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Zemmour_Baltel_Sipa.jpg

 L'article ci-dessous est tiré du nouvel Observateur. Je trouve qu'il parle bien de ce triste personnage qui ne devrait plus rien avoir à faire sur une chaîne publique. Sous couvert d'amitié, Laurent Ruquier y perd son âme...

Où est le temps béni où l'on montrait du doigt les gens qui étalaient leur racisme?


"On le présente souvent comme un homme à la pensée construite et aux saillies intempestives. Mais Eric Zemmour ne serait-il pas, à l'inverse, un esprit brouillon habitué aux dérapages contrôlés ? C'est en tout cas ce que laisse penser sa dernière parution, « Mélancolie française ».

Il se présente volontiers comme un homme de culture. Il lit Chateaubriand, aime les proses classiques et parle d'époques révolues que les vedettes de variété connaissent mal. Finalement, sa mise au placard dans les colonnes du « Figaro Magazine » aura eu du bon : l'habile journaliste politique, le biographe impertinent des huiles du RPR est devenu, grâce à ses charges télévisuelles, le virulent polémiste que l'on connaît aujourd'hui. Il écrit désormais ce qu'il pense déjà tout haut, lui le pamphlétaire sous la plume duquel l'homme blanc ne sanglote jamais.

Baltel/Sipa

Après "Le Premier dexe", essai passablement crétin et trop peu documenté sur la question des genres, après "Petit frère", roman à thèse ringard inspiré d'un fait divers, c'est un mâle sûr de son talent qui s'avance pour nous raconter l'Histoire.L'Histoirevue par le prisme de la « Mélancolie française », cette maladie nationale qui prend selon lui racine dans le désir refoulé de voir la France en nouvelle Rome.

L'étonnant avec cette thèse, c'est que Zemmour s'y tient tout au long de son livre sans jamais être en proie au doute. Il n'a pas même besoin de l'installer, elle coule pour ainsi dire de source. Elle est la réalité historique, on pourrait même dire transhistorique, puisqu'elle traverse les époques et les révolutions culturelles. C'est bien simple : quand la France se fait conquérante, c'est qu'elle admet sa destinée impériale ; quand elle ne l'est pas, c'est qu'elle s'assoit mélancoliquement dessus. CQFD. Face, Zemmour a raison ; pile, les autres ont tort.

D'un point de vue épistémologique, ces théories auto-justificatrices portent un nom : le n'importe quoi.Zemmour croit lire entre les lignes de l'Histoire, ou plutôt des grands faits historiques, du style vase de Soisson et bataille de Bouvines. Le problème, c'est qu'il est historien comme Jacques Séguéla est homme d'Etat : il ne se rend pas compte que suivre sa plume, fut-elle agile, ne fait pas office de clairvoyance.

A se regarder écrire, Zemmour semble avoir oublié de réfléchir. Certes, Paris a souvent cherché à revêtir la toge pourpre. Mais elle n'est pas la seule. Les fragments de l'empire démembré n'ont cessé de puiser dans la symbolique romaine, à l'appui de leurs velléités d'expansion. A Aix-la-Chapelle, Moscou, Tarnovo, Constantinople et même Rome, de Charlemagne à Mussolini en passant par Ivan III, les roitelets n'ont toujours eu que ça en tête. Ils n'avaient pourtant pas lu Eric Zemmour.

Baltel/Sipa

On trouve bien des âneries dans ce livre. Le chroniqueur de Laurent Ruquier nous explique ainsi le plus sérieusement du monde que la grande faute de Pétain ne fut pas commise en 1940, comme les naïfs le croient, mais en 1917, lorsqu'il a attendu les Américains au lieu d'envoyer les troupes françaises envahir l'Allemagne. N'importe quel enfant francilien ayant trouvé un casque à pointe sous les feuilles mortes d'une forêt de Seine-et-Marne pourra aisément lui répondre que les Allemands étaient plus proche de Paris que nous, de Berlin.

Zemmour ressemble ici au M. Bontemps du « Temps retrouvé », qui ne « voulait pas entendre parler de paix avant que l'Allemagne eût été réduite au même morcellement qu'au Moyen-âge, la déchéance de la maison de Hohenzollern prononcée et Guillaume ayant reçu douze balles dans la peau. » Il est malheureusement plus difficile de triturer l'histoire en marche que l'histoire révolue : comme le note le narrateur proustien, la bonne société de ces années de guerre se réjouissait, certes, d'entendre la succession des victoires françaises, mais ne pouvait s'empêcher de constater qu'elles se rapprochaient dangereusement de Paris. Comme quoi l'anachronisme mène à bien des erreurs : dans son analyse de la position française pendant la Grande guerre, Zemmour le Bonapartiste aurait mieux fait de lire Proust que Victor Hugo.

Si Zemmour est un piètre historien et un penseur brouillon, qu'est-il ? Où ranger son œuvre ? Se voudrait-il écrivain gaulliste, on lui répondrait que Mauriac avait une œuvre un poil plus élégante. Barrésien ? Il a bien le « culte du moi » et celui de la nation, mais il manque cette puissance mystique qui fit du Vosgien le « prince de la jeunesse », selon la presse de son temps. Restent ses amusantes prestations télévisuelles, parfois gâchées par son inculture sur tel ou tel point, et dont la vacuité semble toutefois l'attirer dans le piège du sensationnalisme à tout prix. C'est un phénomène dangereux, l'aspiration par le vide."

Published by ANDRE - ACTUALITES

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BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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