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LITTERATURE

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George Sand écrivit à Alfred de Musset

 

le lecteur averti se contentera de ne lire qu'une ligne sur deux afin de découvrir le sens réel de ce message

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis très émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons entre amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde comme la plus étroite
en amitié, en un mot la meilleure preuve
dont vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la so litude où j'ha-
bite est bien longue, bien dure et souvent
difficile. Ainsi en y songeant j'ai l'âme
grosse. Accourez donc vite et venez me la
faire oublier par l'amour où je veux me
mettre.

 

musset.jpg Réponse d'Alfred de Musset

 


Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage?
Vous avez capturé le sentiment d'un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire
Avec soin, de mes vers lisez mes premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à vos maux

Elle lui répond rapidement, en deux lignes:

Cette insigne faveur que votre cour réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : LIBERTE - Communauté créée par mamavisylvain-attiglah.over-blog.com –
Samedi 11 mai 2013 6 11 /05 /Mai /2013 19:03

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Lyon accueille ce week-end, le Quai du Polar...

 

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Une enquête d'environ 2 heures et demi est proposée à travers les rues de la presqu'île. Cette bonne idée semblait motiver beaucoup de Lyonnais par ce bel après-midi ensoleillé.

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De grandes vedettes du livre policier étaient attendues dans les allées de la Chambre de commerce.

Pour citer quelques gloires, parlons de Donna Leon, la voisine Vénitienne, ou Harlan Coben, parmi beaucoup d'autres.

Quai du Polar Lyon 31 mars 2013 (14)

 

Quelques auteurs en dédicace

 

 

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Des visiteurs nombreux

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C'est un bien agréable rendez-vous littéraire derrière les amandiers en fleurs

Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : partage
Dimanche 31 mars 2013 7 31 /03 /Mars /2013 16:26

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Je vous livre un souvenir de jeunesse, ce poème de Jacques Prévert, interprété par Serge Régianni:

 

Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : âme d'artiste ...
Vendredi 4 janvier 2013 5 04 /01 /Jan /2013 20:53

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Conte de Noël

De Guy de Maupassant


Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix : « Un souvenir de Noël ?... Un souvenir de Noël ?... »

Et tout à coup, il s’écria :

– Mais si, j’en ai un, et un bien étrange encore ; c’est une histoire fantastique. J’ai vu un miracle ! Oui, Mesdames, un miracle, la nuit de Noël.

Cela vous étonne de m’entendre parler ainsi, moi qui ne crois guère à rien. Et pourtant j’ai vu un miracle ! Je l’ai vu, fis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s’appelle vu.

En ai-je été fort surpris ? non pas ; car si je ne crois point à vos croyances, je crois à la foi, et je sais qu’elle transporte les montagnes. Je pourrais citer bien des exemples ; mais je vous indignerais et je m’exposerais aussi à amoindrir l’effet de mon histoire.

Je vous avouerai d’abord que si je n’ai pas été convaincu et converti par ce que j’ai vu, j’ai été du moins fort ému, et je vais tâcher de vous dire la chose naïvement, comme si j’avais une crédulité d’Auvergnat.

J’étais alors médecin de campagne, habitant le bourg de Rolleville, en pleine Normandie.

L’hiver, cette année-là, fut terrible. Dès la fin de novembre, les neiges arrivèrent après une semaine de gelées. On voyait de loin les gros nuages venir du nord ; et la blanche descente des flocons commença.

En une nuit, toute la plaine fut ensevelie.

Les fermes, isolées dans leurs cours carrées, derrière leurs rideaux de grands arbres poudrés de frimas, semblaient s’endormir sous l’accumulation de cette mousse épaisse et légère.

Aucun bruit ne traversait plus la campagne immobile. Seuls les corbeaux, par bandes, décrivaient de longs festons dans le ciel, cherchant leur vie inutilement, s’abattant tous ensemble sur les champs livides et piquant la neige de leurs grands becs.

On n’entendait rien que le glissement vague et continu de cette poussière gelée tombant toujours.

Cela dura huit jours pleins, puis l’avalanche s’arrêta. La terre avait sur le dos un manteau épais de cinq pieds.

Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel, clair comme un cristal bleu le jour, et, la nuit, tout semé d’étoiles qu’on aurait crues de givre, tant le vaste espace était rigoureux, s’étendit sur la nappe unie, dure et luisante des neiges.

La plaine, les haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort, tué par le froid. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus ; seules les cheminées des chaumières en chemise blanche révélaient la vie cachée, par les minces filets de fumée qui montaient droit dans l’air glacial.

De temps en temps on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois se fussent brisés sous l’écorce ; et, parfois, une grosse branche se détachait et tombait, l’invincible gelée pétrifiant la sève et cassant les fibres.

Les habitations semées çà et là par les champs semblaient éloignées de cent lieues les unes des autres. On vivait comme on pouvait. Seul, j’essayais d’aller voir mes clients les plus proches, m’exposant sans cesse à rester enseveli dans quelque creux.

Je m’aperçus bientôt qu’une terreur mystérieuse planait sur le pays. Un tel fléau, pensait-on, n’était point naturel. On prétendit qu’on entendait des voix la nuit, des sifflements aigus, des cris qui passaient.

Ces cris et ces sifflements venaient sans aucun doute des oiseaux émigrants qui voyagent au crépuscule, et qui fuyaient en masse vers le sud.

Mais allez donc faire entendre raison à des gens affolés. Une épouvante envahissait les esprits et on s’attendait à un événement extraordinaire.

La forge du père Vatinel était située au bout du hameau d’Épivent, sur la grande route, maintenant invisible et déserte. Or, comme les gens manquaient de pain, le forgeron résolut d’aller jusqu’au village. Il resta quelques heures à causer dans les six maisons qui forment le centre du pays, prit son pain et des nouvelles, et un peu de cette peur épandue sur la campagne.

Et il se mit en route avant la nuit.

Tout à coup, en longeant une haie, il crut voir un oeuf sur la neige ; oui, un oeuf, déposé là, tout blanc comme le reste du monde. Il se pencha, c’était un oeuf en effet. D’où venait-il ? Quelle poule avait pu sortir du poulailler et venir pondre en cet endroit ? Le forgeron s’étonna, ne comprit pas ; mais il ramassa l’oeuf et le porta à sa femme.

– Tiens, la maîtresse, v’là un oeuf que j’ai trouvé sur la route !

La femme hocha la tête :

– Un oeuf sur la route ? Par ce temps-ci, t’es soûl, bien sûr ?

– Mais non, la maîtresse, même qu’il était au pied d’une haie, et encore chaud, pas gelé. Le v’là, j’me l’ai mis sur l’estomac pour qui n’refroidisse pas. Tu le mangeras pour ton dîner.

L’oeuf fut glissé dans la marmite où mijotait la soupe, et le forgeron se mit à raconter ce qu’on disait par la contrée.

La femme écoutait toute pâle.

– Pour sûr que j’ai entendu des sifflets l’autre nuit, même qu’ils semblaient v’nir de la cheminée.

On se mit à table, on mangea la soupe d’abord, puis, pendant que le mari étendait du beurre sur son pain, la femme prit l’oeuf et l’examina d’un oeil méfiant.

– Si y avait quéque chose dans c’t’oeuf ?

– Qué que tu veux qu’y ait ?

– J’sais ti, mé ?

– Allons, mange-le, et fais pas la bête.

Elle ouvrit l’oeuf. Il était comme tous les oeufs, et bien frais.

Elle se mit à le manger en hésitant, le goûtant, le laissant, le reprenant. Le mari disait :

– Eh bien ! qué goût qu’il a, c’t’oeuf ?

Elle ne répondait pas et elle acheva de l’avaler ; puis, soudain, elle planta sur son homme des yeux fixes, hagards, affolés ; leva les bras, les tordit et, convulsée de la tête aux pieds, roula par terre en poussant des cris horribles.

Toute la nuit elle se débattit en des spasmes épouvantables, secouée de tremblements effrayants, déformée par de hideuses convulsions.

Le forgeron, impuissant à la tenir, fut obligé de la lier.

Et elle hurlait sans repos, d’une voix infatigable :

– J’l’ai dans l’corps ! J’l’ai dans l’corps !

Je fus appelé le lendemain. J’ordonnai tous les calmants connus sans obtenir le moindre résultat.

Elle était folle.

Alors, avec une incroyable rapidité, malgré l’obstacle des hautes neiges, la nouvelle, une nouvelle étrange, courut de ferme en ferme : « La femme du forgeron qu’est possédée ! » Et on venait de partout, sans oser pénétrer dans la maison ; on écoutait de loin ses cris affreux poussés d’une voix si forte qu’on ne les aurait pas crus d’une créature humaine.

Le curé du village fut prévenu. C’était un vieux prêtre naïf. Il accourut en surplis comme pour administrer un mourant et il prononça, en étendant les mains, les formules d’exorcisme, pendant que quatre hommes maintenaient sur un lit la femme écumante et tordue.

Mais l’esprit ne fut point chassé.

Et la Noël arriva sans que le temps eût changé.

La veille au matin, le prêtre vint me trouver :

– J’ai envie, dit-il, de faire assister à l’office de cette nuit cette malheureuse. Peut-être Dieu fera-t-il un miracle en sa faveur, à l’heure même où il naquit d’une femme.

Je répondis au curé :

– Je vous approuve absolument, monsieur l’abbé. Si elle a l’esprit frappé par la cérémonie sacrée (et rien n’est plus propice à l’émouvoir), elle peut être sauvée sans autre remède.

Le vieux prêtre murmura :

– Vous n’êtes pas croyant, docteur, mais aidez-moi, n’est-ce pas ? Vous vous chargez de l’amener ?

Et je lui promis mon aide.

Le soir vint, puis la nuit ; et la cloche de l’église se mit à sonner, jetant sa voix plaintive à travers l’espace morne, sur l’étendue blanche et glacée des neiges.

Des êtres noirs s’en venaient lentement, par groupes, dociles au cri d’airain du clocher. La pleine lune éclairait d’une lueur vive et blafarde tout l’horizon, rendait plus visible la pâle désolation des champs.

J’avais pris quatre hommes robustes et je me rendis à la forge.

La Possédée hurlait toujours, attachée à sa couche. On la vêtit proprement malgré sa résistance éperdue, et on l’emporta.

L’église était maintenant pleine de monde, illuminée et froide ; les chantres poussaient leurs notes monotones ; le serpent ronflait ; la petite sonnette de l’enfant de choeur tintait, réglant les mouvements des fidèles.

J’enfermai la femme et ses gardiens dans la cuisine du presbytère, et j’attendis le moment que  je croyais favorable.

Je choisis l’instant qui suit la communion.

Tous les paysans, hommes et femmes, avaient reçu leur Dieu pour fléchir sa rigueur. Un grand silence planait pendant que le prêtre achevait le mystère divin.

Sur mon ordre, la porte fut ouverte et mes quatre aides apportèrent la folle.

Dès qu’elle aperçut les lumières, la foule à genoux, le choeur en feu et le tabernacle doré, elle se débattit d’une telle vigueur qu’elle faillit nous échapper, et elle poussa des clameurs si aiguës qu’un frisson d’épouvante passa dans l’église ; toutes les têtes se relevèrent ; des gens s’enfuirent.

Elle n’avait plus la forme d’une femme, crispée et tordue en nos mains, le visage contourné, les yeux fous.

On la traîna jusqu’aux marches du choeur et puis on la tint fortement accroupie à terre.

Le prêtre s’était levé ; il attendait. Dès qu’il la vit arrêtée, il prit en ses mains l’ostensoir ceint de rayons d’or, avec l’hostie blanche au milieu, et, s’avançant de quelques pas, il l’éleva de ses deux bras tendus au-dessus de sa tête, le présentant aux regards effarés de la Démoniaque.

Elle hurlait toujours, l’oeil fixé, tendu sur cet objet rayonnant.

Et le prêtre demeurait tellement immobile qu’on l’aurait pris pour une statue.

Et cela dura longtemps, longtemps.

La femme semblait saisie de peur, fascinée ;

elle contemplait fixement l’ostensoir, secouée encore de tremblements terribles, mais passagers, et criant toujours, mais d’une voix moins déchirante.

Et cela dura encore longtemps.

On eût dit qu’elle ne pouvait plus baisser les yeux, qu’ils étaient rivés sur l’hostie ; et elle ne faisait plus que gémir ; et son corps raidi s’amollissait, s’affaissait.

Toute la foule était prosternée le front par terre.

La Possédée maintenant baissait rapidement les paupières, puis les relevait aussitôt, comme impuissante à supporter la vue de son Dieu. Elle s’était tue. Et puis soudain, je m’aperçus que ses yeux demeuraient clos. Elle dormait du sommeil des somnambules, hypnotisée, pardon ! vaincue par la contemplation persistante de l’ostensoir aux rayons d’or, terrassée par le Christ victorieux.

On l’emporta, inerte, pendant que le prêtre remontait vers l’autel.

L’assistance bouleversée entonna le Te Deum d’action de grâces.

Et la femme du forgeron dormit quarante heures de suite, puis se réveilla sans aucun souvenir de la possession ni de la délivrance.

Voilà, mesdames, le miracle que j’ai vu.

Le docteur Bonenfant se tut, puis ajouta d’une voix contrariée :

– Je n’ai pu refuser de l’attester par écrit.

Clair de lune, 1884.

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Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : Île des Poètes Immortelles
Samedi 22 décembre 2012 6 22 /12 /Déc /2012 09:23

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Le langage est un des moteurs importants de la relation humaine. Je vous livre un article récent de Libération sur les mots nouveaux...

 

 

 

 

"La watture s’est classée première devant 300 autres mots-tiroirs au festival havrais XYZ-du mot et du son nouveau – Raymond Queneau. 3 questions au sociologue Eric Donfu, son créateur.

Par NATALIE CASTETZ Le Havre, correspondance.

Selon quels critères choisissez-vous le nouveau mot de l’année ?

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Eric Donfu : D’abord son intelligibilité. Les dix mots déjà élus par le festival tels que «humanicide», «chaudard», «ordinosaure», «aimeuse», «phonard» ou «attachiant» en 2011 se suffisent à eux même, nous n’avons pas besoin de donner leur définition. Ensuite il y a sa sonorité, les mots sont d’abord des sons, et son côté facétieux : nous sommes très proches de l’esprit de Raymond Queneau, de Raymond Devos, qui a parrainé la première édition et du Petit Fictionnaire illustré d’Alain Finkielkraut.

Que révèlent les néologismes proposés par le public. Font-ils la part belle à la modernité?

Non, même si nous avons «Watture» pour voiture électrique, ces mots sont surtout le reflet de la vie, avec ces gens qui ertetent et vont prendre un midwich chez le casse croûtier avec leur adolechiant. Les gens aiment surtout jouer avec le langage. Le sondage que vient de réaliser pour nous OpinionWay ne révèle que 10% d’irréductibles, opposés aux nouveaux mots. Le principal atout de ce festival est bien de rapprocher la langue des citoyens et nous défendons une conception vivante de la langue, comme disait Victor Hugo : «Si elle n’invente pas de mots nouveaux, elle meurt.»

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Dans ce monde de l’image, comment expliquez-vous ce goût pour les mots ?

