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  • Je suis au temps béni de la retraite! J'ai retrouvé le temps de penser et de réfléchir. J'aime beaucoup partager, aussi, au delà de quelques écrits personnels, j'essaie de vous informer des évènements et des sujets qui me plaisent...

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ECRIT PERSONNEL

Les cloches et les sirènes

 

 

Ce matin-là, lorsque j’ouvris les yeux, je ressentis au fond de moi un immense chagrin. Les regrets de ma vie, chaque jour accumulés me revenaient en foule à la mémoire.

Un regret surtout résonnait dans ma tête, un regret insensé et pourtant terriblement ressenti…

Pourquoi, pour affronter cette existence avais-je gardé tous mes esprits ?

Je me mis à envier les « irresponsables » déchargés de tous soucis, protégés même, quelquefois.

La raison s’attriste à chercher des raisons.

Pourtant, ce matin-là, ce n’était plus pareil.

Mes immenses problèmes de la veille apparaissaient enfin futiles et sans fondements.

Tout à coup je ne savais plus raisonner. C’est-à-dire que je ne savais plus compter, prévoir, organiser…

Alors tout se bouscula en moi, autour de moi.

Les meubles n’étaient plus des meubles, le matin n’était plus le matin, le petit déjeuner n’était même pas servi, les cloches de la cathédrale ne sonnaient plus huit heures, mais jouaient une douce musique lancinante, bien ancrée au fond de moi.

Les cloches, ah les cloches…

Les oiseaux sur la fenêtre…un nuage de fumée poétique laissait tomber sur la ville des poussières radioactives…

Les ouvriers en retard chantaient de joie dans les embouteillages monstres…

Un petit policier ne savait plus que faire, assourdi par les cloches…les cloches…

Les sirènes des pompiers…les grandes flammes de la société…une maison qui brûle…un enfant qui pleure…

La ville martyrisée…

Et ma raison…mes raisons d’exister…l’argent…la société…mes illusions…ma volonté déplacée…mes excuses et surtout mes regrets…et les cloches de ma tête toujours m’assourdissaient…

De l’immense brasier une lumière sauvage venait me réchauffer…des perles de sueur sur mon visage s’égouttaient…au creux de mes lèvres disparaissaient…

Et tes baisers…et notre amour plus fort que les regrets, au milieu du brasier s’est encore répété…

Nos corps se sont confondus, mélangés, nos corps ont répondu à notre éternité…

Et puis tout a disparu, le monde, l’argent, la société, la sirène des pompiers, les cloches et les regrets.

 

André Obadia

Flammes-dansantes.JPG

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : Île des Poètes Immortelles
Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 11:28

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Le train, la nuit…

 

Cahotant et bruyant, le train va dans la nuit, et mon regard se perd dans un décor invisible, insaisissable, fugitif…

Mon regard, comme ma pensée, vagabonde au hasard de l’imagination, à mi-chemin entre le rêve et la réalité.

Ma tête pèse lourdement sur mes épaules lasses, mon front se pose sur la vitre froide et humide, et mon esprit ne parvient plus à faire la part des choses.

Dans le dédale insensé des sentiments, tout mon être se brouille, mi-joyeux, mi-désemparé. Le temps défile à la vitesse du paysage nocturne, mais ma pensée se fige par instants sur des images, vestiges de mon passé. Mais aucun de ces souvenirs fugaces ne parvient à se fixer en moi.

Qu’allais-je faire de ce temps qui me reste à vivre ?

Sera-t-il encore long le chemin à parcourir, aurai-je assez de temps pour en tirer profit ?

Aurai-je au moins la force de cerner les problèmes, de surmonter les peines et d’oublier mes haines ?

Saurai-je encore aimer aussi fort que je t’aime, saurai-je encore donner tout ce qu’en moi tu aimes ?

Voilà que la nuit noire me fait douter quand même, ou du moins redouter tous les caprices du temps.

Le temps, le temps, toujours le temps, trop de temps, pas assez ou tout juste le temps. Et aurai-je le temps d’avoir assez de temps ?

Que de questions obscures dans le lointain opaque, et la buée du soir couvre mon désespoir.

Car du bonheur comme de la peine revient toujours le désespoir, douleur des joies passées ou des peines infinies.

Et les larmes qui coulent, imperceptibles aux autres, me transportent ailleurs, en un monde incertain.

Qu’il est dur de grandir lorsqu’on est un enfant, mais qu’il est difficile aussi de vieillir sans connaître l’échéance.

Lorsque l’âme vagabonde, on rêve d’un voyage rempli des belles images de notre vie. On voudrait être sûr que le souffle restera en soi, et en toi aussi, en toi surtout.

On voudrait que l’amour ait bâti un empire dont les remparts immenses nous protègent du pire. Je voudrais que le train poursuive son chemin, nous emportant ensemble vers d’autres aventures, mais qu’il sorte du noir, et qu’encore le soleil réchauffe nos envies et entretienne l’espoir.

 

André Obadia

Janvier 2012

  Trains-italiens

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : vos poèmes
Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 15:13

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Mon cher Papa Noël,

Je sais bien qu’en politique, il ne faut surtout pas croire en toi, pourtant je veux te remercier d’avoir su concentrer autant de talents à la tête de la maison France.

Depuis près de cinq ans, tu as transformé notre vie, et il fait bon vivre à la chaleur de notre foyer fiscal. Dommage que tu n’aies pas eu assez de boucliers à distribuer à tout le monde, mais les meilleurs en ont reçu, et c’est bien là l’essentiel.

Je travaille bien à l’école, même s’il y a de moins en moins d’enseignants…Pour me cultiver j’ai cherché à acheter le livre préféré d’un de tes ministres, « Zadig et Voltaire », mais je ne l’ai pas trouvé. Je dois être trop candide.

