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  Gérard Depardieu a choisi la Russie, Brigitte Bardot se dit prête à faire de même si le président de la République ne gracie pas les deux éléphantes menacées d'euthanasie pour cause de tuberculose. Imaginons un instant la lettre que la marquise de Sévigné aurait adressé à sa fille pour lui raconter une histoire aussi rocambolesque. 


"Paris, le 4 janvier 


Ma mie, 

Sans attendre, je vous écris à nouveau pour vous raconter que la Cour vit ces temps un véritable séisme: figurez-vous que le roi François le Flou, dont on dit qu'il va d'une fesse depuis qu'il sait que le peuple ne l'aime plus guère, n'a pas déserté le trône durant la trêve de Noël.  

L'émotion est considérable à la Cour 

Emu par les critiques de ceux qui lui avaient reproché d'avoir en quelque sorte déserté pour gagner le sud du royaume sitôt après avoir été couronné, le Flou n'a pour ainsi dire pas quitté son cabinet. Comme je vous sais curieuse, mais bien plus mesurée que moi, je n'hésiterai donc pas à vous en donner la cause: le roi s'est trouvé fort marri de l'attitude du célèbre comédien Gégé de Châteauroux, vous connaissez ce colosse à trogne de moine défroqué: à des fins de protester contre la voracité du fisc et surtout de la spectaculaire augmentation de la gabelle décidée par le roi, l'acteur fit tout d'abord savoir qu'il s'établirait en le royaume de Belgique.  

L'affaire fit grand bruit, comme vous le savez peut-être, au point que le Grand chambellan Ayrault, qui s'empourpre pour un oui ou pour un non, s'en allât à dire qu'il trouvait cela "minable". 

L'émotion est encore considérable à la Cour: l'acteur compte autant de partisans que de détracteurs, y compris dans l'entourage du Flou. Cette histoire fit ainsi marcher les langues plus que de raison: les cancaneries, les fagots se vendent à présent cent sols le cent! Le cabinet du roi, qui escomptait une fin rapide de cette querelle, en est pour ses frais: Gégé de Châteauroux vient en effet de faire savoir qu'il avait obtenu, par la grâce du Tsar Wladimir le Blafard un livret de nationalité, faisant de lui un sujet russe!  

N'a-t-il poussé le défi jusqu'à publier un libelle dans lequel il dit son immense amour pour la Moscovie? Aurait-il dû relire les Lettres de Russie du marquis Astolphe de Custine qui sut comme personne peindre l'atmosphère un peu scélérate de la Cour de Russie? Il se serait sans doute rappelé le sort qui frappa François Lefort, conseiller, ami et même, chuchotait-on alors au Kremlin, amant du Tsar Pierre le Grand

Un autre événement, tout aussi spectaculaire en ces temps où les sujets les plus fortunés du royaume songent à s'exiler, qui en Grande-Bretagne chez le roi David le Joufflu qui les accueille à bras ouverts, qui en Belgique donc, qui encore en Helvétie ou au Grand-Duché de Luxembourg où l'on n'est pas trop regardant sur l'origine des écus. Cette fois je vous le donne en cent, je vous le donne en mille: devinez ma bonne, qui a fait savoir qu'elle s'établirait elle aussi en Russie si le roi de France ne graciait pas deux éléphantes que l'on soupçonne de transmettre fièvres et mauvaises toux aux humains. 

L'atmosphère de la Cour est comme empoisonnée: chaque jour qui passe apporte son lot de fagots et de rumeurs 

Dois-je vous avouer, ma mie, que je n'ai pu réprimer un sourire: il s'agit de la duchesse Brigitte de la Madrague! Elle qui dépense son compter écus et obstination pour combattre les chasseurs de fourrures, n'irait-elle pas se jeter dans la gueule du loup? Je ne veux pas pousser plus loin ce chapitre: je hais mortellement à vous parler de tout cela, mais ma plume va comme une étourdie. 

Comme vous pouvez le lire, l'atmosphère de la Cour est comme empoisonnée: chaque jour qui passe apporte son lot de fagots et de rumeurs. Il se dit ainsi que le roi, qui peine à embrasser la majesté de son devoir, vient d'engager un nouveau mage imagier. La Cour, toujours prompte à se gausser, n'a pas manqué de souligner que sa première tâche serait sans doute de convaincre le roi François le Flou de ne plus passer ses vêtements à la hâte, comme s'il venait à dormir à l'écurie. 

Il me faut à présent terminer cette lettre, ma bonne mie: je vais donc vous souhaiter une bonne année et vous assurer, ma très Chère, que je vous aime d'une parfaite et véritable tendresse.  

Adieu donc, ma très aimable, je vous embrasse mille fois et vous souhaite une heureuse année."

Published by ANDRE - ACTUALITES

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BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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