Le mot, écrit ou parlé, est à la base de toute chose, décrit tout, donne vie à l’imagination, permet les échanges, a une histoire. C’est lui qui sert à décrire une image et rarement l’inverse. Plus le monde qui nous entoure est digitalisé, virtuel et plus les mots sont importants. Notre époque est favorable à l’invention de nouveaux mots, pour définir de nouvelles choses et accompagner l’évolution des mœurs. Pourquoi pas un dictionnaire buissonnier pour garder, loin de tout académisme, les trouvailles que nous envoient les jeunes et les moins jeunes participant à cet événement festif ? Nous y songeons."

Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : partage
Lundi 26 novembre 2012 1 26 /11 /Nov /2012 09:30

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conjuguer

 

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Si le passé avait été si simple, nous l'eussions mieux mémorisé...

Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : Eurêka!
Mercredi 14 novembre 2012 3 14 /11 /Nov /2012 12:06

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 WASHINGTON SQUARE

  

HENRY JAMES

 

Washington Square (1997) ♫ Tu chiami una vita ♫ / CINEMA / MUSIQUE   Ce lien vous permet de voir l'article sur le même sujet, côté cinéma et musique.

Ci-dessous, je vous propose les 5 premiers chapitres du livre d'Henry James.

1

Il y avait à New-York vers le milieu du siècle dernier un médecin du nom de Sloper qui avait su se faire une situation exceptionnelle dans la haute société. Les médecins de qualité ont toujours joui d’une grande considération en Amérique, et, là plus qu’ailleurs, cette profession a su conquérir le nom de « libérale ». Dans un pays où, pour faire figure dans le monde, il faut ou bien gagner de l’argent, ou avoir l’air d’en gagner, l’art d’Esculape semble avoir combiné le plus heureusement deux motifs de se faire estimer. Être médecin, c’est se servir de ses yeux, de ses mains, ce qui, aux États-Unis, vous classe toujours parmi les honnêtes gens ; c’est aussi appartenir au domaine mystérieux de la science, mérite très apprécié dans une nation où l’amour du savoir n’a pas toujours trouvé de loisirs ni de facilités à sa mesure.

De l’avis général, le docteur Sloper était un grand médecin parce que son savoir égalait son savoir-faire. C’était ce que l’on pourrait appeler un savant, et cependant il ne soignait pas ses malades dans l’abstrait, si l’on peut dire, et leur donnait toujours des médicaments à prendre. Tout en étudiant chaque cas à fond, il n’infligeait pas à ses clients trop d’exposés théoriques, et, bien que d’une minutie parfois agaçante dans ses explications, il ne se contentait pas (comme font, paraît-il, certains médecins) de prescriptions verbales, mais laissait toujours en partant une ordonnance… d’ailleurs illisible.

Il y avait d’autres médecins qui rédigeaient une ordonnance sans avoir auparavant rien expliqué ; mais loin de procéder ainsi, il laissait cette manière de faire aux petits miteux de la profession. On aura compris que je parlais d’un homme intelligent ; il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de la grande renommée qu’avait acquise le docteur Sloper. À l’époque où il allait devenir le personnage central de notre récit, il avait atteint la cinquantaine et sa popularité était à son apogée. Il avait beaucoup d’esprit et il était considéré dans la meilleure société de New-York comme un homme du monde – ce qu’il était en fait, sans aucun doute. Je me hâte d’ajouter, afin qu’il n’y ait pas là-dessus d’équivoque, que ce n’était pas le moins du monde un charlatan. C’était le plus honnête des hommes, plus honnête peut-être que la vie ne lui avait jamais donné l’occasion de le prouver ; et même si on laisse de côté le bel enthousiasme de son cercle de clients, qui se vantaient à tout propos d’avoir le médecin le plus « merveilleux » d’Amérique, il se montrait en tous points digne de l’idée que l’on se faisait de ses talents.

C’était un observateur, un philosophe même, et il lui était si naturel d’être un grand médecin (ou plutôt facile, comme disait la voix populaire), qu’il ne cherchait jamais à se faire valoir, et dédaignait les petits trucs professionnels aussi bien que les airs imposants qui sont l’apanage des médiocres.

Il faut reconnaître qu’il avait été favorisé par la fortune, et que le succès lui avait été spécialement aisé. Il avait fait à vingt-sept ans un mariage d’amour avec la très charmante Miss Harrington, de New-York, qui, en plus de tous ses charmes, avait une très belle dot. Mrs. Sloper était aimable, gracieuse, cultivée, élégante, et avait été en 1820 l’une des plus jolies héritières de cette capitale peu étendue, mais en pleine croissance, qui avait pour centre la Battery, entre les deux rives de la Bay, et dont la limite au nord se perdait alors dans les chemins herbeux de Canal Street. À peine âgé de vingt-sept ans, Austin Sloper était déjà en assez bonne posture pour rendre moins surprenant le choix qu’avait fait de sa personne, parmi une bonne douzaine de soupirants, une jeune fille de la haute société qui avait dix mille dollars de rente et les yeux les plus ravissants de tout Manhattan. Ces yeux, et bien d’autres merveilles encore, firent du jeune médecin, qui était aussi amoureux qu’aimé, un homme vraiment comblé.

Son bonheur dura environ cinq ans. Son mariage avec une femme riche ne l’avait pas écarté d’un pouce de la voie qu’il s’était tracée, et il se donnait à son métier aussi totalement que s’il n’avait encore d’autre fortune personnelle que le modeste héritage qu’il avait partagé avec ses frères et sœurs à la mort de son père. Et ce n’était pas tellement le désir de s’enrichir qui le poussait que la passion d’apprendre encore et de travailler. Apprendre des choses intéressantes et travailler à des choses utiles – tel était en deux mots le programme qu’il s’était fixé et qui ne lui paraissait pas devoir comporter le moindre changement du fait que sa femme se trouvait être riche. Il aimait son métier et se plaisait à déployer une maîtrise dont il se sentait fier ; et tout en lui prouvait si clairement qu’il était né pour être médecin, qu’il prétendait rester médecin quoi qu’il advienne, et exercer la médecine de la meilleure façon possible. Évidemment, l’aisance de sa vie domestique lui épargnait les côtés les plus déplaisants de sa profession, et les relations qu’avait sa femme parmi les « gens huppés » faisaient qu’il recevait dans son cabinet un bon nombre de malades dont les symptômes, pour n’être pas plus intéressants en eux-mêmes que ceux des classes populaires, se révèlent du moins avec plus de netteté. Il souhaitait enrichir son expérience, et en l’espace de vingt années, il apprit en effet une infinité de choses. Il est juste de dire qu’il acquit une partie de cette expérience dans des conditions telles qu’il eût préféré mille fois s’en passer, quelque enseignement qu’il y puisât. Son premier enfant avait été un petit garçon admirablement doué, de l’aveu même du docteur à qui l’on ne pouvait jamais reprocher d’excès d’enthousiasme ; il l’avait perdu à l’âge de trois ans, malgré tout ce que l’amour de sa mère et la science de son père avaient pu inventer pour le sauver. Deux ans plus tard, Mrs. Sloper avait donné le jour à un autre enfant – enfant d’un sexe qui faisait de la pauvre créature une piètre compensation pour la perte du premier-né tant regretté et dont le père s’était juré de faire un homme accompli. La petite fille qui naquit fut donc une déception ; mais le pire était encore à venir. Une semaine après la naissance de l’enfant, la jeune mère qui, suivant la formule consacrée, se portait bien, se trouva soudain prise de graves malaises, et, avant qu’une deuxième semaine se fût écoulée, Austin Sloper se trouvait veuf.

Pour un homme dont la profession est d’empêcher les gens de mourir, il n’avait vraiment pas trop bien réussi ; un docteur de talent qui perd en l’espace de trois ans sa femme et son fils pourrait craindre que l’on mît en doute ses capacités professionnelles aussi bien que son amour. Notre ami, cependant, échappa aux critiques ; entendons-nous : il échappa aux critiques du monde extérieur. Car pour ce qui était de lui, il se fit les reproches les plus sanglants qu’un homme peut se faire. Il dut subir jusqu’à la fin de sa vie le joug de cette censure intime et garda toujours les marques de la correction que la main la plus dure qu’il connût lui avait administrée pendant la nuit qui suivit la mort de sa femme. Le monde qui, je l’ai dit, avait de l’amitié pour lui, le plaignait trop pour faire de l’ironie ; son malheur le rendit plus intéressant encore, et acheva de faire de lui l’homme à la mode. Les gens se dirent qu’après tout les familles des médecins ne peuvent échapper aux formes les plus malignes des maladies, et que le docteur avait vu mourir d’autres malades que ceux dont nous venons de parler, ce qui créait un précédent honorable.

Il lui restait sa petite fille, et, bien qu’elle ne fût pas ce qu’il avait désiré, il résolut de l’élever aussi parfaitement que possible. Il avait en réserve beaucoup d’autorité inemployée dont la petite fille bénéficia largement pendant ses premières années. On lui avait donné, naturellement, le nom de sa pauvre mère, et même lorsqu’elle n’était encore qu’un tout petit bébé au maillot, le docteur ne l’appela jamais autrement que Catherine. En grandissant, elle s’affirma de nature saine et robuste, et son père se disait, en la regardant, qu’avec cette mine-là, il ne courait pas le moindre risque de la perdre. J’ai dit : « avec cette mine-là », parce que, à la vérité… Mais ce n’est pas de cela que je veux parler pour le moment.

2

Quand l’enfant atteignit ses dix ans, le docteur offrit à sa sœur, Mrs. Penniman, de venir vivre chez lui. Il n’avait que deux sœurs, qui s’étaient toutes deux mariées jeunes. La cadette, Mrs. Almond, avait épousé un négociant fort bien dans ses affaires et qui s’enorgueillissait d’une ribambelle de beaux enfants. C’était le type de la mère de famille épanouie, sereine, agréable, sensée, et elle s’entendait fort bien avec son grand homme de frère, qui, en matière de femmes, même quand elles étaient ses proches parentes, manifestait ouvertement ses préférences. Il préférait Mrs. Almond à sa sœur Lavinia, qui avait épousé un clergyman pauvre, maladif, à l’éloquence fleurie, puis était restée veuve à trente-trois ans, sans enfant, sans fortune – sans autre bien que le souvenir des fleurs de rhétorique de Mr. Penniman, et dont quelque secret arôme flottait encore dans ses propres discours. Le docteur Sloper lui avait cependant offert de demeurer sous son toit, et elle avait sauté sur la proposition avec tout l’empressement d’une femme qui a passé dix ans de vie conjugale dans un petit trou de province. Le docteur n’avait pas parlé d’une installation définitive chez lui ; il avait suggéré que sa sœur prît sa maison comme port d’attache pendant qu’elle chercherait un appartement où installer ses meubles. Mrs. Penniman avait-elle vraiment cherché des appartements vides ? Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle n’en trouva jamais. Elle s’installa chez son frère et ne s’en alla plus, si bien que quand Catherine atteignit sa vingtième année, sa tante Lavinia était encore l’un des personnages les plus marquants de son entourage[1]. La version de Mrs. Penniman était qu’elle était restée chez son frère pour s’occuper de l’éducation de sa nièce. C’est ce qu’elle disait, en tout cas, aux uns et aux autres, sauf au docteur lui-même, qui ne demandait jamais d’explications lorsqu’il lui était facile d’en inventer tout seul tant qu’il voulait. Ajoutons que Mrs. Penniman, qui ne manquait pas d’une certaine assurance superficielle, se gardait, pour certaines raisons, de se poser vis-à-vis de son frère comme un puits de science. Elle n’était pas très fine, mais elle avait cependant assez de flair pour ne pas commettre une erreur pareille ; et son frère, en revanche, avait assez d’esprit pour lui pardonner, dans la situation où elle se trouvait, de vouloir vivre à ses dépens le plus longtemps qu’elle pourrait. Il souscrivit donc tacitement à la proposition informulée de Mrs. Penniman, selon laquelle il était nécessaire que la pauvre petite orpheline eût auprès d’elle une femme supérieure. Son consentement ne pouvait être que tacite, vu la faible impression qu’avaient faite sur lui les capacités intellectuelles de sa sœur. Sauf quand il était tombé amoureux de Catherine Harrington, il n’avait jamais été impressionné par l’esprit des femmes en général ; et bien qu’il fût ce que l’on pourrait appeler un médecin de femmes, il n’avait pour le beau sexe qu’une admiration très mitigée. Il jugeait les complications féminines plus surprenantes qu’édifiantes et trouvait à la raison[2]trop de charme pour se complaire, dans l’ensemble, à ce qu’il découvrait chez ses belles clientes. Sa femme avait été une femme sensée, mais c’était là une de ces brillantes exceptions qui confirment la règle ; des quelques certitudes qu’il avait acquises au cours de sa vie, celle-là était peut-être la plus ancrée. Cette certitude ne l’aida pas, on s’en doute, à mieux subir son deuil, ni à mettre fin à son veuvage ; et elle eut pour effet de le rendre encore plus sceptique sur les capacités de Catherine ainsi que sur la valeur des méthodes de Mrs. Penniman. Il accepta néanmoins, au bout de six mois, l’installation définitive de sa sœur chez lui comme un fait accompli, et, s’aperçut, comme Catherine devenait une jeune fille, qu’il était en effet très utile pour elle d’avoir à ses côtés un autre exemplaire de ce sexe très imparfait. Il usait envers Lavinia d’une scrupuleuse et inébranlable politesse ; et elle ne l’avait encore vu en colère qu’une seule fois dans toute sa vie, au cours d’une discussion théologique avec feu son mari le clergyman. Avec elle, il ne discutait jamais de théologie, ni d’aucune autre chose, d’ailleurs. Il se contentait de lui faire connaître, de la façon la plus nette, sous forme d’ultimatum, ce qu’il désirait qu’elle fît pour Catherine.

Un jour, alors que l’enfant avait à peu près douze ans, il lui avait dit : « Essaie d’en faire une femme intelligente, Lavinia ; j’aimerais qu’elle devienne une femme intelligente ».

Sur quoi Mrs. Penniman, après avoir réfléchi un moment, avait demandé : « Crois-tu, mon cher Austin, qu’il vaut mieux être intelligent que bon ?

« Bon à quoi ? demanda le docteur. On n’est bon à rien si l’on n’est pas intelligent ».

Mrs. Penniman ne vit aucune raison pour contredire son frère sur ce point ; peut-être songeait-elle que son rôle ici-bas avait d’autant plus d’importance qu’elle avait des aptitudes plus variées.

« Bien entendu, je désire que Catherine soit bonne, dit le docteur le lendemain ; mais elle n’en sera pas moins vertueuse pour n’être pas une imbécile. Je ne crains pas qu’elle soit mauvaise ; il n’y aura jamais un grain de malice dans sa nature. Elle est bonne comme le bon pain, comme disent les Français ; dans six ans d’ici, je ne tiendrai pas à ce qu’on la compare à une bonne miche ».

« Crains-tu donc qu’elle reste par trop sèche ? Mon cher, moi je fournis le beurre ; ainsi tu n’as pas besoin de t’inquiéter ! » déclara Mrs. Penniman, qui s’était chargée elle-même des arts d’agrément et accompagnait sa nièce chez son professeur de piano ainsi qu’au cours de danse. Or, si Catherine était assez douée pour le piano, il faut bien dire que c’était une piètre danseuse.

