Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« La surdité est comique, la cécité est tragique »

Résumé du livre

 

Desmond Bates, professeur de linguistique, s'ennuie. Ce veuf remarié à Winifred, une divorcée qui tient un magasin de déco très en vue dans la grande ville de province où ils habitent, a pris une retraite anticipée. S'il a saisi l'occasion de se retirer lors d'une restructuration de départements, c'est pour une raison bien simple : Desmond a des problèmes d'ouïe. Il n'est pas sourdingue, mais, tout de même, dur de la feuille. Son ordinaire est donc rythmé par la lecture du Guardian, le shopping domestique, les visites londoniennes à son père de plus en plus seul au monde et les activités culturo-mondaines de son épouse. C'est d'ailleurs pendant un vernissage - et alors qu'il ne comprend pas un traître mot et répond au petit bonheur la chance - qu'une étudiante en thèse lance sur lui ce qui ressemble très vite à une OPA.

Pourquoi Desmond ne l’aiderait-il pas à rédiger sa thèse ? Le professeur hésite. Pendant ce temps son père, martial, continue à vouloir vivre à sa guse et son épouse à programmer d’étonnants loisirs...

Comique, tragique, merveilleusement autobiographique, le nouveau roman de David Lodge s’inscrit dans le droit fil de Thérapie.

vie-en-sourdine.jpg

« Je ne pourrai jamais faire confiance à quelqu’un qui laisse des marques indélébiles sur un livre de bibliothèque. »

 

 

david-lodge.jpg

                                                                                                                                                                                                                           David Lodge

David Lodge est né à Londres en 1935. Après des études à l'University College, il a enseigné la littérature anglaise jusqu'en 1987 à l'université de Birmingham et donné des conférences dans le monde entier, notamment à Berkeley. Auteur d'une œuvre importante qui comprend des essais critiques et de nombreux romans, David Lodge a reçu de nombreuses distinctions. David Lodge est membre de la Société Royale de Littérature. Il habite Birmingham.
Le livre commence ainsi:
"Le grand monsieur grisonnant à lunettes, qui se tient en lisière de la foule dans la salle principale de la galerie, et qui se penche tout contre la jeune femme au corsage en soie rouge, baissant la tête et la détournant de son interlocutrice, opinant du chef sagement et émettant un murmure phatique par moments, n'est pas, contrairement à ce que vous pouvez penser, un prêtre hors service qu'elle aurait convaincu d'entendre sa confession au beau milieu de cette assemblée, ni un psychiatre à qui elle aurait extorqué une consultation gratuite ; et, lui, il n'a pas adopté cette posture pour mieux regarder dans le décolleté de la jeune femme, bien que ce soit un bonus accidentel qu'il tire de la situation, le seul en fait. La raison pour laquelle il a adopté cette position, c'est que la pièce est pleine de bruit de conversations, gronde d'un brouhaha qui se répercute sur les surfaces dures du plafond, des murs et du plancher, et tourbillonne autour de la tête des invités, les incitant à crier encore plus fort pour se faire entendre. Les linguistes appellent cela la réflexion de Lombard, du nom d'Etienne Lombard, lequel a découvert au début du XXe siècle que les gens haussent la voix dans un environnement buyant afin de compenser la dégradation qui menace l'intelligibilité de leurs messages. [...]"

 

Ce livre bouleversant d'humanité décrit à merveille cette époque de la vie où l'on quitte le monde des  actifs, et où l'on a tendance à faire un premier bilan de voyage...ce n'est pas encore l'heure de ranger son vestiaire, comme le dit si bien le chanteur Kent, mais c'est le début du troisième âge, ce moment de la vie où les proches commencent à disparaître, où les parents sont de plus en plus diminués, et où le corps ressent les premiers poids du temps passé...

Lodge réussit à nous présenter tout cela dans un pseudo journal intime qu'il agrémente de la tentation d'une jolie jeune femme, aussi troublante qu'imprévisible.