Mon papa allait partir à la retraite, mais grace à toi, il va pouvoir continuer à travailler, sauf que dans son entreprise ils ne veulent plus le voir parce qu'il coûte trop cher.

Je suis inquiet pour la santé des Français, Ambroise Croizat doit se retourner dans sa tombe. Je sais bien que tu n’as pas le temps de faire du social, surtout avec tous ces étrangers qui viennent nous enlever le pain de la bouche. Et puis, ce n’est quand même pas de ta faute si le chômage augmente sans cesse…il y a la crise !

Et puis tous ces grévistes ! Heureusement que tonton Claude peut envoyer ses policiers pour les remplacer dans les aéroports. Bon, ça nuit un peu au climat de sécurité dans le pays, mais là aussi, les statistiques augmentent. Les agressions se développent gentiment, ton Karcher doit être en panne.

J’ai l’impression que plus tu nettoies et plus il y a de gens qui veulent s’enrôler dans la Marine.

Si je pouvais formuler un seul vœu pour l’année prochaine, je souhaiterais que tu demandes à tonton Claude d’organiser un grand charter avec tous tes ministres au mois de mai prochain.

Ce n’est pas que je veuille vous envoyer sur les roses, mais cela me ferait vraiment plaisir, et je pourrais remettre un peu d’espoir dans ma bibliothèque.

Tu vas dire que « L’enfer, c’est les autres », mais entre « Le diable et le bon dieu » finalement, j’ai envie d’essayer l’autre…

Merci pour tout, et bon voyage.

Bien le bonjour d’André

rose-copie-1.jpg

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : Pour la démission de Sarkozy
Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 13:08

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AU BOUT DU COULOIR

 

Je sentais bien que quelque chose ne tournait pas rond…

J’avais l’impression de devoir traverser un couloir sans fin, avec de drôles de gens qui me regardaient, qui riaient, qui se moquaient de moi.

Mon vieux tee-shirt bleu me collait à la peau, plaqué par la sueur, comme incrusté en moi par l’angoisse. Il faisait chaud, il faisait froid, je ne savais plus très bien…

Au bout du couloir, j’apercevais la rue, avec ses lumières de la nuit, avec son bruit de la foule, avec tous ses dangers, toutes ces rencontres imprévues…

J’avais l’impression que ma tête ne guidait plus mes pas, simplement, je sentais que mon corps lourd avançait, ou plutôt se trainait, attiré par la lumière du monde, mais j’avais la nausée, mes yeux étaient voilés par un rideau opaque, et je trébuchais à chaque pas, me heurtant à ces gens assis dans le couloir, et qui me regardaient comme une bête curieuse, qui s’amusaient de mon spectacle.

La musique de la fête foraine s’amplifiait à mesure que je me rapprochais de la sortie, l’air me faisait frissonner au contact de ma chemise mouillée, et je commençais à comprendre que je n’arriverais pas jusqu’à la rue …Il fait si froid dehors…

Un policier surveille le comportement des passants, un soldat remonte dans son camion, un professeur rentre chez lui en hâte, épuisé d’avoir supporté des enfants sans éducation, une femme jolie cherche à attirer le regard d’un homme fier et musclé, imbu de lui-même, un guitariste chante sous le regard agacé du policier, le soldat dirige sa mitrailleuse sur un groupe de manifestants en colère, le dictateur regarde le monde du haut de sa fenêtre, en caressant les billets de banque qu’on vient de lui apporter dans une mallette en cuir noir.

Un Président s’admire dans la glace…Il pense à chaque instant à sa réussite, comme il avait pensé à devenir Président en se rasant le matin…Il trouve que son pays est bien fait, que l’injustice fait du bien, qu’il vaut mieux être riche et bien portant plutôt que pauvre et malade…Il trouve que sa femme est belle et qu’elle va lui donner un enfant…l’enfant est roi…enfin il le sera peut-être comme son père…à moins que la foule qui gronde ne finisse par avoir raison !

Ce couloir n’en finissait pas, il n’en finissait pas pour moi…Je supportais ces visages déformés par le rire et l’alcool…Il fallait que je sorte de ce cauchemar insupportable et pourtant si réel. Je manquais de force, mes jambes ne semblaient plus vouloir me porter, je me laissais glisser le long du mur, je sentais mon corps se détendre, s’étaler sur le pavé, mon visage était froid, comme le cœur des gens. Je fermais les yeux, comme pour ne plus voir ce qui se passait autour de moi…

Un homme très élégant me regardait avec mépris : « comment peut-on en arriver là ? » s’indignait-il à la ronde…Des enfants riaient de me voir à terre, presque sans vie…Une femme croyante laissa tomber une pièce près de moi, et reprit son chemin, la conscience soulagée par sa générosité…Le policier ne s’approchait pas trop de moi…Il téléphonait.

Lorsque mon corps usé eut disparu, la vie reprit son cours paisible, le ministre de l’intérieur se remit à ses écoutes téléphoniques, le ministre de l’éducation rechercha dans ses archives quelle merveilleuse idée il pourrait remettre à la mode, le ministre de la justice examina la liste des mutations pour les vilains magistrats désobéissants, le ministre de la santé arrêta son choix sur les médicaments qui ne seraient plus remboursés, le ministre du travail se demanda comment il allait expliquer que le taux de chômage avait encore progressé.

Le Président, lui, continuait à se regarder dans la glace.

 

André Obadia

Septembre 2011

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : vos poèmes
Samedi 3 septembre 2011 6 03 /09 /Sep /2011 11:09

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lachapelle-le-deluge-zoom2.jpg

LE DELUGE

A mon premier rendez-vous

J’avais le cœur dans les talons,

A mon premier rendez-vous

J’avais aux lèvres mille chansons.

