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Georges Moustaki

est né "Giuseppe Mustacchi", de parents grecs, à Alexandrie (Egypte) le 3 mai 1934. Il nous a quittés le 23 mai 2013 à Nice.
Instrumentiste, auteur-compositeur-interprète, poète,
ses oeuvres seront souvent chantées par les plus grands : Piaf, Reggiani, Barbara, Dalida, Montand, Salvador entre autres...
Georges Moustaki se révèle comme interprète en 1969 avec "Le Métèque".moustaki-images.jpg
Il compose pour le cinéma, aime également écrire, dessiner et peindre.
Il parcourt la France et la planète (parfois à bord de sa moto) pour rencontrer ses amis, en découvrir de nouveaux et chanter partout sa révolution permanente.

Un homme simple, naturel, vif et amusant, piquant parfois... 
Barbara dit un jour :"Moustaki, c'est ma tendresse". 
Un mot qui lui va à ravir.

 

LE METEQUE

 

Ma liberté, cette chanson qui a accompagné toute ma jeunesse.

 

 

Avec Barbara, La dame brune.

 

Le temps de vivre...Hélas, il ne l'aura plus, et mon coeur est triste.

 

Il est trop tard....mais vous pouvez réécouter:

 

LES MERES JUIVES / CHANSON / GEORGES MOUSTAKI

 

 

 

Le testament de Georges Moustaki est donc ce «Petit abécédaire d'un amoureux de la chanson française», publié fin 2012 aux Editions de l'Archipel, avec une préface de son cher Vincent Delerm et des illustrations tirées de ses propres oeuvres graphiques.

D'Adamo à Zazie («le temps d'un duo à l'Olympia») et de Brigitte Bardot (qui «a failli être [s]on interprète») jusqu'à Boris Vian (qui «a failli être [s]on directeur artistique»), en passant par Cabrel, Carla Bruni, Coluche, Reggiani, Souchon ou encore Anne Sylvestre, ce poète y raconte un grand demi-siècle fait de musique, de passions et de rencontres.

En voici quelques extraits, qui disent un peu l'homme qu'il était. Solaire et lunaire à la fois, Moustaki n'était finalement peut-être pas né par hasard la même année que l'auteur de «Suzanne» et du «Partisan». Et si c'était lui, le Leonard Cohen français? 

Joan Baez

Joan Baez m’a rejoint un jour au Théâtre de la Ville pour chanter en duo «La Marche de Sacco et Vanzetti», que j’avais traduite à sa demande. Elle en avait écrit les paroles originales sur la musique d’Ennio Morricone. Trop brève rencontre sur les planches. Je garde à l’oreille les merveilles des «musiques du monde» qu’elle a créées et qui m’ont aidé à voyager par la pensée. C’est aussi une chanteuse francophone occasionnelle avec un accent des plus délicieux quand elle s’exprime dans notre langue.

Barbara

Quand je l’ai connue, Barbara était une jeune femme plutôt plantureuse qui maniait le goût du mystère avec malice. Elle trônait à La Boule d’or, un café de la place Saint-Michel, où les artistes du cabaret l’Écluse se relayaient avant de passer sur scène. Ses lunettes noires étaient un rempart contre la lumière et une assistance à sa myopie.

Je devais être en train de loucher sur les rotondités que laissait entrevoir son décolleté quand elle m’apostropha mi-agressive mi-séductrice: «Si j’ai bien compris, vous écrivez des chansons. Montrez-les-moi, au lieu de regarder mes seins comme un imbécile. Vous n’avez jamais vu une femme de près?»

Le jeune coq gauche et prétentieux que j’étais faillit se rebiffer. Mais le sourire narquois avait suffisamment d’humour pour me faire comprendre que, au-delà de la provocation, je l’intéressais. Les chansons furent montrées, Barbara les accepta, les transforma et les interpréta. Il s’ensuivit une relation amicale complice, des tournées, des fous rires…

[…] Sa retraite à Précy nous éloigna jusqu’à ce que sa mort nous sépare, en 1997.

Georges Brassens

Joues dodues, yeux globuleux, épaisses moustaches, cheveux lui mangeant le cou, costume bleu marine de premier communiant comprimant un corps généreux, voix rugueuse et regard qui roule; une guitare tenue comme une cognée, des paroles insolites, incongrues, venues du fond des âges ou puisées dans la rue, mots d’argot ou d’érudit, des idées qu’il était mal vu d’exprimer en public, une musique qui faisait boum boum, dissimulant les harmonies délicates; suant, grommelant… voici Brassens tel qu’il m’apparut pour la première fois aux Trois Baudets à Paris, en 1952. Il n’avait rien des chanteurs que nous proposait le music-hall de ces années-là.

Pour le poète-musicien que je voulais devenir, il était clair que je découvrais un maître. Ce fut simple de l’approcher, pour ensuite trouver en lui le plus fraternel des confrères. Ce fut simple, parce qu’il l’était éminemment. Brassens a été ma première rencontre avec un «professionnel» et un ami modèle.