Il aborde avec brio, le problème de la surdité:

« Souvent, ce n’est que le contexte qui me permet de distinguer « deaf » et « death », et parfois, les mots me semblent interchangeables. La surdité est une sorte d’avant-goût de la mort, une très longue introduction au long silence dans lequel nous finissons tous par sombrer. »

On ne réalise pas tout de suite quelles peuvent être les conséquences d'une conversation au milieu de la foule:

 

Extrait :" Elle marque à nouveau une pause dans son monologue et le regarde comme si elle attendait quelque chose. «Très intéressant, dit-il. Très intéressant.» Espérant gagner du temps, attendant de voir si cela suffira, il porte le verre de vin à ses lèvres mais pour se rendre compte aussitôt qu'il est vide et qu'il lui faut l'incliner presque à la verticale et le tenir ainsi quelques secondes pour contraindre les dernières gouttes du chardonnay du Chili à descendre dans son gosier. La jeune femme le regarde d'un air curieux comme si elle s'attendait à ce qu'il réalise un tour de magie, tenir par exemple le verre en équilibre sur son nez. Son verre de vin blanc à elle est presque plein, elle n'en a même pas bu une gorgée depuis qu'elle a commencé à lui parler, de sorte qu'il ne peut proposer d'aller avec elle au bar se resservir, et il serait tout aussi discourtois de partir seul remplir son verre ou de l'inviter à l'accompagner dans sa démarche. Heureusement, elle semble comprendre son embarras - non pas son véritable embarras, à savoir sa totale ignorance de ce qu'elle a dit - mais son besoin de boire un autre verre ; elle sourit et, faisant un geste en direction de son verre vide, dit quelque chose qu'il est presque sûr de pouvoir interpréter comme un encouragement à aller refaire le plein. «Je crois que je vais y aller, dit-il. Puis-je vous en rapporter un autre?» Question stupide, que ferait-elle de deux verres de vin blanc, un dans chaque main? Et ce n'est manifestement pas le genre de personne à avaler un verre d'un trait pendant que vous allez lui en chercher un autre. Cependant, elle sourit à nouveau (un joli sourire qui découvre une rangée de petites dents blanches régulières), décline l'offre en secouant la tête, puis, à son grand désarroi, lui pose une question. Il comprend que c'est une question en raison de l'intonation montante et parce que ses yeux bleus s'élargissent légèrement, ses sourcils se froncent, et cela exige évidemment une réponse. «Oui», dit-il, en prenant le risque; et, comme cela semble lui faire plaisir, il ajoute vaillamment: «Absolument.» Elle pose une autre question à laquelle il répond également par l'affirmative, et alors, à sa grande surprise, elle lui tend la main. Manifestement, elle va quitter la réception. «Ravi de vous avoir rencontrée», déclare-t-il en prenant la main et en la serrant. Elle est fraîche et légèrement moite au toucher. «Comment avez-vous dit que vous vous appeliez - avec tout ce bruit, je n'ai pas très bien saisi.» Elle prononce de nouveau son nom mais en vain: le prénom sonne vaguement comme «Axe», ce qui n'est pas plausible, et le nom de famille est totalement inaudible, mais il ne peut se permettre de lui demander de répéter une nouvelle fois. «Ah, oui», dit-il, hochant la tête, comme s'il était content d'avoir assimilé l'information. «Eh bien, c'était très intéressant de parler avec vous.»

 

V ous prendrez beaucoup de plaisir à suivre le journal de Desmond, mais vous aurez aussi beaucoup d'émotions, des émotions très proches de nos vies quotidiennes, de nos sentiments avouables ou pas, de nos peines tout simplement humaines...

 

Bonne lecture, et merci Monsieur Lodge.

AVT_David-Lodge_3463.jpeg

 


 

 

 



Published by ANDRE - LITTERATURE

commentaires

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

Pages

Articles récents

Hébergé par Overblog