 

Mais le temps a passé,

Impitoyable juge,

Il a tout dévasté,

C’était un vrai déluge.

 

Je me suis défendu

De ses trop vils désirs,

Je me suis débattu

Espérant en sortir.

 

Mais la plus folle ardeur

Aurait dû renoncer

Devant tant de noirceur,

Devant tant de regrets.

 

Je ne vais plus au rendez-vous

En me berçant de mille rêves,

J’y vais, un point c’est tout,

Pour que les heures soient plus brèves.

 

André Obadia

DELUGE.jpg

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : Île des Poètes Immortelles
Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 17:18

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Une aurore incertaine

foret-humide_parc-riviere-bleue_00.jpg

La forêt n’avait jamais été aussi épaisse, et j’avais beaucoup de mal à me frayer un chemin, car depuis longtemps je ne percevais rien qui aurait pu ressembler à un sentier. La rosée du matin rendait rafraichissant le contact avec les feuilles que je ne pouvais éviter. J’ignorais encore où allait me mener cette escapade matinale. Le soleil d’été ne devait pas souvent traverser cette flore abondante, mais le bois sur le sol était bien desséché, presque autant que mon âme. Par moments, je suspendais mon pas pour écouter le silence. Personne ne poussait les branches pour avancer, j’étais bien seul dans cette aurore, et je ne savais pas où j’allais déboucher. Pourtant, je sentais un besoin impérieux d’avancer, un peu comme on avance chaque jour vers son destin. J’avais depuis longtemps quitté les chemins tortueux de la jeunesse, et mes pas auraient dû me conduire sur la route sereine de la retraite. Pourtant, je traversais cette immense forêt, porté par le bonheur de ma liberté. Pourtant je me sentais fourbu, pliant sous le poids de mes pensées confuses. Le chemin de ma liberté semblait passer par tous ces arbres enchevêtrés, qui ressemblaient aux nœuds de mes pensées. La question revenait sans cesse, combien de temps pour sortir de là, combien de temps encore à vivre, même si la réponse ne me passionnait pas. Je préférais l’incertitude, l’ennui parfois, l’espoir toujours. On aimerait que le temps devienne éternel, pour nous porter de joies en joies, de peurs en peurs, d’aurore en crépuscule, de saison en saison. Il ne fallait pas que je renonce, une clairière forcément m’attendait. Vivement la lumière retrouvée, mon âme s’est apaisée.

 

André Obadia

Juillet 2011

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : vos poèmes
Mercredi 27 juillet 2011 3 27 /07 /Juil /2011 16:52

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Mon premier jour d’école

 

 

 

J'avais six ans, et je me souviens encore de mon premier jour d'école, sous le soleil brûlant de l'Algérie. La première matinée s'était bien déroulée, et ma mère m'avait raccompagné en classe à 13h30.

La cour de l'école me paraissait immense, et il y grouillait une foule d'enfants inconnus...

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J'ignorais alors qu'il pouvait exister autant d'enfants, et je n'imaginais pas qu'on m'aurait si rapidement changé de maîtresse...car c'était bien là, le plus grave problème...

Ma classe était déjà alignée lorsque j'arrivai au bout du préau, mais la femme qui les faisait taire ne ressemblait pas à celle que j'avais admirée durant toute la matinée.

N'écoutant plus que mon courage, je partis en courant, et personne ne parvint à m'arrêter à la porte de la petite école, et mes jambes, qui me portaient si bien à cette époque, me ramenèrent chez moi au triple galop, au grand étonnement de Maman, qui n'avait pas eu le temps de s'ennuyer de moi trop longtemps.

D'abord, elle ne voulut pas croire mon histoire, et il fallut que je l'emmène avec moi jusque dans la classe, pour lui prouver la véracité de mon aventure.

 

Longtemps après, on me racontait toujours que la maîtresse du matin et celle de l'après-midi, ne faisaient qu'une, et qu'en fait, elle avait simplement changé de chemisier...

 

Avec le recul, je vois bien aujourd'hui, tous les symboles prémonitoires que contenait cette anecdote.

 

En effet, durant toute ma scolarité, seul le retour de l'école me semblerait un moment heureux!

 

André Obadia

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : vos poèmes
Dimanche 17 juillet 2011 7 17 /07 /Juil /2011 12:45

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LA VIOLENCE

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En hommage à une jeune fille qui perdit son fiancé au cours d’une manifestation tragique, à Alger dans les années 60…

 

Le peuple est aux abois

Et souffre sa faiblesse,

La colère s’accroit

Aux libertés qu’on blesse !

 

Le premier coup de feu

A éclaté d’un toit,

L’homme ferme les yeux

Pour la dernière fois.

Mais alors qu’il s’enfuit

Loin de tant de misères,

Déjà son nom s’inscrit

Sur toutes les bannières.

 

La foule est dans la rue

Et menace du poing,

Malheur à qui obstrue

Ce courroux inhumain !

 

« Je ne te connais plus,

Toi, mon ami, mon frère,

Je ne te connais plus,

Toi, mon mari, mon père ! »

Vengeance pour un défunt

Qui n’a rien demandé,

Vengeance pour un défunt

Qui n’a pas accusé.

Ne tirez pas, soldats,

La fureur est aveugle.

Ne les arrêtez-pas,

Ils rentreront tout seuls.

 

Mais déjà, la mort est triomphante,

Mais déjà, la soirée est sanglante !

La foule mitraillée

S’éparpille en sanglots,

L’espoir est dévasté,

Trainé dans le ruisseau.

 

« Au milieu de la haine,

Au milieu de la mort,

Je ressens une peine

A jamais dans mon corps. 

