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Les cloches et les sirènes

 

 

Ce matin-là, lorsque j’ouvris les yeux, je ressentis au fond de moi un immense chagrin. Les regrets de ma vie, chaque jour accumulés me revenaient en foule à la mémoire.

Un regret surtout résonnait dans ma tête, un regret insensé et pourtant terriblement ressenti…

Pourquoi, pour affronter cette existence avais-je gardé tous mes esprits ?

Je me mis à envier les « irresponsables » déchargés de tous soucis, protégés même, quelquefois.

La raison s’attriste à chercher des raisons.

Pourtant, ce matin-là, ce n’était plus pareil.

Mes immenses problèmes de la veille apparaissaient enfin futiles et sans fondements.

Tout à coup je ne savais plus raisonner. C’est-à-dire que je ne savais plus compter, prévoir, organiser…

Alors tout se bouscula en moi, autour de moi.

Les meubles n’étaient plus des meubles, le matin n’était plus le matin, le petit déjeuner n’était même pas servi, les cloches de la cathédrale ne sonnaient plus huit heures, mais jouaient une douce musique lancinante, bien ancrée au fond de moi.

Les cloches, ah les cloches…

Les oiseaux sur la fenêtre…un nuage de fumée poétique laissait tomber sur la ville des poussières radioactives…

Les ouvriers en retard chantaient de joie dans les embouteillages monstres…

Un petit policier ne savait plus que faire, assourdi par les cloches…les cloches…

Les sirènes des pompiers…les grandes flammes de la société…une maison qui brûle…un enfant qui pleure…

La ville martyrisée…

Et ma raison…mes raisons d’exister…l’argent…la société…mes illusions…ma volonté déplacée…mes excuses et surtout mes regrets…et les cloches de ma tête toujours m’assourdissaient…

De l’immense brasier une lumière sauvage venait me réchauffer…des perles de sueur sur mon visage s’égouttaient…au creux de mes lèvres disparaissaient…

Et tes baisers…et notre amour plus fort que les regrets, au milieu du brasier s’est encore répété…

Nos corps se sont confondus, mélangés, nos corps ont répondu à notre éternité…

Et puis tout a disparu, le monde, l’argent, la société, la sirène des pompiers, les cloches et les regrets.

 

André Obadia

Flammes-dansantes.JPG

Published by ANDRE - ECRIT PERSONNEL

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BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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