

Mais je n’ai plus le temps, Madame de Fordéal m’attend, et je ne saurais l’impatienter davantage.

 

Je reconnais son pas, elle vient m’ouvrir elle-même…

-         Ah, mon cher maître, entrez !

-          Avec plaisir ma chère maîtresse !

-          Oh, vous ne changerez donc jamais. Votre esprit est en perpétuelle effervescence !

-          S’il n’y avait que lui, Madame…

-          Allons, allons, ne soyez pas si pressé ! Commençons par prendre le thé.

Bon, je vais être obligé de refermer la porte, comme il y a des choses qu’on ne  montre pas au cinéma, il en existe en littérature que l’on n’écrit pas…

-         A tout à l’heure…

 

Me revoilà, je suis un peu fatigué, ce qui risque de nuire à mon pittoresque esprit.

Tiens, voilà un domestique qui semble me chercher…

-         Vous désirez, mon brave ?

-          Monsieur le comte…

Ah, oui, c’est vrai, j’avais oublié de vous préciser que je suis le roi des comtes.

-         Monsieur le comte, Monsieur le Directeur désire vous entretenir quelques instants dans son bureau.

-          Bien, je vous suis, je ne saurais faire attendre votre maître.

Coeurs-Meurtris--Maurice-Toussaint048.jpgQuelques instants plus tard, je me retrouve assis en face de mon ami le Directeur qui a ce soir sa mine des mauvais jours.

-         Mon cher comte, je suis au désespoir de vous devoir interroger comme je vais le faire.

-          Mais ne vous excusez pas ! Vous m’hébergez, il est donc tout à fait normal que je me plie aux coutumes de la maison.

-          Justement, j’ai un peu l’impression que vous ne respectez pas toutes les règles ! Je viens d’interroger la plupart des locataires, depuis Napoléon, en passant par Barbe bleue, et jusqu’au Président Sarkozy, sans obtenir la clé du problème. Car il s’agit bien d’une clé, Monsieur le comte. Une clé que vous avez dérobée parce que vous n’aimez pas la douche. Or vous savez que la douche est indispensable dans le cadre de votre traitement !

Je n’avais pas du tout envie de la lui rendre, cette clé de la douche…

De toute façon, il n’oserait pas s’en prendre à moi, vu mon tissu de relations, vue l’importance de mon réseau…Et puis, quand je vois dans quel état le Président est ressorti de la douche froide hier, je n’ai pas envie de finir comme lui !

 

André Obadia

Octobre 2010

Published by ANDRE - ECRIT PERSONNEL

commentaires

peintrefiguratif 17/10/2010 20:32



c'est un hotel très particulier j'ai bien aimé cet écrit



ANDRE 18/10/2010 09:57



Merci Raymonde


à bientôt


cordialement


André



BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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