Mon amant le plus cher,

Celui que j’aimais tant,

Est criblé dans sa chair,

Je pleure dans son sang. »

André Obadia

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : vos poèmes
Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 19:31

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J’aimerais savoir pleurer encore…

 

J’aimerais savoir pleurer encore…

J’aimerais savoir douter encore…

J’aimerais entendre le bruit des vagues,

Faire que tout mon esprit divague…

 

Revenir doucement vers le port…

Regarder le passé sans remords…

Déposer sur la grève une dague,

Te tendre à nouveau une bague…

 

Vivre et revivre encore

Sans avoir peur de la mort.

 

J’aimerais savoir pleurer encore…

Sentir des picotements dans mon corps…

Réussir une bonne blague…

Laisser courir un regard vague,

Gambader vers toi que j’adore…

Sans avoir peur de la mort.

 

J’aimerais savoir pleurer encore…

Que le doute soit mon ressort,

Que l’incertitude me rende fort,

Et que la paix revienne alors.

 

 

 

André Obadia

4 juillet 2011

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : vos poèmes
Lundi 4 juillet 2011 1 04 /07 /Juil /2011 09:24

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force tranquille

Aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de remonter 30 ans en arrière...Il était 19 heures 55, je refermais la portière de ma voiture, Ma femme, derrière la fenêtre me faisait signe de me dépêcher, il était l'heure des résultats du deuxième tour des élections présidentielles...je revenais de l'hôpital de Bois-Guillaume, où mon père essayait péniblement de se mouvoir après son infarctus et son hémiplégie...chaque visite représentait une souffrance personnelle, celle de ne plus reconnaître le père autrefois plein d'élégance, et aujourd'hui effroyablement diminué. Ce soir-là, en contrepoids de ma tristesse affective, j'étais porté par un espoir...et j'entendais déjà le générique des résultats en montant l'escalier. Les deux candidats avaient un front dégarni, ce qui prolongeait le suspense...mais le bonheur était enfin au rendez-vous...François Mitterrand était élu Président de la République!

 

 

Cela faisait des décennies que je votais pour toujours apprendre la défaite de mon candidat, et là, c'était enfin le miracle...Ma femme était dans mes bras, je ne sais plus si nous pleurions de joie, une chose était certaine, nous étions heureux.

Nous ne savions pourtant pas encore que notre pays allait connaître 14 ans de paix sociale, de progrès et de culture, tout ce que nous sommes en train de voir détruit depuis mai 2007...

Ah que revienne le respect de l'Homme, que notre pays retrouve ses valeurs, sa dignité, que l'argent ne soit plus le seul projet de notre société...Qu'en sera-t-il en mai 2012? Sortirons-nous enfin de l'obscurantisme sarkozien?

 

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : Pour la démission de Sarkozy
Mardi 10 mai 2011 2 10 /05 /Mai /2011 08:41

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A quoi bon que tu saches !


Une légère fumée s’échappe de mes oreilles,

Je suis comme fatigué des travaux de la veille.

Les verres de mes lunettes, embués par l’ennui,

Ne laissent plus paraitre les beautés de la vie.

L’impressionnant nuage des désirs inhumains

Envahit par étage tout mon être en chagrin.

Où est passée ma poésie ?

Où sont parties mes espérances ?

La civilisation se languit

Aux portes de la décadence.

J’avais rêvé un monde de tendresse et beauté,

Mais je vis à la ronde une promiscuité

De haine et de remous,

De peur et de gros sous,

Un univers invraisemblable

De cœurs peu charitables,

Des assistés du quotidien

Des conquérants de trois fois rien.

Je traverse un ruisseau,

Je traverse un étang,

J’y trouve des pourceaux

Et des pâtres méchants.

J’ai voulu surnager,

J’ai cru changer de rive,

Je n’ai fait que croiser

Des âmes à la dérive.

Où est passée la poésie,

La naïveté des gens heureux,

Que reste-t-il de nos vies

Dans cet univers de lépreux ?

Où est passée la poésie,

Mon imagination se perd,

Où est le temps où je souris

En ressortant de cet enfer ?

Les verres de mes lunettes

N’ont plus de trace de buée,

Sous la pression des baïonnettes

Ils viennent juste d’éclater.

Mes yeux se perdent dans la nuit

A la recherche du présent,

Le souffle de la poésie s’enfuit,

Pourchassé par l’air du temps.

Un tout petit sourire

Me rappelle un passé

Joyeux du souvenir

De la fraternité.

Mes yeux ne voient plus rien…

Mais que sera demain ?

Mes mains crispées sur mes oreilles

Ne peuvent m’empêcher d’écouter

Le bruit sourd des abeilles

A leur perte occupées.

Les forces m’abandonnent

Au milieu du tumulte,

La poésie détonne

Au milieu des insultes…

Poésie, Poésie,

Je ne veux pas savoir où tu te caches,

J’ai envie, j’ai envie…

A quoi bon que tu saches !

 

André Obadia

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : Île des Poètes Immortelles
Dimanche 10 avril 2011 7 10 /04 /Avr /2011 12:19

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Les aventures d’Anna Chronisme

 

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En l’an 1492, une jeune fille âgée de 16 ans vivait dans la rue des matelassiers, en plein centre de la belle ville de Troyes. Elle était la plus jeune des filles de Jérôme Chronisme, et tout naturellement on l’avait baptisée Anna.

Elle était aussi jolie que gentille, et passait le plus clair de son temps à rêver.

Il était très fréquent de la voir allongée dans une rigole, en train de se dorer au soleil qui voulait bien filtrer entre deux toits ou deux cheminées. Le soir, quand elle rentrait, elle était généralement basanée, mais surtout par les détritus que ses voisins avaient eu l’obligeance de laisser échapper par les fenêtres.

