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"A l’arrivée de Giverny Le rendez-vous est fixé à « L’arrivée de Giverny », un bar-restaurant qui fait de la cuisine franco-orientale, face à la gare de Vernon. « Je me sens chez moi ici », dit-il.  Leny est arrivé un peu en avance. Il a acheté une revue d’antiquités et un quotidien « pour faire les mots croisés ».  Echarpe rouge vif, bonnet enfoncé jusqu’aux yeux, il ne quittera pas sa parka durant les deux heures et demie d’entretien.

Attentif et disponible, sans manifester d’impatience. « Le temps n’existe pas. C’est l’homme qui l’a inventé. » A 76 ans, le rebelle des années yéyé n’a toujours pas déposé les armes. De sa maison normande ou lors des rares galas qu’il assure encore, l’enfant de réfugiés républicains espagnols continue de crier sa révolte, de dénoncer, d’user de mots tranchants comme des rasoirs.

Parfois, sa mémoire lui fait défaut et il laisse s’envoler ses mains fines en pestant contre des neurones soudain devenus « fainéants ». « Si je pouvais refaire ma vie, j’aimerais être chercheur. Dans la physique. Ou la génétique…, lâche Leny Escudero. Mais je n’ai qu’une toute petite culture, faite de bric et de broc, de lectures éparses, de rencontres. Je suis un âne. Oui. Mais un âne curieux. »

D’un geste, il relève l’épais bonnet de laine qui lui cache la moitié du visage, et cette chevelure qu’il a toujours eue longue en se fichant pas mal des modes. Dessous, son regard se voile. « Petit, je volais des livres placés à ma hauteur dans les rayons des librairies. Après, j’en ai récupéré au pilon. J’avais la rage de lire, d’apprendre et de m’approprier cette langue dont les autres gamins, en me traitant de sale espagnol, voulaient me tenir à l’écart. Dans leurs insultes, j’entendais sale pauvre. Ça hurlait dans mon ventre. Aussi, quand j’ai lu Céline, j’ai pris une vraie claque dans la gueule : enfin j’avais trouvé quelqu’un qui écrivait comme ça gueulait à l’intérieur de moi. »

Autant que sa révolte, cette souffrance l’a nourri. Elle l’a fait. « Je m’endors tous les soirs avec un bâton de dynamite dans le cul, et je me réveille le matin avant qu’il explose, lâche-t-il. Mais je suis aussi le reflet de tout ce que nos parents nous ont donné d’amour, de tendresse. Nous étions six enfants. Pauvres mais incroyablement soudés. Une véritable couvée… J’ai des souvenirs de mes parents nous défendant contre les franquistes le fusil à la main. De mon père, bûcheron, se cachant au plus haut de la montagne, là où les arbres s’arrêtent. Puis de nos fuites lorsque les fronts républicains craquaient de partout, lors des batailles de Madrid, de Barcelone. On y était ! On occupait les maisons des franquistes. On se sauvait en pleine nuit. Je suis arrivé en France à 7 ans et demi. Déjà plein d’amertume et de colère. »

Ses poings se crispent. Aujourd’hui, 70 ans plus tard, Leny n’a rien oublié de « ce que les démocraties ont laissé faire ». Rien oublié du goût de la vache enragée, à Belleville en 39. De  coups de poings et de sa volonté farouche, puisqu’on ne voulait pas la lui donner, de s’approprier la langue française. « J’avais un vieux dico. Il y manquait des pages. Mais je relevais, aussi souvent que possible, la signification précise des mots. Alors ils m’appartenaient. Ils étaient à moi. Gravés là. » Sa main à la peau parcheminée s’échappe encore. Se pose sur le siège de sa mémoire, où se sont élaborés, en 50 ans de carrière, tant de textes d’amour, de lutte, de combat. De cris.
« Je ne travaille pas comme mon pote Brassens, qui s’isolait en Bretagne avec douze petits cahiers lorsqu’il avait douze chansons à écrire. Les miennes mûrissent dans ma tête pendant des années. Parfois quatre. Cinq… Je n’écris rien. Pas même des débuts de phrases. Ça me force à les garder toujours à l’esprit, à les tourner et retourner jusqu’à ce que le déclic se fasse. Alors, il me faut la chanter. L’enregistrer tout de suite. De peur qu’elle disparaisse. » C’est sa manière à lui de prendre du champ, de laisser exploser la charge émotionnelle, puis de moissonner ce qui a repoussé sur les gravats. « Il faut que le texte mûrisse. Et que je me sens prêt à le recevoir. Par exemple, j’ai dû patienter cinq ans avant de composer « Je t’attends à Charonne », sur la manifestation du 8 février 1962 réprimée dans le sang. Neuf morts. Des centaines de blessés. C’était horrible. J’y étais. »