Mrs. Penniman était grande, mince, blonde, plutôt fanée ; d’une amabilité à toute épreuve et d’une distinction à nulle autre pareille ; elle lisait surtout des romans ; elle ne savait jamais dire les choses sans biais ni détours. Elle était romanesque, sentimentale, et folle de petits secrets et de mystères – passion bien innocente, car jusque-là ses secrets lui avaient servi à peu près autant que des bulles de savon. Elle ne disait pas non plus toujours la vérité ; mais cela non plus n’avait pas grande importance, car elle n’avait jamais eu rien à cacher. Elle aurait rêvé d’avoir un amoureux et de correspondre avec lui sous un faux nom par le canal d’une poste privée ; je m’empresse de dire que son imagination ne s’aventurait jamais vers des réalités plus précises. Mrs. Penniman n’avait jamais eu d’amoureux, mais son frère, qui était très perspicace, devinait ce qui se passait dans sa tête. « Quand ma fille aura dix-sept ans, se disait-il, Lavinia essaiera de lui faire croire qu’un beau jeune homme à moustache est amoureux d’elle. Ce sera entièrement faux : aucun jeune homme, avec ou sans moustache, ne s’éprendra jamais de Catherine. Mais Lavinia foncera sur cette idée et en parlera à la petite ; peut-être même, si son goût pour les manœuvres clandestines ne demeure le plus fort, m’en parlera-t-elle à moi-même. Catherine ne verra rien, ne croira pas ce que sa tante lui dira, heureusement pour la paix de son cœur ; elle n’est pas romanesque ma pauvre Catherine ».

C’était une enfant bien portante et robuste, sans la moindre trace de la beauté de sa mère. On ne peut pas dire qu’elle était laide ; elle était simplement quelconque, terne et douce. L’éloge le plus poussé qu’on ait jamais fait d’elle était qu’elle avait une « gentille » figure ; et, toute héritière qu’elle fût, personne ne s’était jamais avisé de la mettre sur la liste des jeunes filles à courtiser. Son père avait mille fois raison de parler de sa pureté ; elle était pure, excellemment, imperturbablement ; affectueuse avec cela, docile, obéissante, et toujours prête à dire la vérité. Elle avait beaucoup aimé jouer étant enfant, et bien que ce ne soit pas un trait poétique pour une héroïne, je dois ajouter qu’elle était très gourmande. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle allait voler des raisins secs dans le placard de la cuisine ; mais elle s’achetait des choux à la crème avec son argent de poche. À ce compte-là, quel biographe parlant sincèrement de ses jeunes années oserait être sévère sur ce sujet ? Non, Catherine n’était pas intelligente ; elle ne comprenait pas vite ce qu’elle lisait, ni aucune autre chose, d’ailleurs. Elle n’était cependant pas totalement stupide et avait tout de même fait assez d’études pour tenir convenablement sa place dans une conversation avec des jeunes gens et des jeunes filles de son âge, au milieu desquels il est juste de dire qu’elle n’occupait qu’un rang effacé. Et l’on sait pourtant combien il est facile à New-York pour une jeune fille d’occuper les premiers rangs. Catherine, qui était extrêmement modeste, n’avait pas le moindre désir de briller, et dans la plupart des réunions mondaines où elle était invitée, elle s’arrangeait pour rester à l’arrière-plan. Elle aimait tendrement son père et avait très peur de lui ; elle pensait que c’était l’homme le plus intelligent, le plus beau et le plus célèbre du monde. La pauvre enfant éprouvait tant de plénitude dans le don même de son cœur que le petit frémissement de crainte qui se mêlait à son amour pour son père aiguisait cet amour plus qu’il ne le tempérait. Elle n’avait d’autre désir que de lui plaire, et le bonheur, pour elle, c’était d’avoir réussi à lui plaire. Elle n’y était jamais parvenue au-delà d’un certain point. Bien que, dans l’ensemble, il la traitât avec une grande bonté, elle sentait très bien cette limite, et l’espoir de réussir à la franchir un jour suffisait à remplir et à inspirer toute sa vie. Elle ne pouvait naturellement pas savoir qu’elle n’était rien de ce qu’il eût voulu qu’elle fût, bien que, à trois ou quatre reprises, le docteur le lui eût presque fait comprendre. Elle devint une jeune fille calme et bien portante, mais quand elle atteignit ses dix-huit ans, Mrs. Penniman n’avait pas réussi à faire d’elle une femme intelligente. Le docteur Sloper aurait bien voulu être fier de sa fille ; mais il n’y avait rien en Catherine dont il pût être fier. Rien non plus, évidemment, dont il pût avoir honte ; mais cela n’était pas suffisant pour le docteur, qui avait de l’orgueil et qui aurait aimé pouvoir se dire que sa fille était un être exceptionnel. Il aurait été normal qu’elle fût belle et gracieuse, intelligente et distinguée ; car sa mère avait été la femme la plus exquise de son temps – temps si bref – et pour ce qui est de son père, il savait évidemment ce qu’il valait. Il avait des moments de rage à l’idée d’avoir donné le jour à une enfant sans intérêt, et il lui arrivait même parfois de penser avec un certain plaisir qu’il valait mieux que sa femme n’ait pas vécu pour voir cela. Bien entendu, il lui fallut assez longtemps pour découvrir cette disgrâce, et ce n’est que lorsque Catherine eut complètement achevé sa croissance qu’il considéra la chose comme sans remède. Il donna à sa fille le bénéfice d’un nombre incroyable de doutes ; il se garda de toute conclusion hâtive. Mrs. Penniman lui répétait à tout moment que la petite avait une nature en or ; mais il savait ce qu’il fallait penser de ces mots-là. Cela voulait dire, selon lui, que sa fille n’avait pas assez de bon sens pour s’apercevoir que sa tante était une dinde – manque de bon sens qu’aurait certainement apprécié Mrs. Penniman. Cette dernière, d’ailleurs, aussi bien que son frère, se trompait sur la naïveté de Catherine ; car la jeune fille, bien qu’ayant pour sa tante une sincère affection et une profonde gratitude pour ce qu’elle lui devait, lui refusait jusqu’à la moindre trace de cette tendre crainte qui était la marque de son admiration pour son père. À ses yeux, Mrs. Penniman n’avait rien qui participât de l’infini ; Catherine la voyait en plein relief, si l’on peut dire, et n’était nullement éblouie par cette apparition ; tandis que les merveilleuses facultés de son père s’étendaient si loin qu’elles semblaient se perdre dans une sorte de vague lumineux, qui n’en marquait pas cependant la limite, mais seulement le point où l’esprit de Catherine cessait de pouvoir les suivre.

Il ne faudrait pas croire que le docteur Sloper faisait sentir à la pauvre enfant combien peu elle ressemblait à la fille qu’il eût souhaité et quelle déception elle était pour lui. Au contraire, par crainte de se montrer injuste envers elle, il faisait son devoir de père avec un zèle exemplaire, et se montrait heureux de son affection sans bornes. De plus, il était philosophe ; il avait fumé bien des cigares avant de digérer sa déception, et, à la longue, il s’était fait une raison. Il trouva une sorte de satisfaction à se dire qu’il n’attendait rien de cette enfant-là, mais son raisonnement était assez paradoxal : « Je n’attends rien, insistait-il, donc, si elle me surprend agréablement, ce sera tout bénéfice pour moi. Dans le cas contraire, je n’aurai rien perdu ». Ces réflexions se situaient à l’époque des dix-huit ans de Catherine, ce qui montre bien que le docteur n’avait pas porté sur sa fille de jugement hâtif. Et cette jeune fille de dix-huit ans lui semblait non seulement incapable de lui réserver des surprises, mais d’en éprouver jamais elle-même, tant elle était calme et inerte. Il y avait même des gens sans aménité qui la traitaient de bûche. Mais la raison de cette attitude était sa timidité : elle était douloureusement, irrémédiablement timide. On ne s’en rendait pas bien compte, et on la croyait surtout indifférente. En fait, c’était l’être le plus sensible qu’il y eût jamais.

3

Comme enfant, elle promettait d’être grande, mais à l’âge de seize ans, sa croissance s’était arrêtée, si bien que sa taille, comme presque tout en elle, ne dépassait pas la moyenne. Elle était vigoureuse, pourtant, bien faite, et grâce au ciel, d’une excellente santé.

J’ai dit que le docteur était philosophe, mais je n’aurais pas répondu de sa philosophie si la pauvre Catherine avait été maladive et plaintive. Ce qu’il y avait de plus séduisant en elle était précisément son air de santé et ses belles joues fraîches où s’épanouissaient à l’envi les lis et les roses. Elle avait l’œil petit et sans éclat, des traits plutôt lourds, d’épais cheveux châtains et lisses. Une fille quelconque, sans intérêt, disaient d’elle les gens les moins bienveillants – une jeune fille calme et bien élevée, disaient les personnes douées de quelque imagination. Quand elle eut enfin compris qu’elle était une jeune fille – et cela demanda pas mal de temps et de persuasion – elle se mit tout d’un coup à adorer la toilette : et cela avec toute l’impétuosité d’une néophyte. Là encore, je ne voudrais pas accabler mon héroïne, mais il faut bien dire que son goût n’était rien moins que sûr ; elle commettait force erreurs et confusions. Cette débauche de parure n’était pas autre chose que le désir de s’exprimer chez un être plutôt silencieux ; elle essayait de mettre dans sa toilette l’éloquence qui manquait à ses discours et à laisser parler franchement sa nature. Mais dès lors qu’il fallait juger de son esprit par sa manière de s’habiller, ce n’était pas la faute des gens s’ils la croyaient très sotte. Ajoutons que, bien qu’elle eût une grande fortune en perspective – son père, depuis des années, gagnait vingt mille dollars par an et en économisait la moitié – elle ne disposait pas pour s’habiller de plus d’argent que la plupart des jeunes filles sans fortune. À cette époque, on sacrifiait encore à New-York sur les autels de la Simplicité Républicaine, et le docteur Sloper aurait aimé que sa fille fût, avec une grâce tout athénienne, prêtresse de cet aimable culte. Il grinçait des dents, en privé, à l’idée qu’il avait une fille à la fois laide et endimanchée. Car s’il aimait lui-même les choses agréables de la vie, il avait la plus grande horreur de la vulgarité. Il prétendait même que la tendance du jour était toute vers cette vulgarité détestable. Ajoutons qu’il y a trente ans, le luxe aux États-Unis n’était pas comparable à ce qu’il est à présent, et que le père de Catherine avait sur l’éducation des jeunes filles des idées plutôt conservatrices. Non qu’il eût des principes bien définis sur ce point ; la mode n’était pas encore de s’entourer de principes comme d’une ceinture de remparts. Il lui semblait simplement convenable et raisonnable qu’une jeune fille bien élevée n’étalât pas sa fortune sur son dos. Or Catherine avait un large dos et aurait pu y étaler une imposante fortune ; mais par crainte de s’exposer aux critiques de son père, elle n’avait jamais montré ce dos à nu, et elle avait vingt ans révolus quand elle s’offrit pour la première fois une robe du soir ; une robe rouge à frange dorée ; elle en avait secrètement envie depuis des années. Ainsi harnachée, elle avait l’air d’avoir trente ans ; mais ce qui est assez curieux, c’est qu’en dépit de sa passion pour les falbalas, elle n’était pas du tout coquette et qu’elle ne songeait, quand elle choisissait une robe, qu’à l’effet que la robe, et non elle-même, allait produire. L’historien, sur ce point, est à court d’explication, mais les faits sont là. C’est dans cet équipage somptueux qu’elle se rendit à une soirée intime, où l’avait invitée sa tante, Mrs. Almond. La jeune fille venait d’entrer dans sa vingt-et-unième année, et la soirée de Mrs. Almond inaugurait pour elle une ère très importante.

Depuis quelques années déjà, le docteur Sloper avait transporté ses pénates dans la ville haute, comme on disait alors. À l’époque de son mariage, il s’était installé dans une maison à faîtage de granit avec une énorme arche vitrée au-dessus de la porte, située à cinq minutes de l’Hôtel de Ville. Ce quartier, déjà considéré alors comme très élégant, avait connu sa plus grande vogue aux alentours de 1820. Puis, peu à peu, la mode avait dessiné un mouvement irrésistible vers le nord, comme cela était inévitable dans une ville telle que New-York où la circulation ne peut se faire que dans le sens d’une étroite bande de terrain. Ainsi les innombrables voitures qui sillonnaient Broadway purent-elles s’espacer plus facilement sur les deux rives. Lorsque le docteur se décida à changer de domicile, ce qui avait été jadis l’écho encore discret de l’activité commerciale était devenu un insupportable fracas – qui n’en charmait pas moins les oreilles des braves citoyens, passionnés pour ce qu’ils appelaient avec complaisance le développement de leur île fortunée. Le docteur Sloper ne s’intéressait que très indirectement à ce développement bruyant – pourtant, si l’on songe que, quelques années plus tard, la bonne moitié de ses malades se trouvèrent être des hommes d’affaires surmenés, le phénomène aurait pu l’intéresser d’assez près – et quand il vit que la plupart des maisons voisines toutes pareilles à la sienne se transformaient en bureaux, en entrepôts, en agences maritimes, et, d’une manière générale en repaires pour le monde méprisable du négoce, il résolut de chercher un coin plus calme.

Or, en 1835, c’est Washington Square qui se trouvait être l’endroit rêvé pour les gens de goût épris de tranquillité, et c’est là que le docteur se fit construire une maison ; une belle maison « moderne » avec une large façade, un balcon devant les fenêtres du salon, et quelques marches blanches menant à la porte d’entrée, elle-même encadrée de marbre blanc. Cette maison, ainsi que la plupart des maisons voisines, qui lui ressemblaient trait pour trait, représentait pour les New-Yorkais de ce temps-là, le sommet de la science architecturale, et il faut reconnaître qu’elles font encore aujourd’hui très bonne figure. Toutes ces maisons donnaient sur le Square, sorte de jardin planté de toutes sortes d’arbres et d’arbustes sans prétention et entouré d’une barrière de bois qui augmentait encore son aspect champêtre et bon enfant ; à deux pas de là, c’était l’imposante Cinquième Avenue qui commençait précisément à la hauteur de Washington Square, et qui, déjà large et sûre d’elle-même, semblait prévoir la haute destinée qui allait être la sienne. Je ne sais pas si c’est le souvenir de leur enfance, mais bien des New-Yorkais ont une prédilection marquée pour cette partie de la ville. Il faut dire que Washington Square a conservé une atmosphère de paix rêveuse qu’on trouve de plus en plus rarement dans les autres quartiers de la grande cité tapageuse ; il y règne un air de certitude, d’aisance et de noblesse que ne possèdent pas les régions plus modernes desservies par la grande artère centrale – l’air d’avoir une espèce de passé. Combien de nous, s’il faut en croire les souvenirs de nos nourrices, avaient vu le jour dans ce paradis de tous les raffinements et rendu visite, là, à de vieilles aïeules solitaires qui donnaient des goûters dont la splendeur frappait l’imagination et faisait venir l’eau à la bouche ; c’est là que nous avions fait nos premiers pas hors de la nursery et trottiné à côté de notre bonne, en respirant à pleines narines l’odeur particulière des vernis du Japon qui, en ce temps-là foisonnaient dans le Square et répandaient un arôme que nous n’étions pas encore assez avertis pour détester comme il le méritait ; là, enfin, qu’avait été notre première école, tenue par une vieille dame à la vaste poitrine et à la croupe volumineuse, dont la férule et l’éternelle tasse de thé dans de la porcelaine bleue dépareillée, avaient à la fois développé notre sens de l’observation et enrichi nos sensations. C’est là, en tout cas, que mon héroïne devait passer bien des années de sa vie, ce qui excuse cette longue parenthèse topographique.