Tout ceci poussait Anna à rêver d’un monde meilleur qui lui aurait permis de s’allonger dans les rigoles sans recevoir les ordures d’autrui. Alors qu’elle passait ainsi ses journées, Anna ignorait que du monde l’observait.

En effet, sur un nuage, le Bon Dieu s’attendrissait et ne cessait de parler d’elle avec son collègue Saint Pierre.

Ce dernier, devant l’intérêt que son maître portait à Anna Chronisme, décida de hasarder une proposition :

  • Mon très Saint Père, il me semble que vous aimez cette Anna, aussi, je pense que vous devriez lui déclarer votre sentiment !
  • Comment ? Malheureux ! T’imagines-tu le scandale si jamais on apprenait que je suis amoureux d’une de mes créatures. Non, ce n’est pas sérieux. Par contre, ce que je pourrais faire, c’est la choyer tout spécialement.
  • Oui, mais comment ?
  • Je vois bien, au travers de ses rêveries, qu’elle est triste ! Aussi, il faudrait que je lui accorde des faveurs particulières.

Saint Pierre ne prêta  pas grande attention aux dires du Bon Dieu, et le nuage poursuivit sa ronde.

Quand le lendemain matin, Anna ouvrit les yeux, elle remarqua à proximité de son matelas fait main par son père, un flacon. Il n’était pas en argile, et cela l’intriguait. Elle se leva et le prit délicatement. Quelqu’un avait dû l’apporter pendant la nuit. Elle put lire sur l’étiquette « Crème solaire ».

Elle n’avait jamais vu cela, mais c’était merveilleux. Elle dévora le mode d’emploi, et dès les premiers rayons du soleil, tout le monde put contempler Anna  qui s’enduisait d’une graisse spéciale.

On l’observait avec respect, et du coup, personne ne jeta ses ordures dans la rigole, pour ne pas la déranger.

Quand le soir arriva, Anna était cuite à point, elle sentait bon, et tous les garçons du pays se retournaient sur son passage.

La crème solaire sentait si bon, que même les cochons qui, d’habitude, traînaient sur la place du marché se mirent à suivre la jeune fille.

Poussée par son bon naturel, elle crut de son devoir de leur faire goûter cette sorte de confiture.

Peut-être pensait-elle qu’ils bronzeraient aussi, et que de la sorte on pourrait faire du boudin noir. Anna avait horreur du boudin blanc.

Toujours est-il, que le lendemain matin, on trouva six nourrains intoxiqués  qui connurent une atroce agonie.

Le Bon Dieu fut obligé d’admettre que sa première faveur avait été néfaste, aussi décida-t-il d’en trouver une meilleure.

Un soir, alors qu’elle allait s’endormir, Anna vit arriver un ange. Il était beau ! Elle bavarda longtemps avec lui, et il lui laissa en partant, ce qu’il appelait une lampe électrique.

Elle s’amusa à allumer et éteindre son nouveau jouet, et ne put résister au désir d’aller faire un tour dehors, dans le noir de la nuit.

Elle promena son faisceau lumineux de rigoles en fenêtres tout en chantant allègrement de sa petite voix aigue.

Quand le jour se leva enfin, ce fut un grand soulagement pour toute la population de Troyes qui espérait bien ne jamais plus revivre de tels cauchemars.

En effet, chaque citadin avait eu à un moment de la nuit, l’impression que l’œil de sa conscience venait traverser sa fenêtre, et bien des drames en avaient résulté.

Les statistiques de cette année là permirent d’établir que 60% des maris avaient avoué à leurs femmes qu’ils étaient infidèles.

Les scènes qui s’en suivirent étant trop affreuses, la censure a cru bon d’alléger le texte original, et cela pour permettre aux enfants de lire cette œuvre sans être amenés trop jeunes à connaître les plaisirs de la vie conjugale.

Une fois encore, les sentiments qu’éprouvait Dieu à l’égard d’Anna avaient été la cause d’un cataclysme.

Saint Pierre fit promettre à son maître de ne jamais recommencer, mais le naturel taquin de celui-ci le poussa à n’en pas tenir compte.

Saint Pierre en eut la preuve, lorsqu’il apprit qu’Anna Chronisme se promenait dans les ruelles de Troyes au volant d’une 2 CV.

  • Cette fois, mon Père, vous y allez un peu fort, vous mettez en circulation une 2 CV environ 450 ans avant son invention.
  • Christophe Colomb a découvert l’Amérique, pourquoi Anna ne découvrirait-elle pas les joies de l’automobile ?

Devant cet argument, Saint Pierre dut s’incliner, ce qui lui permit de jeter un coup d’œil sur la 2 CV de Troyes.

Après l’aventure des porcs-épics et de la lampe merveilleuse, cela était pire encore.

Aux yeux des Troyens, ce monstre vrombissant et cahotant n’était autre chose qu’un piège ennemi introduit dans la ville. Il était évident qu’il devait être habité par des esprits malins…

Très vite, la crainte évolua en émeute, et partout l’on entendait  des cris hostiles à Anna la sorcière.

Dieu, toujours sur un nuage, observait avec regrets les déboires de sa protégée.

C’est qu’Anna avait été arrêtée et menée sur la place du marché où l’on préparait à la hâte un bûcher.

Elle semblait condamnée au triste sort des sorcières. service_031.gif

Pendant ce temps, tout là haut, Dieu se morfondait en faisant les cent pas.

Il n’osait pas envisager encore une intervention surnaturelle, le remède risquait d’être pire que le mal.

Pourtant, son cœur le torturait. Etait-il possible qu’il laissât mourir ainsi sa petite favorite ?

Il pensa bien à envoyer un déluge mais la ville était trop éloignée de la mer, et le déluge c’était du déjà vu. Alors que faire ?