" Je sors de scène toujours rincé physiquement et nerveusement"

La colère monte. La voix de Leny Escudero se fait encore plus sourde. Plus pressa

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nte. Comme rongé par sa volonté de convaincre, il guette sur le visage d’autrui le moindre battement de cils. Le vocabulaire change aussi. L’homme faussement tranquille, qui s’est lancé dans l’écriture de quatre bouquins sans certitude d’en terminer un seul, s’élance dans une charge folle contre des mots ou des idées. « Tolérance : c’est un mot que je dégueule. Racisme : je voudrais avoir en face de moi l’enfoiré qui a lancé ça, parce qu’il n’y a qu’une seule race et c’est la race humaine. Pour moi, c’est un mot inventé, fabriqué et pas innocent. »

Il en a d’autres aussi. Attentif à l’actualité, mobilisé, toujours concerné, le combattant de Giverny a conservé une plume tranchante comme une lame de rasoir. « J’écris
moins, bien sûr. Pratiquement plus de chansons, mais une autobiographie, un roman, un polar. J’adore le polar. Ellroy, Chandler, Himes. Fred Vargas : elle a
une écriture magnifique et une culture extraordinaire… » Ça le fascine, Leny, avec son petit bagage enrichi au fil des ans et ses vieilles habitudes de « faiseur de chansons exigeant, pas de poète ». « Pour moi, dit-il, il y a les écrivains qui connaissent tous les mots et qui ont des choses à dire. Ceux qui n’ont rien à dire mais qui le disent quand même. Et ceux qui ne connaissent pas tous les mots mais qui ont des choses à dire. C’est mon cas. Alors pourquoi je ne le ferais pas ? »

Pour peu, il extirperait de la poche de sa parka un petit carnet à griffonner des idées, comme d’autres des croquis. « Je m’installe partout. A une terrasse en ville. Ou bien je
pose mon cul sur le bord du trottoir et je regarde passer le monde. Il faut avoir, comme moi, sillonné la France, pour dénicher ces endroits-là. » Aujourd’hui, Leny Escudero ne sillonne plus le pays. Il assure quelques galas, ici et là. « J’en sors toujours vidé. Rincé physiquement et nerveusement. Avant d’entrer en scène, je fais cent fois le tour de ma loge. Non pas à cause du trac, mais par pudeur : je sais que je vais me mettre à nu, me caler dans une bulle comme dans le ventre de ma mère. »"

 

FRANCK BOITELLE

 

 

escudero.jpg

L'article ci-dessus est tiré de Paris-Normandie. Leny Escudero, c'est toute ma jeunesse, à l'époque des "Yé_Yé"....

Il apportait une autre musique, une autre sensibilité, celle des écorchés vifs...

Je vous propose ci-dessous 3 des chansons qui me sont restées au fil des ans:

Pour une amourette

A Malypense

L"an 3000

 

      

Published by ANDRE - CHANSON-MUSIQUE

commentaires

Sidonie Laroche 21/08/2011 14:01



Sympathique et émouvant Leny Escudero. Un grand bol d'airs de quand j'étais jeune.



ANDRE 25/08/2011 11:04



'est vrai que cela rajeunit



BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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