Mrs. Almond habitait bien plus au nord, dans une rue embryonnaire portant un numéro de trois chiffres – région où les empiétements de la ville avaient un air un peu irréel avec ses peupliers toujours debout au milieu des pavés (et encore quand les rues étaient pavées), qui agitaient leurs feuilles par-dessus les toits pointus d’anciennes maisons hollandaises, tandis que les cochons et les poules cherchaient leur vie dans les ruisseaux. Ces éléments de pittoresque campagnard ont complètement disparu aujourd’hui des rues de la ville ; mais bien des personnes pas tellement âgées se souvenaient fort bien avoir vu un semblable état de choses dans des rues qui seraient honteuses aujourd’hui qu’on le leur rappelât. Catherine avait force cousins et cousines, et elle était très amie avec tous les enfants de sa tante Almond, qui n’étaient pas moins de neuf. Il y avait eu un temps où elle leur avait fait un peu peur parce qu’ils la croyaient, comme on dit, savante jusqu’au bout des ongles, sans compter que quelqu’un qui passait sa vie en compagnie de Mrs. Penniman avait forcément quelque chose d’intimidant. Mrs. Penniman inspirait plutôt de l’admiration que de l’affection aux jeunes Almond. Elle avait des manières étranges et un peu effrayantes ; pendant vingt ans elle avait porté le deuil de son mari, pour arborer un beau matin des roses à son chapeau ; ses vêtements noirs étaient constellés bizarrement aux endroits les plus imprévus de boucles, de bracelets et de broches qui n’encourageaient pas la familiarité. Elle prenait les enfants trop au sérieux, en bien comme en mal, et leur donnait tellement l’impression qu’elle attendait d’eux des choses rares et subtiles qu’on était en visite chez elle comme à l’église quand on est assis au premier rang.

On finit pourtant par s’apercevoir que Mrs. Penniman ne tenait pas une grande place dans la vie de Catherine, qu’elle ne faisait pas corps avec elle, et que, les jours où la petite fille venait passer un dimanche avec ses cousins et cousines, elle ne demandait pas mieux que de jouer à « scions-du-bois » ou même à saute-mouton. Ceci établi, les enfants n’eurent pas de peine à s’entendre, et pendant plusieurs années Catherine joua beaucoup avec ses jeunes cousins. Je parle surtout des cousins, parce que sept sur neuf des enfants Almond étaient des garçons, et que Catherine avait une préférence marquée pour les jeux qui se jouent en culottes. Peu à peu, cependant, les culottes firent place à des pantalons, et les possesseurs des pantalons durent se préparer à la vie. Les aînés, qui étaient plus âgés que Catherine, partirent pour le collège ou entrèrent dans des maisons de commerce. Des deux filles, l’aînée se maria dès qu’elle fut en âge de s’établir, et l’autre, dès qu’il en fut temps aussi, se fiança. C’était pour fêter ces fiançailles-là que Mrs. Almond donnait la soirée intime dont j’ai parlé. Sa fille devait épouser un jeune agent de change un peu boulot qui n’avait que vingt ans ; tout le monde était très satisfait de ce choix.

4

Mrs. Penniman, hérissée de plus de pendeloques et de broches que jamais, vint naturellement à la fête accompagnée de sa nièce ; le docteur avait promis de venir aussi, bien qu’assez tard. On devait danser beaucoup, et dès la quatrième ou cinquième danse, Catherine vit venir à elle sa cousine Marianne escortée d’un grand jeune homme. Et celle-ci présenta le jeune homme comme quelqu’un qui avait le plus vif désir de faire la connaissance de notre héroïne, et comme un cousin d’Arthur Townsend, son propre fiancé.

Marianne était une jolie petite personne de dix-sept ans, toute menue, et parée d’une large ceinture ; on voyait à ses manières élégantes qu’elle n’avait pas attendu le mariage pour prendre de l’assurance. Elle avait déjà des airs de maîtresse de maison, accueillant les invités, s’éventant gracieusement, disant qu’il y avait tellement de monde qu’elle n’aurait pas une minute pour danser. Elle fit tout un petit discours sur le compte du cousin de Mr. Townsend, à qui elle donna une tape de son éventail avant de s’élancer vers d’autres invités. Catherine n’avait pas compris tout ce que Marianne avait dit : elle était trop captivée par l’aisance de manières et la vivacité de la jeune fille et par la beauté du jeune homme. Elle avait pourtant, ce qui ne lui arrivait pas souvent, réussi à attraper le nom du jeune homme, qui se trouvait être le même que celui du petit agent de change de Marianne. Catherine était toujours troublée quand on lui présentait quelqu’un ; cela lui paraissait toujours pénible, et elle se demandait comment certaines gens – ce jeune homme en particulier – pouvaient s’en émouvoir aussi peu. Que devait-elle dire, et qu’arriverait-il si elle ne disait rien ? Jusqu’ici il n’était rien arrivé que de très agréable. Mr. Townsend, sans laisser à Catherine le temps de se sentir embarrassée, s’était mis à parler en souriant gaiement, comme s’il la connaissait depuis un an.

« Quelle charmante soirée ! quelle ravissante maison ! quelle famille délicieuse ! et que votre cousine est donc jolie ! »

Mr. Townsend, en faisant ces remarques, n’avait pas l’air d’en exagérer l’importance, et entrait ainsi en matière avec quelqu’un dont il venait de faire connaissance. Il regardait Catherine droit dans les yeux. Elle ne répondait rien ; elle se contentait d’écouter et de le regarder ; et lui, comme s’il ne s’était pas attendu à ce qu’elle répondît quoi que ce soit, continuait à parler de choses et d’autres du même ton amical et naturel. Catherine, pour muette qu’elle se trouvât, n’éprouvait aucune gêne ; elle trouvait tout à fait normal que ce soit lui qui parlât et qu’elle se contentât de le regarder. Ce qui expliquait son admiration, c’est que le jeune homme était très bien de sa personne, ou plutôt, comme elle se le disait à elle-même, très beau. La musique s’était tue un instant, puis soudain elle reprit ; alors il lui demanda, avec un sourire plus appuyé, plus significatif que les autres, si elle voulait lui faire l’honneur de danser avec lui. Même à cette demande, elle ne répondit que par un murmure et le laissa simplement mettre son bras autour de sa taille – et lorsqu’il fit ce geste, elle eut plus que jamais l’impression qu’elle avait déjà eue parfois, qu’il était surprenant que le bras d’un jeune homme eût le droit de se poser sur sa taille – et déjà il l’entraînait dans un doux tournoiement de polka tout autour du salon. Quand ils s’arrêtèrent, elle sentit qu’elle était rouge ; et c’est seulement alors que, pendant quelques instants, elle cessa de le regarder. Elle s’éventa, puis s’absorba dans la contemplation des fleurs de son éventail. Il lui demanda si elle voulait reprendre la danse, et elle ne répondit pas tout de suite, les yeux toujours fixés sur les fleurs de l’éventail.

– Est-ce que cela vous fait tourner la tête ? demanda-t-il avec la plus grande sollicitude.

Catherine alors le regarda ; il était vraiment très beau, et il n’était pas rouge le moins du monde.

– Oui, dit-elle sans trop savoir pourquoi, car la danse ne lui faisait jamais tourner la tête.

– Eh bien, dans ce cas, dit Mr. Townsend, nous allons nous asseoir et bavarder. Je vais nous trouver un bon coin.

Il trouva un bon coin – un endroit charmant ; un petit canapé qui semblait fait juste pour deux personnes. À cette heure, les salons étaient pleins de monde ; les danseurs étaient de plus en plus nombreux, et les invités qui ne dansaient pas se tenaient debout, le dos tourné aux deux jeunes gens, de sorte que Catherine et son cavalier se trouvaient comme en retrait et à l’abri des regards. « Nous allons bavarder » avait dit le jeune homme ; mais c’est toujours lui qui continuait à parler seul. Catherine, mollement adossée contre le canapé, tenait les yeux fixés sur lui et le trouvait plein d’esprit. Ses traits ressemblaient à ceux des jeunes gens que l’on voit sur les tableaux ; Catherine n’en avait jamais vu d’aussi fins, élégants et bien dessinés à aucun des jeunes gens qu’elle rencontrait dans les rues ou dans les salons de New-York. Il était long et mince, et cependant il avait l’air plein de force. Catherine le comparait dans son esprit à une statue. Mais une statue n’aurait pas parlé comme lui, et surtout, une statue n’aurait pas eu des yeux de cette mystérieuse couleur. C’était la première fois qu’il venait chez Mrs. Almond ; il se sentait perdu dans ce milieu nouveau ; et Catherine était bien bonne de venir à son secours. Il était cousin d’Arthur Townsend, pas cousin germain, non ; cousin assez éloigné, même – et Arthur l’avait amené ici pour le présenter à sa future belle-famille. À vrai dire, il ne connaissait pas du tout New-York. Il y était né ; mais il en avait été absent pendant des années. Il avait roulé sa bosse un peu partout et vécu dans des pays lointains ; il n’était à New-York que depuis quelques semaines. C’était une belle ville, mais il s’y sentait seul.

– Vous comprenez, les gens vous oublient, dit-il en enveloppant Catherine de son merveilleux regard, tandis que, penché en avant de biais et les coudes sur les genoux, il se tournait vers elle.

Catherine eut l’impression qu’il n’était pas possible de l’oublier une fois qu’on l’avait vu ; mais cette réflexion elle la garda pour elle, presque comme une chose précieuse que l’on voudrait mettre à l’abri.

Ils restèrent assis un bon moment. Sa conversation était très divertissante. Il lui demanda qui étaient les gens qui étaient assis dans leur voisinage ; il essayait de deviner leurs parentés et commit à leur sujet les erreurs les plus comiques. Il se moquait d’eux très librement, d’une manière objective, détachée. Catherine n’avait jamais entendu personne – surtout parmi les jeunes gens – parler de cette manière-là. Il parlait comme on parle dans les romans ; ou mieux, on aurait dit un acteur sur la scène, tout près de la rampe, les yeux fixés sur la salle et servant de point de mire à tous les spectateurs ; et c’était merveille qu’il pût garder si bien son sang-froid. Et pourtant Mr. Townsend n’avait pas l’air d’un acteur ; il paraissait trop sincère, trop naturel pour un acteur. Tout cela était bien intéressant ; mais tandis qu’elle roulait ces réflexions dans sa tête, Marianne Almond venait vers eux en se frayant un chemin parmi les danseurs et, découvrant les deux jeunes gens encore ensemble, poussait une exclamation ironique ; sur quoi tous les invités se retournèrent et Catherine rougit brusquement. Marianne mit fin à leur conversation et dit à Mr. Townsend – qu’elle traitait comme si elle était déjà mariée, et qu’il fût déjà son cousin – d’aller vite trouver sa mère qui, depuis plus d’une demi-heure, le réclamait pour le présenter à Mr. Almond.

– Nous nous reverrons ! dit-il à Catherine en la quittant, et la jeune fille trouva ces paroles pleines d’originalité.

Sa cousine la prit par le bras et l’obligea à se promener avec elle un moment.

– Je n’ai pas besoin de te demander ce que tu penses de Morris ! dit la jeune fille en riant.

– Il s’appelle Morris ?

– Je ne te demande pas ce que tu penses de son nom, mais ce que tu penses de lui, dit Marianne.

– Oh, rien de spécial ! répondit Catherine, qui pour la première fois de sa vie, déguisait sa pensée.

– J’ai bien envie de lui répéter cela ! s’écria Marianne. Ça lui fera du bien. Il est tellement content de lui !

– Content de lui ? demanda Catherine stupéfaite.

– C’est Arthur qui le dit, et Arthur le connaît bien.

– Oh, ne va pas lui répéter cela ! implora Catherine à mi-voix.

– Que je ne lui dise pas qu’il est content de lui ? Je le lui ai dit une bonne douzaine de fois !

Devant tant d’audace, Catherine considéra sa menue cousine avec stupéfaction. C’était sans doute parce que Marianne allait se marier qu’elle avait tant de confiance en elle ; mais elle se demanda si jamais, lorsqu’elle serait fiancée elle-même, elle oserait dire les choses aussi carrément.

Un peu plus tard elle découvrit sa tante Penniman, assise dans l’embrasure d’une fenêtre, la tête penchée de côté et son face-à-main doré en fonction, en train d’inspecter la foule. Devant elle se tenait un monsieur, légèrement incliné et dont Catherine ne voyait que le dos. Elle reconnut immédiatement ce dos, bien qu’elle ne l’eût jamais vu ; car, lorsqu’il avait pris congé d’elle à la demande de Marianne, il s’était retiré comme il sied, à reculons et sans se retourner. Morris Townsend – ce nom lui était déjà des plus familiers, comme si quelque voix l’eût répété sans cesse à son oreille depuis une demi-heure – Morris Townsend était en train d’éplucher les invités pour le bénéfice de sa tante, comme il l’avait fait pour elle ; il avait des trouvailles spirituelles, qui faisaient sourire Mrs. Penniman, visiblement amusée. Dès qu’elle les eut aperçus, Catherine s’éloigna ; elle n’aurait voulu pour rien au monde qu’il se retourne et l’aperçoive. Mais elle se sentit contente de tout cela, très contente. Il lui semblait qu’il se rapprochait d’elle en parlant ainsi avec Mrs. Penniman, si étroitement mêlée à sa vie de tous les jours ; elle pouvait ainsi mieux le contempler que si elle eût été elle-même l’objet de ses civilités ; et c’était bon signe aussi qu’il ait plu à sa tante Lavinia et qu’elle n’ait pas été surprise ni choquée par ce qu’il disait ; car tante Lavinia se montrait toujours très difficile, fidèle en cela au souvenir de feu son mari, qui, elle en avait convaincu le monde entier, avait été l’esprit de conversation fait homme. Un des petits Almond, comme les appelait Catherine, invita notre héroïne pour un quadrille, et, pendant un bon quart d’heure, ses pieds, faute de mieux, se trouvèrent occupés. Il n’était pas question cette fois d’étourdissements ; sa tête ne tournait pas le moins du monde. Le quadrille venait juste de finir quand elle se trouva brusquement face à face avec son père. Le docteur avait une façon de sourire bien à lui : un léger plissement des yeux – ces yeux d’un gris clair si transparent ! – et un petit mouvement de ses lèvres minces et rasées. C’est avec un de ces sourires qu’il examina sa fille dans sa robe écarlate.

– Se peut-il que cette splendide créature soit ma propre enfant ? dit-il.