Après mûre réflexion, l’Eternel décida de ne pas laisser faire cette foule impie déterminée à faire rôtir cette douce enfant.

Lorsque le bourreau s’approcha du bûcher avec son flambeau, un souffle de vent mystérieux éteignit la flamme.

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Ce premier incident n’éveilla l’attention de personne. Mais, lorsque l’on amena le second flambeau, on constata avec effroi que le bois mort était humide.

La foule eut un regard vers le ciel qui lui confirma ses craintes. Le temps était au beau fixe, pas un nuage, pas une goutte d’eau à l’horizon. Ces deux phénomènes ne firent que confirmer la foule dans sa conviction qu’Anna était bel et bien une sorcière.

Un vieillard à demi gâteux, sans doute jaloux de la jeunesse de la victime, se mit à haranguer le peuple de sa voix chevrotante, mais il fut bien surpris de s’entendre prononcer un éloge de la jeune fille, et faillit perdre son dentier, lorsqu’il leur demanda la grâce d’Anna.

La foule, emplie de peur et de colère, se rua sauvagement sur le vieil homme.

Voyant la situation, Dieu accorda sa grâce à Anna Chronisme et,  lorsque la meute vengeresse voulut s’emparer d’elle, on la vit s’élever vers les cieux, aidée en cela par deux magnifiques ailes blanches.

Cet évènement incroyable sema la consternation dans la population de la vieille ville de Troyes.

Dans la très célèbre ruelle des chats, toutes ces demi-portions de félins devinrent noirs, comme pour marquer le malheur que le Bon Dieu réservait à la ville.

Après ces incidents, Saint Pierre réunit le conseil divin en une assemblée extraordinaire. Anna se retrouva assise à proximité du trône de Dieu.

On donna la parole au chef suprême des cieux, de la terre et des mers.

  • Mes amis, vous qui représentez la race humaine dans ce qu’elle a de beau, vous qui savez combien vous êtes peu nombreux, vous venez d’assister à une démonstration de la bassesse des hommes. Nous avons à juger cette ville de Troyes que j’inculpe personnellement du pêché de jalousie et de faute d’incompréhension devant le progrès.
  • Et n’oublions pas l’aveu éclatant qu’ils nous ont fait sur leur inconstance sentimentale, déclara Saint Pierre.

Un murmure d’approbation traversa l’assemblée, puis Dieu reprit la parole :

  • Anna Chronisme a su accepter les épreuves qu’elle subissait sans le savoir mais si je l’ai si rapidement rappelée à moi, c’est qu’elle était trop pure pour vivre au contact d’un peuple dépravé. Il faut à présent punir cette ville !

C’est alors qu’Anna demanda à parler.

  • Mon Seigneur, vous condamnez des Hommes, et ce seul qualificatif devrait servir à les excuser. Vous leur reprochez d’être jaloux, mais était-ce bien normal que l’enfant de seize ans que je suis, bénéficie d’une automobile ou d’une lampe électrique ? Quant à leur incompréhension devant le progrès, vous savez mieux que personne que l’homme est faible devant la nature immuable. Alors, se trouver devant un engin qu’ils se croient incapables de contrôler, provoquait chez eux une crainte normale. Vous parlez aussi d’inconstance, mais après tout, peut-être n’est-ce que la recherche d’un rayon de soleil au milieu d’une ville qui ne laisse voir le ciel qu’au hasard d’une place, ou bien du haut des toits. Ils épousent une femme qu’ils ne retrouvent généralement plus dès qu’ils la placent entre quatre murs de bois, au milieu d’odeurs irrespirables, alors, ils vont chercher ailleurs, espérant découvrir quelque chose de meilleur. Et cela ne changera pas, même au fil des siècles, car si les villes s’aèreront, elles resteront quand même des prisons, des ghettos où l’homme prendra ses habitudes, et dont il espérera toujours s’évader par le biais d’aventures extraconjugales. Je sais qu’il existe des solutions, mais laisserez-vous les hommes les découvrir ?

A ces mots, l’assemblée manifesta son impatience à connaître le remède…

  • Il suffirait que chaque être humain, au lieu de regarder les autres au travers de lui-même, veuille bien se regarder au travers des autres. Mais l’homme est-il capable d’expliquer une faute avant de l’avoir condamnée ? Vous me pardonnerez, mon Dieu, mais tout à l’heure, en voulant les punir, vous leur ressembliez étrangement.

Cette fois, l’assistance se tut, elle éprouvait un grand respect pour l’enfant qui venait de parler.

Les siècles qui passèrent vinrent confirmer les propos d’Anna, et comme sur la terre il existe des Saints aux yeux des hommes, dans le royaume du ciel, Anna Chronisme est devenue la Sainte de Dieu.

André Obadia

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : Virtuoses & cie
Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 08:04

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L’APPEL DE LA NUIT

 


Il était évident qu’à l’heure où il sortait, Félicien Lecoq ne risquait pas de rencontrer grand monde.

La nuit très avancée enveloppait la ville d’une atmosphère angoissante, qui avait atteint ce pauvre Félicien jusque dans son sommeil.

Il s’était réveillé en sursaut, dégoulinant de transpiration, ne sachant plus très bien où il se trouvait. Peu à peu, son regard s’était accoutumé à la pénombre, il s’était habillé dans le noir, puis, après avoir refermé la porte derrière lui, il s’était élancé dans la nuit au hasard des petites ruelles de son quartier.

Il savait que là bas, quelque part, dans la ville nouvelle, quelqu’un l’attendait, le guettait, et il ne voulait pas manquer ce rendez-vous angoissant.

Le  moindre bruit le faisait tressaillir, il se retournait, cherchait à discerner une forme dans les ténèbres, mais rien, aucune ombre ne se profilait sous les lueurs hésitantes des lampadaires.

