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L'esprit de Bernard vagabondait à travers le temps de sa vie, et la pensée de Monique, de Paul et Jacques, le ramena de nouveau à Biarritz, à l'entrée de la chambre d'amour, aux portes d'un symbole.
Bernard aimait beaucoup cette histoire de la chambre d'amour, où deux amants, virent leur amour figé par la montée des flots.

La légende est bien triste, mais elle exalte l'amour, et dans son esprit, l'amour c'était Monique...

Que de circonstances avait-il fallues pour qu'un petit Pied-noir rencontre une Normande née à Lisieux, dans une famille nombreuse de six enfants?

Il revoyait les photos de classes maternelles où Monique souriait à d'autres petits enfants...

Oui, il avait fallu bien du chemin, et beaucoup de hasard pour qu'ils se croisent et pour qu'ils s'aiment...

Il se souvenait encore d'une soirée en bande, un an avant leur rencontre, pour l'anniversaire d'une copine, celle-là même qui les présenterait plus tard...

Monique était accompagnée de son fiancé d'alors, et c'est avec le fiancé qu'il avait discuté.

-Je suis poète!

s'était présenté le garçon, et Bernard n'avait pu s'empêcher d'en rire. Comment pouvait-on oser dire une telle chose!

Sans le savoir alors, il avait peut-être aussi pensé que la fille qui l'accompagnait ne méritait pas un tel...


Toujours est-il qu'il la revit pendant son service militaire, et Sartre aidant, ils entamèrent un bout de route qui durait encore vingt trois ans plus tard.

Que de souvenirs merveilleux aurait-il voulu revivre devant l'entrée de la chambre d'amour...

Tous deux s'étaient dit ensemble, au même moment, qu'ils allaient construire quelque chose. Ils ne savaient pas quoi, mais ils en avaient le désir, un désir aussi fort que celui de leurs chairs.

Monique avait paru surprise, mais il lui avait dit:

-Si nous nous marions, il n'y aura que nous, nous contre tous les autres...


Et cela avait fonctionné.

Parce que les autres, et Sartre s'en souvient, n'apprécient guère ceux qui s'entendent, ceux qui sont complices, ceux qui paraissent heureux.

Ils en avaient vu venir des "amis", curieux de voir le résultat du mariage.

Il est vrai que Monique, avec tous ses diplômes contrastait avec lui et son BEPC.

En plus, elle était "prof", et lui gratte-papier dans une banque.

Rien ne semblait pouvoir les réunir, et pourtant ça marchait!

Leur amour devait venir de leur regard sur le monde, de la même appréhension des autres, du bonheur de se faire confiance, et du plaisir de voir les autres s'en plaindre.


Bernard n'avait pas le sentiment d'avoir grande importance, pourtant son entourage avait versé des pleurs pour son mariage, surtout sa jeune soeur.

Il entendait encore ses sanglots, et revoyait son départ soudain le jour des noces.

Il n'imaginait pas alors la profondeur de la blessure sur la famille, sa famille, mais aussi celle de Monique.

Un mariage, c'est comme une griffure sur l'enfance, la sienne mais aussi celle des frères et soeurs...

Que de souvenirs, que d'affections trahis aux yeux de ceux qui voient surgir un étranger qui change les règles du jeu.

Bernard voyait encore les danses de Monique avec ses frères, et s'il n'y avait pas eu de larmes, les regrets étaient aussi forts.

Magali, la soeur aînée de Monique, lorsqu'elle avait été présentée à Bernard, s'était retournée vers sa soeur et lui avait dit:

-Mais, pourquoi n'épouses-tu pas plutôt Richard?

Certes, tout le monde disait que Magali était à moitié folle, et qu'elle passait son temps à dire n'importe quoi, mais tout de même, cela lui avait fait drôle, et longtemps il en avait tenu rigueur à sa belle-soeur.

Et puis, il n'oubliait pas la réaction des parents, des siens comme de ceux de sa femme.


-Elle gagne plus que toi!

lui avait lancé son père...


-Elle n'est pas juive, que feras-tu pour tes enfants...

soupirait sa mère...


-Un juif pied-noir!

avait pensé très fort le père de Monique...


Mais rien n'y avait fait, l'heure de leur bonheur était avancée, et ils avaient su en profiter.

Bernard, malgré une réputation de séducteur au temps de sa jeunesse, s'était entièrement consacré à Monique.

Elle lui avait apporté d'abord l'humour, le recul sur soi-même, un art qu'il pratiquait fort peu.


-J'ai horreur de l'esprit de sérieux!


Cette remarque de Monique l'avait très souvent aidé à rester supportable  et lui avait servi de guide.

Bien souvent, cette réflexion aura servi à qualifier leurs relations, tous ces gens croisés dans une vie, et qui donnent l'impression désagréable de trop de sérieux, de trop de fatuité, pour en fait beaucoup d'inutilité.