On l’aurait bien surpris si on lui avait dit qu’il ne parlait jamais à Catherine que sur le mode ironique ; et c’était cependant un fait. Catherine était toujours contente lorsque son père lui adressait la parole ; mais il lui fallait, pour ainsi dire, qu’elle s’arrange pour en tirer du plaisir. Il y avait toujours dans le tissu des propos de son père quantité de fausses coupes, de chutes et de petits bouts d’ironie, dont Catherine ne savait quoi faire et qui lui semblaient trop difficiles à utiliser ; et pourtant Catherine, n’accusant que son manque d’imagination, sentait confusément que ces pointes étaient trop précieuses pour être gaspillées et que, toutes perdues qu’elles fussent pour elle, elles enrichissaient le fond commun de la sagesse humaine.

– Je ne suis pas splendide, dit-elle doucement, en regrettant de n’avoir pas mis une autre robe.

– Tu es somptueuse, opulente, coûteuse, rétorqua son père, tu as l’air d’avoir quatre-vingt mille livres de rente.

– Oh, bien, puisque je ne les ai pas !… dit Catherine étourdiment.

Elle n’avait encore qu’une idée très vague de la fortune qui l’attendait.

– Et ne les ayant pas, tu ne devrais pas avoir l’air de les avoir. T’es-tu bien amusée ?

Catherine hésita un instant ; puis, détournant la tête :

– Je suis assez fatiguée, murmura-t-elle.

On se souvient que cette soirée était le commencement d’une ère importante dans la vie de Catherine. Pour la seconde fois de sa vie, elle avait répondu par une échappatoire ; et le commencement d’une ère de dissimulation est une date très importante en soi. Catherine n’était pas aussi fatiguée qu’elle le disait.

Pourtant, dans la voiture qui les ramenait à Washington Square, elle fut aussi silencieuse que si elle avait été vraiment fatiguée. Le docteur Sloper avait pour parler à sa sœur Lavinia un ton qui ressemblait beaucoup à celui qu’il avait adopté envers Catherine.

– Quel était ce jeune homme qui te faisait la cour ? demanda-t-il à Mrs. Penniman.

– Vraiment, mon cher ! murmura Mrs. Penniman en haussant les épaules.

– Il semblait très pressant. Toutes les fois que j’ai regardé de votre côté, pendant une bonne demi-heure, il avait un air d’adoration.

– L’adoration ne m’était pas destinée, dit Mrs. Penniman, c’est de Catherine qu’il me parlait.

Catherine avait écouté de toutes ses oreilles.

– Oh, ma tante ! protesta Catherine d’une voix étouffée.

– Il est très bel homme ; très intelligent ; et il s’exprime avec le plus grand – le plus grand bonheur, continua la tante.

– Il est donc amoureux de cette créature royale ? demanda le docteur en riant.

– Oh, père ! souffla Catherine d’une voix encore plus étouffée, en remerciant le ciel de ce qu’il fasse noir dans la voiture.

– Je ne sais pas ; mais il a beaucoup admiré sa robe.

Catherine ne se dit pas à elle-même dans l’obscurité : « Quoi, rien que ma robe ? » Les paroles de Mrs. Penniman la frappaient plutôt par leur plénitude que par leur pauvreté.

– Tu vois, dit son père, il croit que tu as quatre-vingt mille livres de rentes.

– Je ne crois pas qu’il pense à cela, dit Mrs. Penniman, c’est un esprit trop distingué.

– Il faut qu’il soit formidablement distingué pour ne pas penser à cela !

– C’est pourtant vrai ! lança Catherine sans savoir ce qui lui arrivait.

– Tiens, je te croyais endormie, répondit le docteur. « L’heure a sonné ! » ajouta-t-il pour lui-même. Lavinia est en train de fabriquer un roman pour Catherine. Ce n’est pas bien de jouer des tours pareils à la pauvre petite. Comment s’appelle ce monsieur ? reprit-il à haute voix.

– Je n’ai pas compris son nom, et cela m’aurait gênée de le lui demander. Il s’est fait présenter à moi, dit Mrs. Penniman avec une certaine emphase ; mais tu sais comme on comprend mal ce que dit Jefferson. (Jefferson était Mr. Almond.) Tu sais, toi, Catherine comment ce monsieur s’appelle ?

Pendant une seconde, sauf le bruit des roues de la voiture, on n’entendit pas un souffle. Puis, Catherine répondit très doucement :

– Je ne sais pas, ma tante.

Et, en dépit de son cynisme, son père crut ce qu’elle disait.

5

Il apprit ce nom qu’il venait de demander quelques jours plus tard, après une visite que firent à Washington Square, Morris Townsend et son cousin. Mrs. Penniman n’avait pas dit à son frère, dans la voiture, qu’elle avait laissé comprendre à cet aimable jeune homme, dont elle ignorait le nom, que sa nièce et elle auraient beaucoup de plaisir à le voir ; mais elle fut ravie, et même un peu flattée, quand à la fin d’un après-midi de dimanche, les deux jeunes gens se firent annoncer. D’être accompagné par Arthur Townsend rendait sa visite plus naturelle et facile ; Arthur était sur le point d’entrer dans la famille, et Mrs. Penniman avait fait remarquer à Catherine que, puisqu’il allait épouser Marianne, ce serait poli de sa part de leur rendre visite. On était dans les derniers jours de l’automne, et Catherine et sa tante étaient assises auprès du feu, dans le petit salon à la fin de l’après-midi.

Arthur Townsend s’occupa de Catherine, pendant que son cousin s’installait auprès de Mrs. Penniman, sur le sofa. Jusque-là, Catherine n’avait pas été très exigeante ; il ne fallait pas faire de grands frais pour lui plaire – et elle aimait causer avec les jeunes gens. Mais le fiancé de Marianne, ce soir-là, réussit à éveiller son sens critique ; assis devant le feu, il regardait les flammes en se frottant les genoux. Quant à Catherine, elle n’essayait même pas de faire semblant d’entretenir la conversation ; toute son attention se portait vers l’autre côté de la pièce ; elle écoutait ce qui se passait entre sa tante et Mr. Townsend. De temps à autre, celui-ci levait la tête vers Catherine et lui envoyait un sourire, comme pour lui montrer que ce qu’il disait lui était aussi destiné. Catherine aurait bien voulu changer de place et aller s’asseoir près d’eux, afin de le voir et de l’entendre mieux. Mais elle avait peur de paraître trop hardie – de trop s’intéresser à lui ; et, de plus, cela n’aurait pas été poli pour le petit amoureux de Marianne. Elle se demanda pourquoi l’autre jeune homme s’était réservé sa tante – et comment il trouvait tant de choses à dire à Mrs. Penniman, envers qui les jeunes gens, en général, ne se montraient pas spécialement empressés. Non qu’elle fût le moins du monde jalouse de tante Lavinia, mais elle l’enviait un peu, et par-dessus tout n’arrivait pas à comprendre ce qui se passait ; car elle découvrait que Morris Townsend était un objet sur lequel son imagination pouvait s’exercer indéfiniment. Son cousin était en train de décrire une maison qu’il avait louée en vue de son mariage avec Marianne, et s’étendait sur les aménagements qu’il avait l’intention d’y faire ; Marianne en aurait aimé une plus grande, disait-il, et Mrs. Almond préconisait au contraire une plus petite ; quant à lui, il était certain d’avoir déniché la plus agréable maison de New-York.

– Ça n’a pas grande importance, disait-il, ce n’est jamais que pour trois ou quatre ans. Au bout de trois ou quatre ans, nous prendrons une autre maison. C’est comme cela qu’il faut vivre à New-York – en déménageant tous les trois ou quatre ans. De cette façon, on a toujours ce qui se fait de plus nouveau. C’est la conséquence de cette croissance vertigineuse de la ville – il faut suivre le mouvement. La ville pousse droit vers le Nord – c’est moi qui vous le dis. Si je ne craignais pas que Marianne se sente trop isolée, je m’en irais en haut – tout là-bas, là-bas – et j’attendrais que la ville me rejoigne. Ça ne prendrait pas plus de dix ans – et ils seraient tous là obligés de me courir sur les talons. Mais Marianne dit qu’elle veut avoir au moins quelques voisins – elle ne veut pas jouer aux pionniers. Elle dit que si elle doit être la première habitante d’un endroit désert, elle ferait mieux d’aller dans le Minnesota. J’ai dans l’idée que nous nous déplacerons peu à peu vers le nord ; quand nous en aurons assez d’une rue, nous monterons de deux ou trois rues. De cette façon, vous comprenez, nous aurons toujours une maison neuve ; c’est un grand avantage d’avoir une maison neuve ; on profite de toutes les nouvelles découvertes. On réinvente tout environ tous les cinq ans et c’est très important d’avoir toujours ce qui se fait de plus nouveau. J’essaie toujours de me tenir au courant de tout ce qui est nouveau dans tous les domaines. Vous ne trouvez pas que c’est une bonne devise pour un jeune ménage : « toujours plus haut » ? C’est comme dans cette pièce de vers, – comment déjà ? – Excelsior !

Catherine prêtait juste assez d’attention à son interlocuteur pour s’apercevoir que ce n’était pas de cette manière que Mr. Morris Townsend avait parlé le soir de la réception, ni qu’il était en train de parler maintenant avec son heureuse tante. Puis soudain, son futur cousin par alliance devint plus intéressant. Il semblait s’être enfin aperçu qu’elle s’étonnait de la présence de l’autre visiteur, et il crut devoir l’expliquer.

– C’est mon cousin qui m’a demandé de l’amener ici, autrement je n’aurais pas pris la liberté de le faire. Il avait l’air d’avoir très envie de venir ; vous savez comme il aime le monde. Je lui ai dit que j’allais d’abord vous en parler, mais il a dit que Mrs. Penniman l’avait invité. Il dit n’importe quoi quand il a envie d’aller chez les gens ! Mais Mrs. Penniman a l’air tout à fait d’accord.

– Nous sommes très contentes de le voir, dit Catherine. Et elle aurait voulu parler de lui davantage ; mais elle ne savait trop quoi dire.

– Je ne l’avais jamais vu encore, dit-elle enfin. Arthur Townsend ouvrit de grands yeux.

– Mais voyons, il m’a dit qu’il avait causé avec vous pendant plus d’une demi-heure, l’autre soir !

– Je veux dire que je ne l’avais jamais vu avant l’autre soir. C’était la première fois que je le voyais.

– Oh, il a été longtemps absent de New-York ; il a voyagé dans le monde entier. Il ne connaît pas beaucoup de gens ici, mais il est très sociable, et voudrait faire des masses de nouvelles connaissances.

– Des masses ? dit Catherine.

– Oui, enfin je veux dire, de tous les gens bien. Toutes les jolies demoiselles – comme Mrs. Penniman ! Et Arthur eut un petit rire malin.

– Il plaît beaucoup à ma tante, dit Catherine.

– Il plaît à tout le monde ; il a tant d’esprit !

– On dirait un peu un étranger, ajouta Catherine sur un ton légèrement interrogateur.

– Ma foi, je n’ai jamais vu d’étranger ! dit le jeune Townsend d’un ton qui semblait indiquer qu’il ne tenait pas à connaître ces gens-là.

– Moi non plus, avoua Catherine plus humblement. On dit qu’ils ont généralement beaucoup d’esprit, ajouta-t-elle au hasard.

– Eh bien, les gens de cette ville ont assez d’esprit pour moi. J’en connais quelques-uns qui croient qu’ils me dament le pion ; mais bernique !

– Il me semble qu’on n’a jamais trop d’esprit, dit Catherine, toujours humblement.

– Je ne sais pas. Je connais des gens qui trouvent que mon cousin a parfois trop d’esprit.

Catherine écouta ces paroles avec le plus vif intérêt, en se disant que si Morris Townsend avait un défaut, ce ne pouvait être que celui-là. Mais elle garda cette réflexion pour elle, et demanda encore :

– Maintenant qu’il est de retour, va-t-il se fixer ici ?

– Ah ! dit Arthur, s’il peut trouver une situation.

– Une situation ?

– Oui, une place quelconque ; un travail.

– Est-ce qu’il ne fait rien ? dit Catherine, qui n’avait jamais entendu parler d’un jeune homme – de la bonne société – qui fût sans profession.

– Non ; il cherche. Mais il ne peut rien trouver.

– Je le regrette beaucoup pour lui, fut tout ce que Catherine osa dire.

– Oh, il ne se tourmente pas, dit le jeune Townsend. Il prend son temps – il n’est pas pressé. Il est très difficile.

Catherine pensa qu’il ne pouvait en être autrement, et laissa errer un moment sa pensée sur cette idée, et sur ses diverses conséquences.

– Est-ce que son père ne pourrait pas le prendre avec lui dans ses affaires – ses bureaux ? finit-elle par demander.

– Il n’a pas de père – il n’a qu’une sœur. Et une sœur ne peut pas grand-chose pour lui.

Catherine pensa que si elle avait été sa sœur, elle aurait fait mentir cet axiome.

– Est-ce qu’elle est sympathique ? demanda-t-elle au bout d’un moment.

– Je ne sais pas. Je la crois très correcte, répondit le jeune homme. Sur quoi, il se tourna du côté de son cousin et le regarda en riant. Tu sais, on parle de toi, ajouta-t-il.

Morris Townsend s’interrompit dans sa conversation avec Mrs. Penniman, et eut un sourire surpris. Puis il se leva comme pour prendre congé.

– En ce qui te concerne, je ne puis te retourner le compliment, répondit-il à son cousin. Mais sur le chapitre de Miss Sloper, il n’en est pas du tout de même.

Catherine trouva cette réplique admirablement tournée ; mais elle en fut un peu confuse, et se leva elle aussi. Morris Townsend restait là debout à la regarder en souriant ; puis il lui tendit la main pour lui dire adieu. Il partait, sans avoir échangé une parole avec elle ; mais même dans ces conditions, elle était contente de l’avoir vu.

– Je lui répéterai ce que vous m’avez dit – quand vous serez parti ! dit Mrs. Penniman, avec un rire plein de sous-entendus.

Catherine rougit, car elle avait un peu l’impression qu’ils s’amusaient à ses dépens. Qu’avait bien pu dire, grands dieux, ce jeune homme si beau ? Il la regarda encore, bien qu’il ait vu son embarras ; mais son regard était plein de respect et de douceur.

– Je n’ai pas du tout causé avec vous, dit-il, et c’était cependant pour cela que j’étais venu. Mais ce sera un bon prétexte pour que je revienne un autre jour ; un faible prétexte, s’il me fallait vraiment en trouver un. Je ne suis pas inquiet de ce que dira votre tante après mon départ.

Sur quoi les deux jeunes gens se retirèrent ; et aussitôt Catherine, les joues encore rouges de ce qu’elle venait d’entendre, lança à Mrs. Penniman un coup d’œil chargé d’interrogation. Elle était incapable du moindre petit détour, et elle ne chercha même pas à prendre la chose légèrement – en feignant par exemple de croire que l’on avait dit du mal d’elle – pour se faire dire ce qu’elle voulait savoir.

– Quelles sont ces choses que tu as promis de me dire ? demanda-t-elle.

Mrs. Penniman s’approcha d’elle, avec de petits sourires et des hochements de tête, la regarda des pieds à la tête, puis, tirant légèrement sur le nœud de ruban qui ornait son cou :

– C’est un grand secret, ma petite, lui dit-elle ; il vient ici pour faire sa cour.

Catherine restait grave.

– Est-ce cela qu’il t’a dit ?

– Pas en propres termes. Mais il me l’a laissé comprendre. Je sais deviner ce qu’on ne dit pas.

– Tu veux dire qu’il vient me faire la cour, à moi ?