A cet instant, Félicien regrettait d’être sorti, d’avoir abandonné la réconfortante chaleur de son lit.

Pourtant, à cet instant de sa vie, il n’avait pas pu résister à cette force inconnue qui l’avait comme aspiré hors de chez lui, le poussant vers une rencontre improbable dont il n’avait pas encore vraiment pris conscience.

De nouveau, Félicien Lecoq sentit perler des gouttes de sueur sur son front plissé.

Il n’osait plus avancer, paralysé par un obscur pressentiment…

Il repensa alors à son réveil, au cri qu’il avait cru entendre, à cet appel fugitif, cette voix en détresse…

Un être, là-bas, il ne savait pas où, l’avait appelé au secours…

Il chercha à rassembler ce qui restait de son courage, et il courut, courut…

Il fallait faire vite, très vite…

C’était ce soir ou jamais !

Le bruit de sa course résonnait sur le pavé, et chaque fois que son pied s’écrasait sur la chaussée, la secousse provoquait comme un éclair dans son esprit.

Des images familières lui revenaient, une à une…

Il revit tout d’abord le petit village de son enfance, puis Monsieur De Forestire, le vieil instituteur qui répétait sans cesse que Félicien Lecoq ne ferait jamais rien de ses dix doigts…

Il entrevit Madeleine, la fille du Maire qui ne répondait jamais à son bonjour timide…

Et le bruit de sa course faisait revivre en lui le fracas de l’usine où son père partait chaque matin…

L’usine où il passait quelquefois regarder les hommes travailler dans un vacarme horrible. Cela l’avait déterminé à ne jamais remettre les pieds dans cet enfer. Il préférait gagner moins d’argent, mais ne pas se salir les mains et se détruire l’âme…

Bien sûr, il ne représentait pas grand-chose dans son emploi obscur de gratte-papier chez Monsieur Fernian, mais au moins, il était tranquille…

Pourtant, ce soir, sa quiétude semblait l’avoir abandonné, et de nouveau il se laissait entraîner par ses angoisses, par sa haine du monde et des gens, par sa peur aussi…

Soudain, à quelques mètres devant lui, il distingua un homme qui marchait paisiblement…

Félicien sentit ses mains se crisper…Il chercha dans sa poche le rasoir qu’il avait pris dans la salle de bain avant de sortir…

Il cessa de courir à quelques pas de l’inconnu…

Celui-ci se retourna, dévoilant un visage assez jeune à Lecoq, qui déjà ne le voyait plus distinctement…

Il le saisit par la manche de son manteau et le poussa contre le mur.

L’inconnu laissa échapper un petit cri aigu dans la nuit !

Félicien avait sorti le rasoir, et d’une voix autoritaire qu’il ne se connaissait pas, il ordonna : Coupe-chou-rasoir-rasage-cosmetique-hommes-produit-beaute-4.jpg

-       Restez tranquille bon Dieu ! Je ne vous veux pas de mal. Laissez-moi seulement vous couper les cheveux !

En effet, Félicien Lecoq avait toujours rêvé d’être coiffeur, et pour la première fois, ce soir, enfin, il avait trouvé le courage…

 

André Obadia

Mars 2011

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : Virtuoses & cie
Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 10:49

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art-07.gif A PEU DE CHOSE PRES


Un grincement singulier me fit tourner la tête vers la fenêtre. La pièce restait déserte, le vent

avait dû faire frémir les boiseries.

Pourtant, par cette nuit de juillet, pas le moindre souffle de vent ne pouvait traverser la ville.

Je me décidais donc à sortir de la torpeur qui me retenait, enfoui dans un fauteuil.

Quelle heure pouvait-il bien être ? Le sommeil avait dû me surprendre, et la nuit semblait bien avancée.

J’allai jusqu’à la fenêtre, l’ouvris, et lorsque je me penchai au dehors, je me retrouvai nez à nez avec une femme, les yeux grands ouverts, un large sourire aux lèvres, et qui semblait pendue par les pieds…pendue…nom de nom !

Réalisant qu’elle devait être morte, je compris qu’elle ne devait pas sourire, mais simplement faire une grimace.

Je me ressaisis donc, et sortant mon opinel, je coupai la corde de chanvre afin que ce corps n’encombre plus ma vue.

J’entendis le bruit sourd de la chute, le cadavre avait dû s’écraser sur la pelouse, ce qui me rassura. En effet, j’avais craint un instant qu’il ne reste accroché au balcon du premier étage où logeait Grand-Maman. Elle avait horreur des morts !

Mais, à propos, n’était-ce pas Grand-mère que je venais de précipiter dans le vide ?

Oh non, impossible, cette femme paraissait bien trop jeune.

Rassuré, je retournai donc à mon fauteuil, et, confortablement installé, je laissai le sommeil m’envahir à nouveau.

Mais à peine mes paupières commençaient-elle à s’alourdir, que j’entendis frapper violemment à la porte.

J’ouvris, et trouvai mon cousin Hector, furieux, et menaçant du poing :

-      N’es-tu pas un peu cinglé d’avoir balancé Sarah sur le massif de bégonias ?

-      Ah, il s’agissait de Sarah !

Sarah était une de mes sœurs qui avait la fâcheuse habitude de se suicider deux ou trois fois par semaine.

Je priai Hector de m’excuser pour ma maladresse, et il se calma.

-      Entre donc prendre un verre, proposai-je en baillant.

Comprenant que cela m’ennuyait, et que je l’avais invité par simple politesse, il accepta de bon cœur.

Il s’affala d’autorité sur mon fauteuil, et je me retrouvai sur un étroit tabouret généralement réservé à l’usage de mes pieds engourdis après une longue marche de quelques minutes.

