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LE PASSEPORT

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Installé dans un compartiment, j’attendais avec lassitude le départ de mon train.

Il est difficile d’envisager avec euphorie la perspective des 19 heures de voyage qui séparent Copenhague de Paris.

Je fus tiré de ma somnolence par l’arrivée d’un jeune couple encombré de valises.

Le garçon un peu chétif, arborait un visage crispé et anxieux, et me fût assez antipathique. Il me parût indigne d’accompagner la très jolie rousse qui prenait place en face de moi.

Je lus dans son regard une expression d’intérêt à mon égard, et je vis à sa façon de parler qu’elle se demandait si j’étais Français.

Je ne fis rien pour la renseigner, j’entretenais le mystère, car je trouvais très agréable de les voir échanger en se demandant si quelqu’un les comprenait.

Mais je ne pus longtemps dissimuler mes origines…le Figaro que je venais d’acheter me trahissait.

Ayant porté son regard sur mon journal, la jeune et charmante fille rousse me demanda d’une voix très douce de lui expliquer le système des couchettes.

Je trouvais la question amusante, pour une entrée en matière. Je renseignais d’un air de connaisseur l’adorable créature et son compagnon maladroit.

 Entre temps, un quatrième voyageur avait pris place dans le compartiment. J’étais ravi de constater qu’il était Portugais, ce qui me laissait augurer un voyage dans la quiétude. Pas besoin de faire la conversation, cela aurait d’ailleurs été difficile avec un étranger, quant au couple, je pensais qu’ils auraient bien autre chose à faire que la conversation.

Mon seul souci résidait dans le fait que je n’avais pas de couchette réservée, et que la nuit venue, je serai fort ennuyé.

Mais il était 13 heures 40, et j’avais bien le temps de me préoccuper de ce détail.

Le train s’ébranla enfin, et mon premier souci fût de rattraper ma nuit précédente qui avait été remplie d’un touchant adieu à une blonde Norvégienne qui avait enrichi mon séjour à Oslo.

Un sommeil réparateur me laissa dans les bras de Morphée jusqu’aux environs de 16 heures. Je constatais alors que je devais mon réveil à un policier Danois qui venait contrôler les passeports. La formalité fût brève et sans intérêt, je rangeai mon portefeuille, lorsque mon rachitique voisin, dans le but initial de se débarrasser d’une petite bestiole, laissa échapper son passeport par la fenêtre.

Je faillis éclater de rire, mais je me ravisai immédiatement en voyant la mine penaude et déconfite du malheureux.

Il retomba sur son siège, le teint pâle, apparemment sans force.

Revenu de sa première surprise, il s’en fût prévenir les autorités compétantes.

Devant le regard mi inquiet, mi amusé de sa compagne, je crus de mon devoir de la tranquilliser par quelques phrases gentilles et pleines de sollicitude à l’égard de son adorable fiancé.

Quand ce dernier revint, c’est avec la larme à l’œil qu’il annonça l’obligation dans laquelle il se trouvait de descendre à la gare suivante.

L’Europe n’existait pas encore, et les autorités ne pouvaient envisager de laisser qui que ce soit franchir la frontière sans papiers…

C’est alors que je compris avec satisfaction que le garçon descendrait tout seul, pour rejoindre plus tard ce bijou de convoitise qu’il m’abandonnait.

A peine nous eût-il quitté, que sa fiancée se mit en devoir de m’exprimer _ avec beaucoup de retenue _ les regrets qu’elle éprouvait du départ de l’ingénu farceur.

Je dus rapidement la mettre en confiance, car je fus bientôt le confident de sa vie familiale, depuis ses dix frères et sœurs, jusqu’aux mésaventures sentimentales de son ainée.

Garçon poli, j’écoutais tout cela avec attention, et ne ménageais pas mes amicales approbations. J’appris ainsi son nom : Nicole.

Elle me confia qu’elle venait de vivre plusieurs mois à Copenhague où elle pratiquait la danse classique.

Echangeant ainsi nos confidences, nous en arrivâmes bientôt à nous tutoyer, et l’après-midi s’écoula vite, très vite, ce que je n’aurais jamais imaginé.

Comme la nuit approchait, et que trois nouvelles personnes avaient envahi le compartiment, je commençais à m’inquiéter – sans mot dire – des couchettes.

L’intuition féminine n’étant plus à démontrer, Nicole me fit remarquer que la couchette de son fiancé restait libre, et qu’il ne tenait qu’à moi d’en profiter.

Face à une si délicate attention, je compris qu’il eût été peu convenable de refuser, et m’installais confortablement au niveau supérieur, juste en face de Nicole. Mais il était dit que je devais rencontrer la plus aimable de toutes les adorables filles, car elle insista pour que nous partagions son repas.

Là, bien que n’ayant que peu d’argent sur moi, je dois avouer que j’eus quelques scrupules à accepter.

Fallait-il me résoudre à usurper la place de cet infortuné garçon, que j’imaginais tout seul et triste sur le quai d’une gare Danoise ?

Fort heureusement, elle trouva les arguments pour me convaincre, et je cédais à la tentation. Un peu gêné, je me régalais donc de toutes les victuailles qu’elle avait préparées dans son panier d’osier. Dans le fond, je lui rendais service…

Après un tel repas, un repos s’imposait, aussi je m’endormis, non sans avoir souhaité une bonne nuit à Nicole qui me sourit angéliquement avant que les brumes du sommeil ne voilent la douceur de son regard…

Lorsque vers 8 heures, je rouvris les yeux, je constatais que Nicole était dans le couloir du wagon, regardant défiler le paysage.

Je la rejoignais pour bavarder avec elle jusqu’à l’arrivée à Paris…

Sur un dernier sourire, nous nous séparâmes…

 

 

André Obadia

Published by ANDRE - ECRIT PERSONNEL

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BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

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"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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