– Ce n’est certainement pas à moi qu’il la fait, ma chère ; bien que je reconnaisse qu’il est cent fois plus courtois envers une personne qui n’est plus de la première jeunesse que la plupart des jeunes gens. Non, c’est vers un autre objet que vont ses pensées. Et Mrs. Penniman déposa un tout petit baiser sur la joue de Catherine. Il faudra être très aimable avec lui.

Catherine ouvrait de grands yeux étonnés – elle ne pouvait croire à ce qui lui arrivait.

– Je ne comprends pas ce que tu veux dire, dit-elle ; il ne me connaît pas.

– Oh mais si, il te connaît ; plus que tu ne crois. Je lui ai tout raconté sur toi.

– Oh, tante Lavinia ! s’écria Catherine comme s’il s’agissait d’une trahison. C’est tout à fait un étranger ; nous ne le connaissons même pas. Ce nous dans la bouche de la pauvre petite trahissait toute son humilité.

Mrs. Penniman ne tint cependant aucun compte de ce reproche ; elle dit même d’un ton assez vif :

– Voyons, ma chère, tu sais très bien qu’il te plaît beaucoup.

– Oh, tante Lavinia ! ne sut que murmurer Catherine encore une fois. C’était bien possible qu’elle le trouvât très à son goût, – et cela lui semblait toutefois déplacé qu’on lui en parlât. Mais que ce brillant inconnu – ce passant inattendu qui avait à peine pu entendre le son de sa voix – pût s’intéresser à elle dans les termes romanesques que venait juste de rapporter Mrs. Penniman, lui semblait une de ces rêveries issues du cerveau infatigable de tante Lavinia, qui avait, c’était bien connu, une imagination sans bornes......"

 

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Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : partage
Samedi 10 novembre 2012 6 10 /11 /Nov /2012 15:07

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Donna Leon est née le 28 septembre 1942 à Montclair, au New Jersey. A vingt-trois ans, elle quitte son pays natal pour continuer ses études à Pérouse et à Sienne. Elle reste à l'étranger comme guide de voyage à Rome, rédactrice publicitaire à Londres et enseignante de littérature, notamment en Suisse, en Iran et en Arabie saoudite et de 1981 à 1999 à l'université Maryland dans une base de l'armée américaine située près de la Cité des Doges, à Venise. C'est ici qu'elle a commencé à écrire des romans policiers. Son premier roman, Mort à la Fenice a été couronné par le prestigieux prix japonais Suntory, qui récompense les meilleurs suspenses. Après Mort en terre étrangère (Calmann-Lévy, 1997), Un Vénitien anonyme, Le Prix de la chair (Calmann-Lévy, 1998), Entre deux eaux (Calmann-Lévy, 1999), Péchés mortels (Calmann-Lévy, 2000), Noblesse oblige (Calmann-Lévy, 2001), L'affaire Paola (Calmann-Lévy, 2002), Des amis haut placés (Calmann-Lévy, 2003), Mortes-eaux (Calmann-Lévy, 2004), Une question d'honneur (Calmann-Lévy, 2005), Le Meilleur de nos fils (Calmann-Lévy, 2006), Dissimulation de preuves (Calmann-Lévy, 2007), De sang et d'ébène (Calmann-Lévy, 2008), Réquiem pour une cité de verre (Calmann-Lévy, 2009), Le Cantique des innocents (Calmann-Lévy, 2010) et La petite fille de ses rêves (Calmann-Lévy, 2011), La Femme au masque de chair est le dix-huitième roman policier qui met en scène le commissaire Brunetti.

Donna Leone n'a jamais voulu être traduite en Italien, par souci  de ne pas blesser les Véniciens qu'elle aime et qu'elle décrit à travers les rues de cette ville extraordinaire qu'est Venise.

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Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : âme d'artiste ...
Mardi 28 août 2012 2 28 /08 /Août /2012 16:13

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Les inconditionnels de Jane Austen ne devraient pas bouder leur plaisir : dans cette nouvelle fiction, qui se distingue particulièrement des précédentes, P.D. James se livre à un exercice d'admiration pour l'auteur d'Orgueil et Préjugés, grand classique publié en 1813, et dont elle imagine une suite... criminelle ! La romancière reprend donc les personnages, mais aussi le ton et le style de la célèbre Anglaise, situant naturellement l'action en 1803 à Pemberley House, le domaine ancestral de la famille Darcy, dans le Derbyshire. La maîtresse des lieux, Elizabeth, la deuxième des cinq soeurs Bennet, qui a fini par épouser Mr Darcy, y coule des jours heureux aux côtés de son mari. Mais la veille du grand bal annuel de Pemberley, juste avant d'aller se coucher, Elizabeth et ses convives aperçoivent un cabriolet qui se dirige vers le château "avec force embardées" : il transporte Lydia, la plus jeune des soeurs Bennet, passablement agitée, qui craint pour la vie de son mari George Wickham, égaré dans le bois voisin. Or le couple a toujours été indésirable auprès des siens, en raison notamment du comportement "dissolu" de Wickham, et sa présence jette un grand trouble dans la maisonnée. Non seulement la mort s'invite à Pemberley, mais elle ravive les rancoeurs et les frustrations passées... Certes, P.D. James mêle habilement son art de l'intrigue et l'atmosphère propre à ce milieu de la gentry anglaise, où l'obsession de la bienséance le dispute à celle de l'argent. Mais attention : la veine "austienne", avec ses phrases empesées et ses personnages innombrables, peut parfois rebuter. D.P.

 

 

 

 

PD-James-1.jpgPhyllis Dorothy James, née en 1920 à Oxford, envoie son premier manuscrit en 1962, signé P.D. James afin de se faire passer pour un homme, et ça marche : avec A visage couvert, roman à énigme assez classique, elle s'attache déjà à la psychologie de son personnage, Adam Dalgliesh, policier de Scotland Yard, rôle principal de la majorité de ses livres - une vingtaine de titres au total. Après avoir travaillé dans la médecine légale, de 1968 à 1979, puis comme magistrat jusqu'en 1984, elle connaît bien le système policier et juridique.  

En 1971, Meurtres en blouse blanche la consacre nouvelle reine du crime.

 

 

 

 

Extrait

"A onze heures du matin le vendredi 14 octobre 1803, Elizabeth Darcy était assise à la table de son boudoir au premier étage de Pemberley House. La pièce n'était pas grande, mais ses proportions étaient particulièrement agréables et ses deux fenêtres donnaient sur la rivière. C'était l'endroit de la maison qu'Elizabeth s'était réservé et elle l'avait aménagé entièrement à son goût, avec des meubles, des rideaux, des tapis et des tableaux choisis à son gré parmi les trésors de Pemberley et disposés comme elle le souhaitait. Darcy avait personnellement surveillé les travaux, et le plaisir qui s'était reflété sur les traits de son mari quand Elizabeth avait pris possession de ce petit salon, ainsi que l'empressement avec lequel tous avaient cherché à satisfaire le moindre de ses désirs, lui avait fait comprendre, davantage encore que les splendeurs plus ostentatoires de la demeure, les privilèges dont jouissait Mrs Darcy de Pemberley. 

L'autre pièce du château qui lui procurait un enchantement presque égal à son boudoir était la superbe bibliothèque de Pemberley. C'était le fruit du travail de plusieurs générations, et son mari se faisait une joie, et même une passion, d'ajouter encore à ses richesses. La bibliothèque de Longbourn était le domaine réservé de Mr Bennet, et Elizabeth elle-même, qui était pourtant la préférée de son père, n'y entrait qu'à son invitation. Celle de Pemberley, en revanche, lui était aussi librement ouverte qu'à Darcy, et, avec les encouragements délicats et tendres de son mari, elle avait lu plus d'ouvrages, avec plus de contentement et de compréhension, au cours de ces six dernières années que durant les quinze précédentes, complétant ainsi une éducation qui, elle en prenait conscience à présent, n'avait jamais été que rudimentaire. Les dîners que l'on donnait à Pemberley n'auraient pu être plus différents de ceux auxquels il lui était arrivé d'assister à Meryton, où le même groupe de personnes colportait les mêmes cancans et échangeait les mêmes idées, l'unique semblant d'animation étant apporté par les nouveaux détails que Sir William Lucas ajoutait à la description de sa réception à la Cour de St James. Désormais, c'était toujours à regret qu'elle cherchait le regard des autres dames pour laisser les messieurs à leurs affaires masculines. Découvrir qu'il existait des hommes qui appréciaient l'intelligence féminine avait été une révélation pour Elizabeth. 

C'était la veille du bal de Lady Anne. Elizabeth avait passé la dernière heure en compagnie de Mrs Reynolds, l'intendante, à vérifier que les préparatifs suivaient leur train et que tout se passait pour le mieux, et elle était seule à présent. Le premier bal s'était tenu quand Darcy avait un an. Il avait été organisé en l'honneur de l'anniversaire de sa mère et, à l'exception de la période de deuil qui avait suivi le décès de son mari, il avait eu lieu chaque année jusqu'à la mort de Lady Anne. Il était fixé au premier samedi suivant la pleine lune d'octobre, une date qui coïncidait généralement à quelques jours près avec l'anniversaire de mariage de Darcy et Elizabeth. Mais ils s'arrangeaient toujours pour célébrer celui-ci paisiblement avec les Bingley, lesquels s'étaient mariés le même jour, estimant que c'était un événement trop intime et trop précieux pour s'accompagner de divertissements mondains. Pour répondre au voeu d'Elizabeth, le bal d'automne avait conservé le nom de bal de Lady Anne. Il était considéré à travers tout le comté comme la plus grande réception de l'année. Mr Darcy s'était pourtant demandé s'il était bien judicieux de respecter cette tradition en un temps où l'on avait déclaré la guerre à la France et où l'inquiétude montait dans tout le sud du pays, qui s'attendait à une invasion de Bonaparte d'un jour à l'autre. De plus, les moissons avaient été médiocres, avec toutes les conséquences que cela pouvait entraîner pour la vie rurale. Levant des yeux soucieux de leurs livres de comptes, certains messieurs avaient eu tendance à lui donner raison et à estimer qu'effectivement il serait préférable de renoncer au bal cette année, mais l'indignation de leurs épouses à cette suggestion avait été telle qu'elle leur laissait présager deux mois de contrariétés conjugales, au bas mot. Aussi avaient-ils fini par admettre que rien n'était plus propice à stimuler la confiance qu'un petit divertissement inoffensif et que Paris se ragaillardirait et se réjouirait à l'excès si cette ville plongée dans les ténèbres de l'ignorance apprenait que le bal de Pemberley avait été annulé. 

Les occasions de s'amuser et les distractions saisonnières de la vie à la campagne ne sont ni suffisamment nombreuses ni suffisamment attrayantes pour que les obligations mondaines incombant à une grande demeure soient indifférentes aux voisins susceptibles d'en bénéficier, et, une fois surmonté l'étonnement dû à l'objet de son choix, le mariage de Mr Darcy permettait d'espérer qu'il séjournerait plus fréquemment sur ses terres et que sa nouvelle épouse saurait prendre la mesure de ses responsabilités. Lorsque Elizabeth et Darcy étaient rentrés de leur voyage de noces en Italie, il leur avait fallu se plier aux visites de rigueur et endurer les félicitations et menus propos d'usage avec toute la grâce qu'ils pouvaient déployer. Ayant appris dès son enfance que Pemberley accorderait toujours davantage de bienfaits qu'il n'en pourrait recevoir, Darcy supportait ces réunions avec une sérénité tout à son honneur. Quant à Elizabeth, elle y trouvait une source secrète de divertissement, prenant plaisir à voir ses voisins employer tous les artifices propres à satisfaire leur curiosité sans porter préjudice à leur réputation de bonne éducation. Les visiteurs, pour leur part, pouvaient savourer un double plaisir: profiter de l'élégance et du confort du grand salon de Mrs Darcy pendant la demi-heure prescrite, avant de se livrer à une discussion animée avec leurs voisins sur la robe, le charme et les vertus de la jeune épouse et les chances de félicité domestique du couple. Il leur avait fallu moins d'un mois pour parvenir à un consensus: les messieurs étaient impressionnés par la beauté et l'esprit d'Elizabeth, leurs épouses par son élégance, son amabilité et la qualité des collations qu'elle faisait servir. On admettait que, malgré les regrettables antécédents de sa nouvelle maîtresse, Pemberley allait retrouver la place qui lui incombait dans la vie mondaine du comté, celle qu'il avait occupée du temps de Lady Anne Darcy

Elizabeth était trop réaliste pour ignorer que nul n'avait oublié ces antécédents et qu'aucune famille ne pouvait s'installer dans la région sans être dûment informée de la stupeur provoquée par le choix de Mr Darcy. Il était connu comme un homme fier, qui accordait une valeur suprême à la tradition et au prestige familial. Son propre père avait encore rehaussé la position de sa lignée en épousant la fille d'un comte. Il avait semblé qu'aucune femme ne posséderait les qualités requises pour devenir Mrs Fitzwilliam Darcy, et voilà qu'il avait jeté son dévolu sur la cadette d'un gentleman dont la propriété, grevée d'une clause de succession qui empêchait ses propres enfants d'en jouir à sa mort, était à peine plus vaste que le parc d'agrément de Pemberley. A en croire la rumeur, la fortune personnelle de cette jeune personne ne dépassait pas cinq cents livres ; et elle était affligée de deux soeurs célibataires et d'une mère d'une vulgarité telle qu'elle ne pouvait être reçue dans la bonne société. Qui pis est, une de ses jeunes soeurs avait épousé George Wickham, le fils déshonoré du régisseur du vieux Mr Darcy, dans des circonstances que la pudeur commandait d'évoquer à voix basse. Mr Darcy et sa famille se trouvaient ainsi encombrés d'un homme pour lequel il éprouvait un tel mépris que personne à Pemberley ne prononçait jamais le nom de Wickham et que le couple ne franchissait jamais la porte du château. Force était de reconnaître qu'Elizabeth était parfaitement respectable et les esprits les plus critiques eux-mêmes avaient fini par admettre qu'elle était plutôt jolie et qu'elle avait de beaux yeux, mais cette union continuait à susciter l'étonnement, voire l'indignation, de plusieurs jeunes demoiselles qui, sur le conseil de leurs mères, avaient refusé plusieurs partis avantageux pour ne pas risquer de laisser échapper le gros lot, et approchaient désormais de l'âge fatidique de trente ans sans la moindre perspective en vue. Elizabeth pouvait se consoler en se rappelant la réponse qu'elle avait faite à Lady Catherine de Bourgh le jour où la soeur de Lady Anne était venue, outragée, lui énumérer tous les désagréments qui l'attendaient si elle avait l'impudence de devenir Mrs Darcy. "Ce sont là de bien grands malheurs ! avait-elle rétorqué. Mais la femme de Mr Darcy jouira de telles sources de bonheur nécessairement associées à sa situation que, somme toute, elle n'aura aucune raison de se lamenter." 

