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Matin glacial

 

Le jour se levait à peine, les rues de la ville endormie restaient désertes.

Lorsqu’il ouvrit la porte, il ignorait encore ce qu’il voulait au juste, il se laissait simplement guider par un mystérieux instinct qui le poussait à sortir.

Le vent glacial fit se crisper son faciès, mais malgré le froid hivernal, il commença à marcher le long des quais de la Seine, en direction du centre ville.

Par moments, il ressentait de terribles frissons, mais était-ce bien le froid qui les lui inspirait.

Il sentait dans son cœur, monter une horrible clameur de désespoir, de détresse infinie. Il éprouvait   juste une  impression de solitude, d’isolement.

Mais où donc allait-il ?

Il aurait voulu courir, s’enfuir loin de ces lieux coutumiers où il n’avait rencontré que tourments et incompréhension. Pourtant, malgré lui-même, quelque chose le retenait, une sorte de prison sans chaînes ni barreaux.

Son cœur, depuis longtemps, ne connaissait plus que la crispation, le mépris, la violence des émotions, et dans ce rude matin de janvier, toute cette rancœur l’étouffait, et c’est pourquoi il avait voulu sortir, avec cet ultime espoir de pouvoir se soulager, se délivrer, s’apaiser.

Sa main droite était contractée, comme s’il voulait engager un combat, mais à l’intérieur il pressait un petit bout de métal insignifiant, une petite clef qu’il regrettait de n’avoir pas utilisée hier au soir.

Il savait que pendant de longues heures, Sophie avait dû l’attendre, anxieuse dans sa petite chambre, et que le sommeil l’avait surement gagnée vers trois heures du matin, lorsqu’elle avait été certaine qu’il ne viendrait plus.

Et lui se demandait pourquoi c’était toujours elle qui faisait les frais de ses crises, de ses problèmes.

Un jour, elle se lasserait, et il se retrouverait seul, tout seul à tout jamais.

Sophie…Sophie…Il était sûr qu’elle comprendrait, qu’elle lui pardonnerait une fois de plus, elle seule savait le suivre dans ses dérives, l’aider à surmonter ses égarements !

Il pressa le pas, et le vent cinglait plus fort encore sur son visage désemparé.

Bientôt il arriverait devant l’immeuble de la rue Jeanne d’Arc, mais il ignorait encore si oui ou non il monterait jusqu’au troisième étage, et s’il se déciderait à placer la petite clef dans la serrure de la porte de gauche.

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Chaque fois, c’était la même chose, et chaque fois il renonçait, et rentrait chez lui attendre que Sophie l’appelle au téléphone, lui montrant qu’elle s’inquiétait encore de lui.

Il aimait sentir qu’elle lui était attachée, mais pourtant, il ne parvenait jamais à s’en convaincre.

Quand donc sortirait-il de ce cauchemar, de ses hésitations ?

A la hauteur du théâtre des Arts, il traversa pour remonter vers la gare.

Mais alors qu’il ne se trouvait plus qu’à deux cents mètres de l’immeuble de Sophie, il la vit devant la porte, avec une valise dans chaque main. Elle ne le vit pas arriver, et il fit un écart pour se dissimuler dans l’encoignure d’une porte cochère.

De son abri improvisé, il la vit remonter vers la gare, et un instant il eut envie de la rattraper, ou de l’appeler pour la retenir.

Mais pas un mot ne sortit de sa gorge, et il ne fit pas le moindre geste.

Ainsi donc elle partait, elle le quittait, sans doute fatiguée de tant de complications pour un amour si simple, si évident…

Alors il la revit, le premier jour, en maillot de bain noir, sur le bord de la piscine, alors qu’elle s’apprêtait à plonger. Elle dévoilait une partie de sa poitrine, et ses longs cheveux dorés semblaient couler sur ses épaules bien bronzées.

Cela se passait l’été dernier, et depuis ils ne s’étaient plus quittés ou presque.

Le seul drame, il en avait conscience, il devait l’imputer à ses incroyables sautes d’humeur qui le conduisaient parfois à s’isoler pour plusieurs jours, afin d’écrire des choses qu’il n’osait jamais montrer à quiconque tant elles étaient violentes et dictées par la haine, une haine immense à l’égard des hommes et du monde, une haine que seul l’amour de Sophie adoucissait parfois.

D’où lui venait cette aversion, cette misanthropie ? Il l’ignorait totalement.

Etait-elle le fruit de la guerre, ou celui de ses désillusions ? Sans doute ne le saurait-il jamais…

Une seule certitude s’imposait à lui, la fuite de celle qu’il aimait, la seule qui apportait la paix à son tourment perpétuel.

Pourquoi, mais pourquoi diable retenait-il ce cri qui lui brûlait les lèvres ?

Si seulement elle se retournait !

Devant son regard d’azur, il ne saurait résister !

Mais elle s’éloignait, et il ne voyait déjà plus que sa silhouette de rêve, comme un spectre dans la brume du matin.

Soudain il prit une décision, et s’élança dans l’escalier de l’immeuble, il monta jusqu’à la pièce qui avait protégé leurs amours, la clef n’hésita pas un seul instant à lui livrer le passage.

A l’intérieur, tout était bien rangé, mais les armoires vides rappelaient ce qui venait de se passer.

Sur le lit qui n’avait pas été défait au cours de la nuit, une feuille blanche, posée en évidence attira son regard.

Son cœur se mit à battre terriblement fort, il commençait seulement à réaliser l’étendue de sa désolation.

D’une main tremblante, il compulsa le papier sur lequel deux mots avaient été tracés au rouge à lèvres :

« Je t’aime »

Une dernière fois, elle lui répétait l’évidence, ce qu’il n’avait jamais voulu admettre.

Il ne put contenir les deux larmes qui glissaient le long de ses paupières, et sa main, en se crispant, froissa le papier avant de le précipiter au sol.

Puis ce fut l’effondrement. Il s’écroula sur le lit parfumé encore des odeurs de Sophie, et le couvre-lit étouffa un sanglot trop longtemps retenu.

 

André Obadia

Published by ANDRE - ECRIT PERSONNEL

commentaires

lila 27/11/2010 11:48



Trés beau ! Au début j'ai cru lire un de mes écrits.


Bonne continuation


Lila



ANDRE 27/11/2010 15:04



Bonjour Lila


merci de votre visite et de votre commentaire.


Je viens de lire quelques textes sur votre blog, et en effet, on retrouve une sorte de rythme ressemblant, sans doute le fruit de nos émotions.


à bientôt


cordialement


André



monica methol 15/11/2010 13:44



très beau.



ANDRE 15/11/2010 17:36



Merci Monica!



BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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