La seule phrase qu’il m’adressa – «C’est de qualité» –, après avoir écouté mes premiers balbutiements d’auteur et de compositeur, a été pour moi la réponse de l’oracle à toutes mes questions et mes doutes sur la légitimité de ma vocation. Il se montra spontanément bienveillant et efficace: après avoir écouté et commenté favorablement mes (trois) premières chansons, il alerta tous ceux que sa récente gloire lui avait permis de connaître, pour les enjoindre de m’écouter, me produire, m’enregistrer…Un peu plus tard, il poussa même jusqu’à écrire la préface de mon premier recueil de chansons. C’était trop beau. C’était trop tôt. C’était trop.

 

Conforté par ce parrainage, je pris tout mon temps pour trouver ma place au soleil, me faire un nom pour l’ajouter au prénom Georges, que je lui empruntai – abandonnant le Joseph de mon état civil. Dans son élan de sympathie, il n’avait pas mesuré ce qu’il y avait de prématuré dans cet empressement. Les décideurs du show-business s’étonnèrent de ses éloges pour le débutant maladroit et peu prolifique que j’étais. La plupart d’entre eux ne firent aucun projet avec moi. Malgré tout, certaines portes s’ouvrirent, et des personnalités telles que Francis Claude ou Catherine Sauvage m’accueillirent de confiance. L’une et l’autre ont disparu mais restent des figures phare de notre métier. […]

Après avoir joué les groupies pendant plusieurs mois, en suivant tous les soirs Brassens des Trois Baudets au Vieux-Colombier, je finis par m’éloigner de l’ombre du maître.

Le nombre croissant de ses adorateurs me décourageait. Je me contentais d’aller l’écouter dans les music-halls où il passait en vedette, parmi les spectateurs anonymes, d’acheter tous ses disques et d’avoir le privilège de passer quelques minutes avec lui dans sa loge. C’était les seuls liens qui me restaient avec lui. Cependant, le temps d’un regard et quelques phrases échangées, j’ai toujours eu le sentiment d’être un de ses proches. Quand je grimpai à mon tour en haut de l’affiche, il nous arriva de nous croiser dans des tête-à-tête pudiques, souvent brefs, mais qui perpétuaient l’amitié admirative que j’éprouvais et éprouverai toujours pour l’homme et son œuvre. […]

Un souvenir, pourtant assez triste, me fait encore sourire: le jour où l’on célébrait une messe pour les obsèques de Félix Vitry, directeur de Bobino, nous nous retrouvâmes, Brassens et moi, dûment cravatés pour la circonstance, étrangers au lieu et à la cérémonie mais partageant la même émotion.

Je n’ai jamais osé lui envoyer la chanson «Les Amis de Georges», qu’il m’a inspirée. C’est après sa parution que j’ai appris par hasard qu’elle l’avait touché. C’est cet homme qui me manque. Même si je le voyais peu, il était présent dans mes pensées lorsque j’évoquais un ami et un modèle.

Il l’est toujours.

Brésil

J’ai découvert un Brésil littéraire et poétique par le biais des livres de Jorge Amado, et la bossa nova grâce à Pierre Barouh, dans les années 1960. Lors de mon premier séjour à Rio, j’ai rencontré Ellis Regina, Gilberto Gil, Chico Buarque, Jorge Ben. De retour à Paris, apprenant que Vinicius de Moraes et Toquinho jouaient au Théâtre du Ranelagh, je m’y suis précipité. Musicien et diplomate, Vinicius m’a accueilli avec faste et proposé d’écrire quelques chansons ensemble.

Quand j’ai rencontré Antonio Carlos Jobim, je le croyais au Brésil, lui me croyait à Paris, alors que nous étions à trois cents mètres l’un de l’autre… à New York. Il voulait que je traduise une ou deux de ses chansons en français. L’une d’entre elles («Les Eaux de mars») m’enthousiasmait, mais je n’en comprenais pas un mot. Il m’en a donné la clé: «L’hiver au Brésil commence en mars, tout change dans la nature, tu regardes, tu écris.» J’ai écrit à ses côtés, en quatre jours, une version française en essayant de respecter les sonorités, l’esprit et la lettre de l’originale.

Le Brésil est une des patries de la musique. Chaque région a la sienne. Elle s’enrichit de la fusion des rythmes venus d’Europe, d’Afrique et des Amériques. Indiens et immigrants ont mêlé leurs cultures, les ont unies dans les symboles mystiques et l’érotisme. Les instruments se mélangeant ont donné naissance à un univers de sons métissés, à l’image de la population.

Vincent Delerm

Cher Vincent Delerm,

Il a fallu que François Morel me traîne à l’Olympia pour que je me décide à aller vous écouter. J’ai la plus grande amitié (admirative) pour François et je ne pouvais pas lui refuser de l’accompagner à votre spectacle d’autant que j’avais deviné qu’il y avait une participation. Je ne comprenais pas l’engouement que vous suscitiez avec votre voix mal assurée, des textes à la limite du filandreux, un accompagnement musical minimaliste. Ajoutons les joues mal rasées, la chemise pendouillant sur le pantalon, un air intello des années 1950.