Le premier bal où Elizabeth avait dû se tenir au côté de son mari en qualité de maîtresse de maison, sur les plus hautes marches de l'escalier, pour accueillir leurs invités avait été pour elle une perspective pour le moins intimidante, mais elle en avait magnifiquement triomphé. Elle adorait danser et n'hésitait plus à reconnaître que ce bal lui offrait autant de plaisir qu'à ses invités. Lady Anne avait méticuleusement noté de son écriture soignée toutes les dispositions qu'elle prenait pour préparer cet événement et son carnet, dont la superbe reliure de cuir était ornée des armoiries estampées des Darcy, servait encore. Elizabeth et Mrs Reynolds l'avaient consulté le matin même. La liste des invités n'avait guère changé, elle avait seulement été complétée par les noms des amis de Darcy et d'Elizabeth, parmi lesquels son oncle et sa tante Gardiner. Bingley et Jane étaient évidemment de la partie eux aussi et, cette année, ils devaient enfin venir en compagnie de leur propre invité, Henry Alveston, un jeune avocat séduisant, intelligent et plein d'entrain, qui était le bienvenu à Pemberley tout autant qu'à Highmarten. 

Elizabeth savait que le bal serait réussi. Rien n'avait été négligé à cette fin. On avait coupé suffisamment de bois pour alimenter toutes les cheminées, et plus particulièrement celle de la salle de bal. Le pâtissier attendrait le matin même pour confectionner les tartes et les tourtes délicates que les dames appréciaient tant, tandis que des volailles et d'autres bêtes avaient été égorgées et parées pour fournir la nourriture plus substantielle prisée des hommes. On avait déjà monté du vin des caves et râpé des amandes pour préparer une quantité suffisante de la soupe blanche très en vogue en ces années-là. Le vin chaud, qui en relèverait plaisamment le goût et la force et contribuerait largement à l'entrain de la soirée, serait ajouté au dernier moment. Les fleurs et les plantes vertes avaient été choisies dans les serres, prêtes à être disposées dans des seaux, dans le jardin d'hiver, afin qu'Elizabeth et Georgiana, la soeur de Darcy, en vérifient l'arrangement le lendemain après-midi ; et Thomas Bidwell, qui logeait dans un cottage en plein bois, devait déjà être à l'office en train de frotter les dizaines de chandeliers nécessaires pour la salle de bal, le jardin d'hiver et le petit salon réservé aux dames. Bidwell avait été le cocher de feu Mr Darcy, comme son propre père des précédents Darcy. Des rhumatismes dans les genoux et dans le dos l'empêchaient désormais de s'occuper des chevaux, mais ses mains étaient encore solides et il avait consacré toutes les soirées de la semaine précédant le bal à faire l'argenterie, à épousseter les chaises supplémentaires sur lesquelles trôneraient les chaperons et à se rendre indispensable de multiples façons. Demain, les équipages des propriétaires terriens et les voitures de louage des invités de condition plus modeste remonteraient l'allée pour déverser leur contenu de passagères caquetantes, aux robes de mousseline et aux somptueux chapeaux recouverts d'une cape pour les abriter des frimas de l'automne, toutes frémissantes à l'idée de retrouver les réjouissances du bal de Lady Anne. 

Dans l'ensemble de ces préparatifs, Mrs Reynolds avait été la précieuse auxiliaire d'Elizabeth. Les deux femmes avaient fait connaissance le jour où Elizabeth était venue à Pemberley en compagnie de son oncle et de sa tante. L'intendante, qui connaissait Mr Darcy depuis sa plus tendre enfance, l'avait reçue et lui avait fait visiter le château. Elle s'était montrée si prodigue d'éloges envers Darcy, tant comme maître que comme homme, qu'Elizabeth s'était demandé pour la première fois si les préjugés qu'elle nourrissait à son endroit n'étaient pas injustifiés. Elle n'avait jamais évoqué le passé avec Mrs Reynolds mais elles étaient devenues très proches, et, par son soutien plein de délicatesse, l'intendante avait été d'un très grand secours pour Elizabeth, laquelle avait pris conscience, avant même d'arriver à Pemberley comme jeune épouse, qu'être la maîtresse d'une telle demeure, responsable du bien-être d'une domesticité aussi nombreuse, n'aurait pas grand-chose à voir avec la tenue du ménage de Longbourn. Mais sa gentillesse et son intérêt sincère pour la vie de ses serviteurs avaient rapidement convaincu ces derniers que leur nouvelle maîtresse se souciait de leur bonheur. Tout avait été plus aisé qu'elle ne l'avait imaginé, moins pénible même que l'administration de Longbourn car les domestiques de Pemberley, dont la majorité étaient en place depuis de longues années, avaient été formés par Mrs Reynolds et par Stoughton, le majordome, dans la tradition voulant que la famille du maître ne dût jamais être incommodée et fût en droit de s'attendre à un service irréprochable. 

Elizabeth ne regrettait pas grand-chose de sa vie d'autrefois, mais c'était vers le personnel de Longbourn que ses pensées se portaient le plus fréquemment? : Hill, la femme de charge, qui n'ignorait aucun de leurs secrets, pas même la fameuse fugue de Lydia, Wright, la cuisinière, qui ne se plaignait jamais des exigences pour le moins déraisonnables de Mrs Bennet, et les deux bonnes qui, en plus de leurs tâches domestiques, leur servaient de femmes de chambre, à Jane et elle, et les coiffaient avant les bals. Elles faisaient partie intégrante de la famille, d'une manière que ne connaîtraient jamais les serviteurs de Pemberley, mais elle savait que c'était Pemberley - la demeure elle-même et les Darcy - qui réunissait famille, personnel et tenanciers dans une loyauté commune. Nombre d'entre eux étaient les enfants et les petits-enfants d'anciens serviteurs ; le château et son histoire coulaient dans leurs veines. Et elle avait parfaitement conscience que la naissance des deux petits garçons, charmants et en bonne santé, qui occupaient la nursery à l'étage - Fitzwilliam, qui avait presque cinq ans, et Charles, qui venait d'en avoir deux - avait scellé définitivement sa victoire auprès des gens de Pemberley, désormais assurés que la famille et sa lignée se prolongeraient, qu'ils auraient toujours du travail, ainsi que leurs enfants et leurs petits-enfants, et que des Darcy continueraient d'habiter à Pemberley. 

Voilà presque six ans, un matin qu'elles examinaient la liste des invités, le menu et les fleurs du premier dîner que donnait Elizabeth, Mrs Reynolds lui avait dit: "Cela a été un jour de bonheur pour nous tous, Madame, que celui où Mr Darcy a conduit son épouse chez lui. Le voeu le plus cher de ma maîtresse aurait été de vivre assez longtemps pour voir son fils marié. Hélas, le destin en a décidé autrement. Mais je sais combien elle souhaitait ardemment, tant pour lui-même que pour Pemberley, qu'il fût heureusement établi." 

La curiosité d'Elizabeth avait eu raison de sa discrétion. Elle avait feint de ranger des papiers sur son bureau pour ne pas avoir à relever les yeux et avait commenté, d'un ton dégagé : "Mais peut-être pas avec cette femme-là. Lady Anne Darcy et sa soeur n'avaient-elles pas jugé qu'une union entre Mr Darcy et Miss de Bourgh serait opportune ? 

- Je ne dis pas, Madame, que Lady Catherine n'ait pu caresser pareil dessein. Elle venait bien souvent à Pemberley avec Miss de Bourgh quand elle savait que Mr Darcy s'y trouvait. Mais ce projet était voué à l'échec. Miss de Bourgh, cette pauvre demoiselle, a toujours été de constitution fragile et Lady Anne faisait grand cas de la santé chez une épouse. Nous avons entendu dire que Lady Catherine espérait que le deuxième cousin de Miss de Bourgh, le colonel Fitzwilliam, lui ferait sa demande, mais il n'en a rien été." 

Revenant au présent, Elizabeth glissa le carnet de Lady Anne dans un tiroir puis, peu pressée de renoncer à la paix et à la solitude dont elle ne pouvait plus espérer jouir qu'au lendemain du bal, elle s'approcha de l'une des deux fenêtres donnant sur la longue allée incurvée qui conduisait au château et à la rivière, bordée par le célèbre petit bois de Pemberley. Il avait été planté sous la direction d'un éminent jardinier paysagiste plusieurs générations auparavant. Chaque arbre de la lisière, d'une forme parfaite et pavoisé des ors chauds de l'automne, se dressait, un peu détaché des autres, comme pour souligner sa beauté singulière ; la plantation se faisait ensuite plus dense tandis que le regard était habilement attiré vers la riche solitude de l'intérieur de la futaie, fleurant le terreau. Une deuxième forêt, plus vaste, occupait la partie nord-ouest du domaine. Là, on avait laissé les arbres et les buissons pousser naturellement et Darcy, quand il était petit garçon, avait fait de ce bois son terrain de jeux et son refuge secret loin de la nursery. Son arrière-grand-père qui, lorsqu'il avait hérité du domaine, s'était coupé du monde, y avait fait construire un cottage où il avait vécu en reclus avant de se donner la mort d'un coup de fusil. Depuis ce jour, cette forêt - qu'on appelait "le bois" pour le distinguer de la plantation d'arbres d'ornement - inspirait une peur superstitieuse aux domestiques et aux tenanciers de Pemberley. Aussi s'y rendait-on rarement. Un étroit chemin le traversait, rejoignant une deuxième entrée du domaine, mais cet accès était essentiellement emprunté par les fournisseurs ; les invités remonteraient la grande allée, leurs voitures seraient remisées dans les écuries avec les chevaux, tandis que les cochers seraient accueillis dans les cuisines pendant la durée du bal. "

 

Traduit de l'anglais par Odile Demange. Copyright Fayard. 

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J'adore l'art de PD James pour camper un personnage:
"Personne n'avait pensé que Mary se marierait. C'était une lectrice acharnée qui dévorait les livres sans discrimination ni compréhension, une pianiste assidue mais dénuée de talent, et une grande débiteuse de platitudes sans sagesse ni esprit...."
Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : âme d'artiste ...
Dimanche 22 juillet 2012 7 22 /07 /Juil /2012 16:43

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L'Épitaphe de Villon ou " Ballade des pendus "


Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

 

Ci-dessous, une animation illustrée par JC Vernet

 

Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : Île des Poètes Immortelles
Vendredi 20 juillet 2012 5 20 /07 /Juil /2012 15:11

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Anne Perry, de son vrai nom Juliet Hulme, née à Blackheath près de Londres, le 28 octobre 1938, est un auteur britannique de romans policiers victoriens.
Elle est la fille d'Henry Hulme, astronome, physicien nucléaire et mathématicien et d'une mère de confession presbytérienne.
En vue de soigner la tuberculose dont l'enfant était atteinte, sa famille l'envoya d'abord dans des sanatoriums situés aux Antilles puis en Afrique du Sud.
Le choix de son père d'accepter en 1948 sa nomination comme recteur de l'Université de Canterbury, proche de Christchurch (Nouvelle-Zélande), a certainement été influencé par la possibilité de faire soigner l'enfant dans un des nombreux sanatoriums réputés du pays (on trouve la trace de cette spécialisation dans l'œuvre de Ngaio Marsh, autre reine du crime et néo-zélandaise).
La jeunesse d'Anne Perry fut mouvementée, puisqu'elle fut poursuivie et condamnée, en 1954, pour le meurtre de la mère d'une « amie très proche », accompli avec celle-ci. Cet épisode tourmenté de sa vie, ayant eu comme théâtre la Nouvelle-Zélande où elle vivait alors, est directement à l'origine du film Créatures célestes (1994), co-écrit et co-produit par Frances Walsh et son mari Peter Jackson, qui en assurera la réalisation.
Elle semble avoir bénéficié d'une mesure de clémence, puisque la famille regagnera le Royaume-Uni en 1959, cinq ans après le drame.
Son besoin d'écriture semble avoir toujours existé, en tout cas dès ses premières hospitalisations dans son enfance, marquées par des échappées dans l'imaginaire (elle cite fréquemment Alice de Lewis Carroll), mais il lui faudra attendre une vingtaine d'années avant de voir ses efforts couronnés de succès par la publication en 1979 de L'Étrangleur de Cater Street, premier d'une longue série de succès mérités.
Le temps ne semble pas avoir toutefois effacé toutes les blessures éprouvées dans sa jeunesse par Anne Perry, puisque tous ses romans policiers victoriens témoignent d'une révolte contre la « bienséance pudibonde dont s'affuble la bonne société victorienne » (selon les termes du Bulletin critique du livre français).
Elle vit désormais en Écosse.
Sans délaisser sa « spécialisation victorienne », elle a toutefois mené quelques incursions dans le domaine de la littérature fantastique et a entrepris une nouvelle série policière ayant pour cadre le Paris de la Révolution française, puis une autre ayant pour cadre la Première Guerre mondiale.
(Source Wikipédia)

 

 

 

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Ceux qui ont, un jour, plongé dans l’une des enquêtes de Thomas Pitt, en sont la plupart du temps ressortis accros. C’est que sa créatrice, l’écrivain britannique Anne Perry, a un sacré talent pour faire revivre l’atmosphère du Londres victorien où, tandis que Jack l’éventreur rôde dans les quartiers miséreux des docks, la haute société cache ses turpitudes dans un tourbillon de fêtes, de spectacles et de célébrations militaires. En 27 livres, Thomas Pitt, parti simple enquêteur, a gravi tous les échelons de la hiérarchie policière grâce à ses qualités exceptionnelles d’investigateur. Dans ce dernier volume, « Dorchester Terrace », toujours traduit par Florence Bertrand pour 10/18, le voici chef de la Special Branch, chargé de déjouer une menace d’assassinat à l’encontre d’un archiduc autrichien alors qu’un traître haut placé renseigne les terroristes.

 

Anne Perry est une star à travers le monde où près de 25 millions d’exemplaires de ses livres ont été vendus. Les enquêtes de Thomas Pitt et sa femme, la perspicace lady Charlotte, ont fait sa renommée. Plus récemment, elle a créé un autre personnage d’enquêteur, Monk, qui a la particularité d’être amnésique et de redouter d’avoir été quelqu’un de vraiment pas bien auparavant. Difficile de ne pas penser, en lisant ces romans que l’auteur a elle-même été condamnée pour meurtre lorsqu’elle avait quinze ans et vivait en Nouvelle Zélande, convaincue d’avoir assassinée, avec sa meilleure amie, la mère de celle-ci. Dette payée, nom changé, Anne Perry est devenue auteur de romans policiers dans lesquels le poids du passé, la culpabilité et la rédemption sont des thèmes récurrents, ainsi que les portraits de femme en rébellion contre l’ordre établi.

AFFICHE POLAR 2012 web

Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : partage
Dimanche 17 juin 2012 7 17 /06 /Juin /2012 09:54

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 10ème Festival du Polar à la plage

LE HAVRE


       

Les amoureux du polar et du roman noir se retrouveront les 14, 15, 16 et 17 juin 2012 pour faire le plein d’embruns et de sensations fortes, sur la digue promenade du Havre l’après-midi , au Magic Mirrors (quai des Antilles) et au Sirius (hébergé aux Clubs) le soir .
Le festival du « Polar à la Plage » organisé par l’association « Les Ancres Noires » montera ses chapiteaux face à la mer, pour accueillir des auteurs, des dessinateurs, de la musique, des lectures, des débats, du théâtre, des contes, un mime et des films.

