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L’APPEL DE LA NUIT / ECRIT PERSONNEL / NOUVELLE

L’APPEL DE LA NUIT

 

 

Il était évident qu’à l’heure où il sortait, Félicien Lecoq ne risquait pas de rencontrer grand monde.

La nuit très avancée enveloppait la ville d’une atmosphère angoissante, qui avait atteint ce pauvre Félicien jusque dans son sommeil.

Il s’était réveillé en sursaut, dégoulinant de transpiration, ne sachant plus très bien où il se trouvait. Peu à peu, son regard s’était accoutumé à la pénombre, il s’était habillé dans le noir, puis, après avoir refermé la porte derrière lui, il s’était élancé dans la nuit au hasard des petites ruelles de son quartier.

Il savait que là bas, quelque part, dans la ville nouvelle, quelqu’un l’attendait, le guettait, et il ne voulait pas manquer ce rendez-vous angoissant.

Le  moindre bruit le faisait tressaillir, il se retournait, cherchait à discerner une forme dans les ténèbres, mais rien, aucune ombre ne se profilait sous les lueurs hésitantes des lampadaires.

A cet instant, Félicien regrettait d’être sorti, d’avoir abandonné la réconfortante chaleur de son lit.

Pourtant, à ce moment de sa vie, il n’avait pas pu résister à cette force inconnue qui l’avait comme aspiré hors de chez lui, le poussant vers une rencontre improbable dont il n’avait pas encore vraiment pris conscience.

De nouveau, Félicien Lecoq sentit perler des gouttes de sueur sur son front plissé.

Il n’osait plus avancer, paralysé par un obscur pressentiment…

Il repensa alors à son réveil, au cri qu’il avait cru entendre, à cet appel fugitif, cette voix en détresse…

Un être, là-bas, il ne savait pas où, l’avait appelé au secours…

Il chercha à rassembler ce qui restait de son courage, et il courut, courut…

Il fallait faire vite, très vite…

C’était ce soir ou jamais !

Le bruit de sa course résonnait sur le pavé, et chaque fois que son pied s’écrasait sur la chaussée, la secousse provoquait comme un éclair dans son esprit.

Des images familières lui revenaient, une à une…

Il revit tout d’abord le petit village de son enfance, puis Monsieur De Forestire, le vieil instituteur qui répétait sans cesse que Félicien Lecoq ne ferait jamais rien de ses dix doigts…

Il entrevit Madeleine, la fille du Maire qui ne répondait jamais à son bonjour timide…

Et le bruit de sa course faisait revivre en lui le fracas de l’usine où son père partait chaque matin…

L’usine où il passait quelquefois regarder les hommes travailler dans un vacarme horrible. Cela l’avait déterminé à ne jamais remettre les pieds dans cet enfer. Il préférait gagner moins d’argent, mais ne pas se salir les mains et se détruire l’âme…

Bien sûr, il ne représentait pas grand-chose dans son emploi obscur de gratte-papier chez Monsieur Fernian, mais au moins, il était tranquille…

Pourtant, ce soir, sa quiétude semblait l’avoir abandonné, et de nouveau il se laissait entraîner par ses angoisses, par sa haine du monde et des gens, par sa peur aussi…

Soudain, à quelques mètres devant lui, il distingua un homme qui marchait paisiblement…

Félicien sentit ses mains se crisper…Il chercha dans sa poche le rasoir qu’il avait pris dans la salle de bain avant de sortir…

Il cessa de courir à quelques pas de l’inconnu…

Celui-ci se retourna, dévoilant un visage assez jeune à Lecoq, qui déjà ne le voyait plus distinctement…

Il le saisit par la manche de son manteau et le poussa contre le mur.

L’inconnu laissa échapper un petit cri aigu dans la nuit !

Félicien avait sorti le rasoir, et d’une voix autoritaire qu’il ne se connaissait pas, il ordonna :Coupe-chou-rasoir-rasage-cosmetique-hommes-produit-beaute-4.jpg

-       Restez tranquille bon Dieu ! Je ne vous veux pas de mal. Laissez-moi seulement vous couper les cheveux !

En effet, Félicien Lecoq avait toujours rêvé d’être coiffeur, et pour la première fois, ce soir, enfin, il avait trouvé le courage…

 

André Obadia

Mars 2011

Published by ANDRE - ECRIT PERSONNEL, LITTERATURE

commentaires

Fragon 27/07/2016 07:35

Drôle !

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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