Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LA MERE S'EN EST ALLEE.../ ECRIT PERSONNEL

La mer était bouillonnante lorsque Bernard s'assit au bord de la jetée.

Il regarda longuement les flots venir mourir sur la plage déserte à la tombée de la nuit, en cette veille de Noël.

Seuls quelques surfeurs tentaient encore de prendre les vagues, et Bernard les voyait comme des pions de la vie, s'agitant et glissant sur les flots, avant de disparaître dans un tourbillon.

Dans quelques mois il aurait 45 ans....


A l'âge où les larmes ne devraient plus couler, il reste au fond de l'âme une énorme tristesse, une infinie détresse, l'amour éclaboussé!

A l'âge où les fils sont grands, la mère s'en est allée, et le coeur s'est brisé, comme la vague sur le rocher.

Toute l'enfance, toute la naïveté, dans le silence s'est noyée.

Et qu'importe l'affection trahie, ou l'amour incompris, la mère s'en est allée, et le fils est resté.


En Octobre dernier, Bernard avait fermé les yeux de sa mère, des yeux devenus vitreux depuis de nombreuses heures, des yeux ouverts qui ne voyaient plus rien de la vie.

Le souffle s'était ralenti, puis l'oncle Albert avait fait signe, en pleurant, que tout était fini.

La leucémie avait fini son travail destructeur, et en quelques semaines, celle qui lui avait offert la vie s'était éteinte.


Le spectacle de la mer à Biarritz, lui faisait penser à la famille, aux moments de bonheur, puis aux déchirures.

Il n'avait pourtant pas de grands regrets, simplement ce soir, il ressentait le vide nouveau et cruel laissé par cette femme qu'il avait aimée et haïe à la fois.


Elle avait été sa complice au temps de son adolescence, lorsque le dialogue avec le père ne se faisait pas, et elle était presque devenue son ennemie depuis son mariage.

Monique, sa femme, lui avait donné deux fils, et ressentait déjà la peine qu'elle subirait le jour où ses hommes la quitteraient.

Monique aussi, avait beaucoup souffert de la disparition de la "Mamie".

Ces deux femmes n'avaient jamais pu se comprendre, et pourtant le décès avait été insurmontable pour Monique aussi. Il est vrai qu'on voit toujours sa propre mort dans la disparition des autres.


-Te voilà orphelin


lui avait-elle dit! En effet, sa mère n'avait survécu qu'un peu plus d'un an à son père.

Curieux destin que celui de ses parents, juifs Pieds-Noirs, expatriés d'Algérie, et réunis dans la terre du cimetière Monumental, à Rouen.

La vue est belle de ce cimetière, mais elle est différente du souvenir des plages de sable de son enfance. Le ciel parfois bleu n'aura plus la chaleur accablante de l'Afrique du Nord, il couvrira leurs deux corps réunis mais défaits par tant de maladie.


-Lorsque je serai à la retraite, nous....


Son père avait nourri bien des projets, en oubliant de vivre parfois.

Il avait attendu ce moment merveilleux où on ne travaille plus, mais où on est payé, ce moment où on a l'impression de devenir libre.

Sa liberté fut éphémère, puisqu'il fut atteint par une hémiplégie du côté gauche. Il resta grabataire pendant douze ans, ne devant sa survie qu'aux soins incessants de sa femme, qui trouva la force de le nourrir, de le sortir à chaque fois des hôpitaux où il souffrait.

Elle aussi avait dû beaucoup rêver à la retraite.

Tous les deux pensaient à Copacabana, et ce nom était devenu familier, et synonyme de bien-être.

Leur chemin ne les aura jamais conduits jusqu'à la baie de Rio, ils se seront contentés quelque temps de celle des Anges, qui, bien que belle, n'offre pas le même exotisme.


Un surfeur sortait de  l'eau en traînant sa planche derrière lui. Il quittait le jeu...

Bernard pensait à tous ces gens qui quittaient le jeu, au moment où tant d'autres cherchaient à y entrer.

Le cycle de l'existence l'avait toujours fasciné, et il était heureux de pouvoir y penser, solitaire dans ce site merveilleux, et ce curieux bonheur venait comme une accalmie après la tempête, comme un port après la haute mer.

 

André Obadia

Published by ANDRE - ECRIT PERSONNEL, LITTERATURE

commentaires

pichenette 05/07/2010 19:59



Cher André. Je viens de lire cette belle lettre. Je ne peux rien en dire sinon que tu as raison de prendre la plume pour exprimer tout cela, pour toi et sans le vouloir pour ceux qui ne savent
pas exprimer leur deuil.



ANDRE 05/07/2010 22:03



Bonsoir


ce commentaire me fait très plaisir, d'autant qu'il émane d'une lectrice avertie.


Merci de ta visite et à bientôt


André



BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

Pages

Articles récents

Hébergé par Overblog