Nous attendons les auteurs : Mouloud Akkouche, Louise Balem, Patrick Bard, Laurence Biberfield, Thierry Crifo, Dominique Delahaye, Pascal Dessaint, Caryl Ferey, Sébastien Gendron, Sylvie Granotier, Philippe Huet, Graham Hurley, Joseph Incardona, Jean-Paul Jody, Dominique Manotti, Roger Martin, Peter May, Pascal Millet, Jean-Hugues Oppel, Anne Perry, Jean-Bernard Pouy, Sylvie Rouch, Christian Roux, Insa Sané, Romain Slocombe, Marc Villard, Lalie Walker.

Les dessinateurs : Sébastien Corbet – Li An – Mako - Joe Pinelli -
 




Manifestation gratuite excepté : le théâtre : 3€ - le cinéma : 3 € - le repas avec les auteurs : 22€


Jeudi 14 juin 2012 : MAGIC MIRRORS soirée d'ouverture du festival

· 18-19H30:
Agora des Gaumont, bassin Paul Vatine : accueil de la péniche Andante
Musique avec Lébidondéol et  Polaroïds Rock  (sur le pont)

19H30 Projection des vidéos du concours
 20H30-22H Théâtre: Embarquement pour le noir à 20h15 et 22h15 avec le Théâtre de l’Impossible (au Magic Mirrors) : Fantastik !!! Billetterie dès 19h.
20H30 « PK 355 » spectacle de lectures, théâtre, musique
 



Vendredi 15 juin 2012 :
au Magic Mirrors
18H: remise des prix des lycéens en présence des auteurs Insa Sané et Dominique Delahaye
 20h15 et 22h15 Embarquement avec le Théâtre de l’Impossible pour le spectacle Fantastik !!! Billetterie dès 19h.  

  · 21H Concert : Frandol ; première partie : “Best of Polaroïds” (Magic Mirrors)

Au Sirius (hébergé aux Clubs 99 avenue Foch)

20H30 Cinéma :"Les Beaux mecs" (épisodes 1 et 2) en présence de la scénariste Virginie Brac.

Débat animé par Pierre Charrel




Samedi 16 juin 2012 :

Au bout de la digue-promenade
De 14h à 19h

Dédicaces et rencontres avec les auteurs


· Ateliers pour les jeunes Ancres
· Espace bibliothèques
· Pôle-Art: dessin / Peinture
· Mime le Grévinos
· Jeu Kikatué
· Boutique des Ancres Noires


 15h30: Contes noirs avec la Cie Autrement dire : « Dans le noir jusqu'au cou »


  Conférences/débats dans le bus Dell'Arte
15h:
« Les Éditions Fleuve noir » par Pierre Dieulafait
17h: « De l’écriture du roman au scénario TV» avec G.Hurley, P.May, S.Granotier, J_H.Oppel.


Expos
concours photos et vote du public

photos, textes et contributions des jeunes auteurs

Concours photos sur le site
 


Musique sur la plage
 
15h : Shoo
16h : Mass Confusion
17h : The Foot Notes


Au Magic Mirrors


21h c
oncert gratuit à l'occasion de la sortie du 9ième CD Polaroïds Rock en présence des auteurs et des groupes
1-
 Polaroïds Rock           

« Dix ans déjà », comme le dit si bien l’ami Jean Hugues. Dix ans, neuf compilations et un best off. Dix CD dont nous sommes fiers. Presqu’une centaine de chansons, écrites à l’Ancre noire et mise sous tension par des groupes branchés sur le secteur. Ce cru 2012 est aussi varié, aussi riche que ses prédécesseurs, du slam au rock’n roll en passant par la ballade pop ou du rock plus trash. L’idée est toujours la même : faire du beau avec du moche, mettre en scène le noir de nos âmes et lui rendre son humanité par la grâce des mots et des accords électriques. En ces temps sombres où l’on voudrait nous faire passer à la moulinette de la crise, c’est peut-être un peu fou de vouloir juste provoquer ces rencontres, ces précieuses étincelles, ces fragiles témoignages de notre liberté de parole. Dix ans, c’est dit-on l’âge de raison. Pas sûr que nous ayons envie de devenir raisonnables…

Nous remercions les auteurs et les groupes pour leur talent, la gentillesse et la rapidité avec laquelle ils ont répondu à notre invitation. Spéciale dédicace à Marc Minelli et Frandol qui parrainent cette édition anniversaire.
2- Duos mots/musique
3- «Laisse aller c’est une valse…» Fiesta des 10 ans
Promo CD: 5€ le soir du concert

Fresque de Joe Pinelli en live
Théâtre: Billetterie dès 19h. Embarquement avec le Théâtre de l’Impossible à 20h15 et 22h15 pour le spectacle Fantastik !!! (au Magic Mirrors)


Dimanche 17 juin 2012

11h30 Au restaurant "Les Régates" Port de plaisance
Remise des prix du concours de nouvelles et du prix "Ancres Noires 2012.

Une photographie originale d’Eric Enjalbert sera remise à l'auteur lauréat.
Déjeuner avec les auteurs- Inscription indispensable (22€)

Au bout de la digue promenade

De 10h à 11h30
Certains se lèvent tôt…Dédicaces et café

De 14h à 19h animations
 Pôle-Art: Dessin /Peinture
Mime le Grévinos
Espace bibliothèques
Jeu Kikatué
 Boutique des Ancres Noires
Dédicaces et rencontres avec les auteurs de 14h15 à 18h15


16h30: Contes noirs avec la Cie Autrement dire: Dans le noir jusqu'au cou.


  Conférences/débats dans le bus Dell'Arte
15h :
« Slam et écriture» avec Insa Sané
17h :
« Le Polar au fil de l’eau - Déambulation littéraire » avec Dominique Delahaye


Expos

concours photos et vote du public
photos, textes et contributions des jeunes auteurs


 Musique sur la plage

15h :
Job
16h :
Parfois
 

 

Nous tenons à remercier nos partenaires

 La Ville du Havre - La ville d'Octeville sur Mer-Le Conseil Général de la Seine-Maritime- - Le Conseil Régional  de Haute-Normandie-- La DRAC de Haute-Normandie-L’Agence Régionale du Livre - -  Les librairies : Dombre- Label Bulles- La Galerne - Les bouquinistes: Au Bouqu’i’noir- Blandine Donneau- Les Yeux d’Elsa-

L’équipe du Magic Mirrors-Le Sirius- Les Amis du Sirius- Le Studio-
Bus - Océane - 13ème Rue

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Et merci à tous les bénévoles qui contribuent au bon fonctionnement du festival !

Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : partage
Lundi 11 juin 2012 1 11 /06 /Juin /2012 17:39

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Romancier, auteur d'essais et de nouvelles Bradbury a également écrit des pièces de théâtre et il s'avère être aussi un poète renommé.
Il est né à Waukegan en Illinois le 22 août 1920.
Durant son enfance sa famille se déplaça deux fois - en 1926 et 1932 - vers Tucson en Arizona, mais pour une courte période de quelques mois pour revenir à Waukegan.
Finalement ils s'installèrent définitivement à Los Angeles en 1934.

Le premier écrit connu de Bradbury est une autobiographie qu'il rédigea à ...11 ans sur du papier d'emballage.
Il obtint en 1938 son diplôme de fin d'études secondaires, études qu'il ne continua pas, mais cela ne l'empêcha pas de poursuivre une formation d'écrivain autodidacte.
Il accomplit de petits métiers comme vendeurs de journaux entre 1938 et 1942 aux coins des rues de Los Angeles

Il publia sa première nouvelle (Hollenbochern's Dilemma) en 1938 dans la revue Imagination, un fanzine amateur. En 1939, il publia 4 numéros de Futuria Fantasia, son propre fanzine constitués pour la plupart de ses propres écrits.


Sa première oeuvre rémunérée "Pendulum", parut en 1941 dans Super Science Stories. Mais c'est en 1942 avec la publication de "The Lake" qu'il révéla son style personnel d'écriture.
En 1943, il cessa son job de vendeur de journaux pour se consacrer à plein-temps à l'écriture et il publia un nombre important de nouvelles. Retenons "The Big Black and White Game" qui décrocha en 1945 le prix de la meilleure nouvelle américaine.

En 1947, Bradbury épousa Marguerite McClure et la même année il rédigea nombre de ses meilleurs sujets qu'il publia dans sa propre collection de nouvelles : Dark Carnival.
Mais c'est avec la publication des "Chroniques Martiennes" en 1950 qu'il obtint la notoriété d'un grand écrivain de science-fiction. Celles-ci décrivent les premières tentatives des Terriens de coloniser la planète Mars et leur confrontation avec les Martiens télépathiques. Elles sont surtout considérées comme une critique sociale reflétant la hantise américaine de l'époque d'une guerre nucléaire et comme une réaction contre le racisme et la censure inhérente au McCarthysme du début des fifties.

Une autre des oeuvres majeures de Bradbury est "Farenheit 451" publié en 1953 qui décrit un futur dans lequel écrire et lire sont des actions interdites. Un groupe de rebelles se révolte contre ce totalitarisme qui brûle tous les livres en mémorisant dans leur entièreté le contenu d'oeuvres de litérature ou de philosophie.
L'oeuvre de Bradbury a été célébrée et honorée de très nombreuses manières, mais la plus originale est probablement l'hommage que lui rendit un astronaute d'Apollo qui appela un cratère de la Lune Dandelion en référence à son roman "Dandelion Wine" (Le vin de l'été).

Dans d'autres domaines, Bradbury contribua entre autres au scénario de base de la conception du pavillon des Etats-Unis à l'Exposition Universelle de New York en 1964 ou encore au vaisseau de l'espace d'EPCOT à Disney World. Il participa même à la conception de l'Orbitron à l'Euro-Disney en France !

Il vient de s'éteindre à l'âge de 91 ans.

 

 

 

link Pour consulter sa

 

 

biographie


 


Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : Île des Poètes Immortelles
Mercredi 6 juin 2012 3 06 /06 /Juin /2012 19:00

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Gabriel Garcia Marquez souffrait d’un cancer lymphatique.

Son état s’aggravant de jour en jour, Il adressa alors la splendide lettre d’adieu ci-dessous à ses amis

 


garcia_marquez.jpg Gabriel José de la Concordia García Márquez, né le 6 mars 1928, est un écrivain colombien (essentiellement romancier et novelliste) lauréat du prix Nobel de littérature.

Également journaliste et activiste politique, il a beaucoup voyagé en Europe et vit actuellement à Mexico où il se bat depuis huit ans contre son cancer.

Il est affectueusement surnommé "Gabo" par ses lecteurs et par la presse.

 

 

"Si pour un instant Dieu oubliait que je suis une marionnette de chiffon et m’offrait un morceau de vie, je profiterais de ce temps du mieux que je pourrais.

Sans doute je ne dirais pas tout ce que je pense, mais je penserais tout ce que je dirais.
Je donnerais du prix aux choses, non pour ce qu’elles valent, mais pour ce qu’elles représentent.
Je dormirais peu, je rêverais plus, sachant qu’en fermant les yeux, à chaque minute nous perdons 60 secondes de lumière.
Je marcherais quand les autres s’arrêteraient, je me réveillerais quand les autres dormiraient.

Si Dieu me faisait cadeau d’un morceau de vie, je m’habillerai simplement, je me coucherais à plat ventre au soleil, laissant à découvert pas seulement mon corps, mais aussi mon âme.

Aux hommes, je montrerais comment ils se trompent, quand ils pensent qu’ils cessent d’être amoureux parce qu’ils vieillissent, sans savoir qu’ils vieillissent quand ils cessent d’être amoureux !

A l’enfant je donnerais des ailes mais je le laisserais apprendre à voler tout seul.

Au vieillard je dirais que la mort ne vient pas avec la vieillesse mais seulement avec l’oubli.

J’ai appris tant de choses de vous les hommes… J’ai appris que tout le monde veut vivre en haut de la montagne, sans savoir que le vrai bonheur se trouve dans la manière d’y arriver.
J’ai appris que lorsqu’un nouveau né serre pour la première fois, le doigt de son père, avec son petit poing, il le tient pour toujours.
J’ai appris qu’un homme doit uniquement baisser le regard pour aider un de ses semblables à se relever.
J’ai appris tant de choses de vous, mais à la vérité cela ne me servira pas à grand chose, si cela devait rester en moi, c’est que malheureusement je serais en train de mourir.

Dis toujours ce que tu ressens et fais toujours ce que tu penses.

Si je savais que c’est peut être aujourd’hui la dernière fois que je te vois dormir, je t’embrasserais très fort et je prierais pour pouvoir être le gardien de ton âme.

Si je savais que ce sont les derniers moments où je te vois, je te dirais "je t’aime" sans stupidement penser que tu le sais déjà.

Il y a toujours un lendemain et la vie nous donne souvent une autre possibilité pour faire les choses bien, mais au cas où elle se tromperait et c’est si c’est tout ce qui nous reste, je voudrais te dire combien je t’aime, que jamais je ne t’oublierais.

Le lendemain n’est sûr pour personne, ni pour les jeunes ni pour les vieux.

C’est peut être aujourd’hui que tu vois pour la dernière fois ceux que tu aimes. Pour cela, n’attends pas, ne perds pas de temps, fais le aujourd’hui, car peut être demain ne viendra jamais, tu regretteras toujours de n’avoir pas pris le temps pour un sourire, une embrassade, un baiser parce que tu étais trop occupé pour accéder à un de leur dernier désir.

Garde ceux que tu aimes prés de toi, dis leur à l’oreille combien tu as besoin d’eux, aime les et traite les bien, prends le temps pour leur dire ‘je regrette’ ‘pardonne-moi’ ‘s’il te plait’ ‘merci’ et tous les mots d’amour que tu connais.

Personne ne se souviendra de toi pour tes pensées secrètes. Demande la force et la sagesse pour les exprimer.
Dis à tes amis et à ceux que tu aimes combien ils sont importants pour toi.

Envoie cette lettre à tous ceux que tu aimes, si tu ne le fais pas, demain sera comme aujourd’hui. Et si tu ne le fais pas cela n’a pas d’importance. Le moment sera passé.

Je vous dis au revoir avec beaucoup de tendresse".

 

 

Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : LIBERTE - Communauté créée par mamavisylvain-attiglah.over-blog.com –
Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 14:28

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Le petit livre001

Ces romans populaires publiés à partir de 1912 appartiennent à ce qu’on appelle la «littérature de gare»

[c’est vraiment là qu’on les vendait].

Il est difficile de trouver des exemplaires sans défauts, car ils présentent tous les mêmes faiblesses : imprimés sur un papier de bois non encollé qui se pique aisément, brochés à l’épingle métallique dont l’oxydation naturelle se communique au papier, et munis de couvertures en couleurs qui n’offrent qu’une résistance relative à la manipulation. 

En suivant ce lien, vous pourrez voir quelques couvertures des années 1950 et suivantes:

 

LE-PETIT-LIVRE LE-PETIT-LIVRE

 

Le petit livre002Le format de ces petites brochures était de 14,5 cms sur 11 cms.

 

Le petit livre004Ces petits livres étaient édités par les Editions Ferenczi, 9 rue Antoine Chantin à Paris.

De nombreuses collections ont été publiées entre 1912 et 1958:

-Mon roman policier

-Police et mystère

-Le verrou

-Les romans Américains

-Mon roman d'aventures

-Notre coeur

-Etc...

Le petit livre008Le petit livre011Le petit livre019

Par ANDRE - Publié dans : LITTERATURE - Communauté : partage
Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 18:34

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