Mais Monique, contrairement à beaucoup de femmes, lui avait donné confiance en lui, et au lieu de l'écraser de sa supériorité intellectuelle, lui avait au contraire suscité des envies de progrès.

C'est ainsi qu'il avait passé des examens professionnels, qu'on lui avait confié des responsabilités, et qu'aujourd'hui il gagnait plus qu'elle...

Pour en arriver là, plus ou moins consciemment, Monique avait interrompu ses études après sa maîtrise de philo pour se consacrer à mon fils, notre fils Paul...

Cela avait facilité le chemin de la réussite sociale du mari, et Bernard en était d'autant plus reconnaissant à son épouse, qu'il avait vu de nombreux couples se défaire faute d'encouragements mutuels, faute de complicité, peut-être aussi tout simplement faute d'amour.

Car l'amour, aujourd'hui encore, il ne savait pas le décrire, il ne pouvait que le ressentir, que le bien vivre.

L'amour aurait pu n'être que leur passion physique, cette cohésion des corps, de la chair, des odeurs, de la douceur des caresses, et du plaisir partagé le plus souvent.

Mais c'était aussi les idées partagées, celles de Mai 68, de Mai 81, tiens, Mai encore, comme le printemps de leur mariage...

Et puis, que la complicité est belle lorsqu'elle aboutit à un enfant, un enfant désiré comme le fruit d'une entente, comme un présent du ciel!

Ils avaient su faire ça ensemble, et c'était merveilleux, indicible, comme le retour de la salle de travail, lorsqu'il avait enfin appris qu'il était "papa", et en plus d'un fils.

Monique était encore plus belle!

Vingt ans après, il n'en revenait pas encore, ni de sa fierté, ni du "papa poule" qu'il était!

Quel bonheur de pouvoir agrandir une complicité à trois , et puis à quatre, cinq ans plus tard, lorsque Jacques avait à son tour débarqué dans leur vie.

Il avait choisi le même jour et la même heure que son frère, un dimanche à huit heures et quart du matin.

Quelle bonne idée que de naître un dimanche, jour de repos...

Y avait-il là encore tout un symbole?


Tout ce bien-être contrastait singulièrement avec le souvenir de sa "première" famille.

Bernard éprouvait réellement la sensation d'avoir vécu deux vies familiales distinctes, d'abord celle de ses parents, puis celle qu'il avait édifiée avec Monique et ses propres enfants.

Il aurait pourtant voulu ne jamais connaître les émotions dépeintes par Mauriac dans "Le désert de l'amour"...


Souvent, du temps de son adolescence, il se plaignait à sa mère de la difficulté de communiquer avec son père:


-Il ne me parle que de foot, il ne s'intéresse à rien de ce que je fais ou de ce que j'aime...


En fait, son père devait penser que le dialogue avec un fils devait être de sport...

C'est jeune le sport, mais c'est le sport des autres...

Bernard, lui, aurait préféré s'ouvrir de ses doutes et de tous ses espoirs, lire ses petits écrits à son père, comme il le faisait à sa mère qui lui prêtait toujours une oreille bienveillante.

Et puis les années passent, et l'envie du dialogue s'estompe, ou du moins, un autre langage voit le jour auprès des amis, des camarades, des étrangers...

Bernard savait aussi que ses fils devaient ressentir la même chose déjà, et il ne trouvait pas non plus les mots qui parlent, les mots qui ne blessent pas, les mots qu'on aime entendre lorsqu'on est jeune, lorsque l'on a envie de vivre à pleines dents...

 

André Obadia

Published by ANDRE - ECRIT PERSONNEL

commentaires

Abaque à Lettres 08/08/2010 20:00



Qu'elle est belle cette histoire. Un amour qui dure autant et de cette qualité...


On sent, avec les symbole, le style, et le bonheur qui transpire, la beauté d'une relation, un lien, qui, à la mesuure d'une vie humaine est éternel... et fort.


Je vous envie (cest une expression, ma vie est belle, autrement) !


*


et puis, je voulais vous féliciter pour la présentation de votre blog. Mon ordinateur, un tantinet vieillot, ne veut pas ouvrir la page de garde...  il doit y avoir un film qui le gène et ça
fait planter mon navigateur. Quand je serai sur un autre ordinateur, je viendrai voir...


 


J'ignore comment je suis arrivée sur cette page, mais ce fut un bonheur !


Bravo !



ANDRE 09/08/2010 08:22



bonjour


merci de votre visite, mais surtout de votre gentillesse.


à bientôt


cordialement


André



pichenette 05/07/2010 20:00



Une très belle lettre d'amour.



ANDRE 05/07/2010 22:04



Merci


cordialement


André



BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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