Je le laissai se servir un verre de vodka qu’il avala d’un trait, comme s’il buvait de l’eau. Je détestais Hector, et lui adorait ma vodka.

Après quelques verres, il me quitta sans avoir prononcé la moindre parole. Je le remerciai de sa visite, mais il ne m’entendit pas, ma voix se trouvant couverte par le fracas de la porte qu’il venait de claquer derrière lui.

Quel curieux type que mon cousin Hector !

Un ronflement, coupé d’un léger sifflement, vint soudain interrompre le fil de mes pensées. Un instant surpris, je me rappelai soudain de la soubrette du château qui dormait encore dans mon lit.

C’était à chaque fois la même chose avec ses ronflements, elle ameutait tout le monde, comme si elle le faisait exprès.

Si c’est comme cela qu’elle espérait devenir baronne !

Je la secouai un peu, afin de la réveiller, et aussitôt elle me sauta au cou en murmurant d’un air cochon :

-      Tu as encore envie de moi ?

Elle était complètement folle, avoir envie d’elle dans cet état !

Elle parut déçue de mon refus, et se mit à pleurer à gros sanglots, et se laissa glisser hors des draps, pour traverser toute la pièce les fesses à l’air…

Elle enfila sa chemise de nuit qui ne cachait absolument rien de ses rondeurs, mais dont le côté très suggestif m’aurait presque redonné l’envie de la retenir.

Elle s’en rendit compte, et d’un air triomphant se dirigea vers la porte, feignant de m’ignorer, en accentuant sa démarche provocante.

-      Où vas-tu ? lançai-je en toute hâte, avant qu’elle ne referme la porte.

-      Voir Hector !

-      Ah bon !

Cela ne m’étonnait plus, le scénario était le même depuis des mois. Pourtant, un nouveau grincement inhabituel me glaça tout entier. Je me retournai, un peu tremblant, mais ce n’était que Sarah qui jouait avec des castagnettes en forme de dents.

-      Où as-tu encore été dénicher ça ?

Elle ne me répondit pas, et son silence prenait l’accent d’un profond mépris à mon endroit.

Etait-elle morte ou vivante ? Depuis le temps qu’elle se suicidait, je ne savais jamais si c’était pour de bon.

Pour l’amadouer, j’essayai de la caresser, mais ses castagnettes me mordirent violemment la main que je tendais.

Je sentis un filet de sang me parcourir les doigts, pour aller se déposer goutte à goutte sur le tapis blanc.

J’avais très mal, mais je n’osais rien dire.

Sarah prit un mouchoir qu’elle tira de son corsage, et me fit un garrot. Puis, saisissant la bouteille de vodka, elle m’en versa une large rasade sur la blessure, et je ne pus réprimer un cri qui fusa, plus aigu que je ne l’aurais souhaité.

Sarah sourit, comme satisfaite de mon cri de douleur, puis elle se retourna et se jeta par la fenêtre.

J’entendis un bruit sourd, et je compris qu’elle avait manqué le massif de géraniums situé juste à côté des bégonias. Tant pis !

Mon regard s’arrêta sur la pendule murale qui marquait quatre heures. Le jour n’allait pas tarder à se lever.

La pendule marquait toujours quatre heures, cela faisait partie des traditions familiales depuis des siècles, et personne n’avait jamais pensé à remonter le mécanisme, afin que le cadran indiquât de temps en temps une heure différente.

Il faut avouer que nous pensons peu, dans notre famille.

Est-ce par paresse, ou par conviction philosophique ?

A trop penser, les gens finissent par altérer leur intelligence…

Dans notre demeure, l’intelligence était bien protégée !

Je refermai la fenêtre après avoir entendu les gloussements de la soubrette dans la chambre d’Hector…

Je retournai dans mon fauteuil, j’allongeai mes pieds sur l’étroit tabouret, j’allais enfin pouvoir dormir…

 

André Obadia

Mars 2011 chateaux-03

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : Virtuoses & cie
Samedi 12 mars 2011 6 12 /03 /Mars /2011 16:54

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objet_bureau_007.gif Cauchemar

 

Cauchemar,

Je me sens minuscule,

Le lit se dérobe sous moi,

Chute vertigineuse,

Hurlement dans la nuit,

Un chien terrorisé aboie !

Cauchemar,

Un homme dans la nuit

Se faufile à tâtons,

Sa redingote noire

Me donne des frissons.

Hurlement dans la nuit,

Le chien terrorisé s’est tu.

Cauchemar,

Les reflets d’une dague

Eclaboussent la vie,

Il arrache une bague

Sur le mort et s’enfuit.

Cauchemar,

Un homme dans la nuit

Escalade le mur qui mène à mon trépas,

Puis au loin c’est un cri,

Un chien hurle à la mort,

Mais toi tu me souris,

                                   Tu me souris,

Puis tu grimaces dans la vie,

Tu grimaces et vomis,

Un chien hurle à la mort,

Tu souffres dans ton corps,

Un homme une dague à la main,

S’est éloigné sans bruit,

Et tu restes immobile,

Accrochée à la vie.

Cauchemar,

Je te serre dans mes bras,

Et le sang coule dans ton dos,

Le sang coule,

Et je mords sur tes lèvres

Un ultime sursaut,

Cauchemar,

Un chien hurle à la vie,

Mais le sang coule sur mon lit,

Un homme paré de noir

Va disparaître dans le soir,

Je me sens tout petit,

                                    Tout petit,

Un chien hurle à la mort,

                                         Dehors,

             La mort,

Le remords dans la nuit

Et la mort dans mon lit.

 

André Obadia espace_049d.gif

Par ANDRE - Publié dans : ECRIT PERSONNEL - Communauté : vos poèmes
Lundi 7 mars 2011 1 07 /03 /Mars /2011 00:00

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