«Vous verrez, c’est une bête de scène», me susurra François Morel en devinant mon inquiétude d’avoir à subir ce que je viens de décrire. Je mettais cette réflexion sur le sens de l’humour de François et m’apprêtais à me consoler d’être là en savourant le profil charmant de Pauline, la nièce de François, qu’il avait eu le bon goût de placer à ma gauche.

Quand la bête de scène entra dans l’arène, précédée d’un discours en voix off de François qui tournait en dérision le «personnage Delerm», en des termes aussi drôles que lucides, la salle réagit comme pour une rock star. Le jeune gringalet qui déclenchait cet enthousiasme courut se réfugier derrière un immense piano noir. Et les musiciens? Où sont-ils, les musiciens? Il ne va quand même pas s’accompagner lui-même toute la soirée, ajoutant à la monotonie du répertoire celle de l’instrument unique, songeai-je, inquiet.

Dès le premier accord, les premières paroles: magie, talent, respect.

Cher Vincent. Tout à coup votre univers m’est apparu lumineux, convaincant, séduisant – humour, tendresse, intelligence… Acceptez mon mea culpa pour tout ce que j’ai pu dire plus haut. Après le spectacle, j’ai été boire quelques gorgées de bière avec vos géniteurs, histoire de prolonger mon séjour avec la famille Delerm.

J’ai, en décembre 2011, pour raisons de santé, décliné votre invitation à la création de votre spectacle Memory, aux Bouffes du Nord. Alors que vous étiez encore pour quelques soirs à l’affiche, vous m’avez offert le plus inimaginable et le plus émouvant des cadeaux: une représentation pour moi seul, en cours d’après-midi…

Nilda Fernandez

Nilda est un prénom féminin. C’est presque l’anagramme de son vrai prénom Daniel. Quand il est venu me rejoindre en Espagne, pour chanter un duo que nous avions créé sur un album en 1996, mes amis espagnols avaient du mal à l’appeler Nilda.

Nilda est mon petit frère et une de mes grandes admirations. Sa sensibilité, sa musicalité, son originalité le placent en marge (et en tête) des chanteurs franco-espagnols. De temps en temps, il fait une percée dans les charts avant de s’en aller vivre une nouvelle vie à Moscou ou chez les Inuits.

C’est quelqu’un qui me manque quand il s’éloigne.

Brigitte Fontaine

Fontaine Brigitte est avant tout une amie. Je dois me flatter d’être un des seuls à l’avoir convaincue de prendre place sur ma moto (après Françoise Hardy, Catherine Deneuve, Catherine Lara et Barbara). Ça lui a valu de se brûler les mollets à deux reprises avec le pot d’échappement et je crains qu’elle n’en garde encore des stigmates. Nous avons écrit une chanson ensemble.

J’ai accompagné son spectacle à l’accordéon quand elle était à court d’accompagnateurs. J’ai abrité ses amours illégitimes avec Areski, devenu depuis son mari et son compositeur, dans mon petit studio de l’île Saint-Louis. Depuis, nous sommes voisins. À présent qu’elle est une star, si je l’accompagne au piano, ce n’est plus pour pallier le manque de musiciens mais pour prolonger sur scène notre grande affection.

Brigitte Fontaine, Marie Laforêt ou Juliette, talentueuses à l’excès, chacune dans son style, passent aussi les bornes et connaissent le succès, grâce à leur savante extravagance.

Françoise Hardy

Hardy, irrésistible Hardy. Séduit par la femme, la chanteuse et le personnage, je me suis livré à deux tentatives de séduction. La première, assez mufle, en lui faisant passer un message par un maître d’hôtel à la table d’un restaurant où nous dînions. Procédé d’autant plus cavalier qu’elle se trouvait en compagnie de Jean-Marie Périer, que je savais être son amoureux. Elle eut l’élégance de ne pas relever la goujaterie et de m’adresser un sourire qui, pour charmant qu’il fût, était une fin de non-recevoir.

Quelques années plus tard, ma gloire de métèque m’ayant mis dans l’actualité, Jean-Marie Périer, pas rancunier, me proposa de faire une série de photos avec Françoise. Je les garde précieusement. Elles immortalisent des moments privilégiés, à deux sur ma moto, ou côte à côte dans une pénombre complice.

François Morel

Il a fait tous les pas qu’il fallait pour m’approcher, jusqu’au jour où je l’ai invité à déjeuner. Dès son arrivée, il s’est enfermé dans les toilettes et, n’arrivant pas à manœuvrer le verrou pour en sortir, il a failli y passer le déjeuner. Le comique de la situation et le fou rire nous ont rapprochés. J’ai, à mon insu, été un peu le déclencheur de sa vocation, sinon d’acteur, du moins de chanteur.

Georges Moustaki

Il est gentil, il est tendre, un peu trop nonchalant, mais au moins, lui, il prend le temps de vivre, il est exotique, charmant, souvent avec de belles filles, il paraît qu’il les aime adolescentes, il a raison; c’est un démocrate, un homme de gauche, mais non violent, pas du tout extrémiste, ses chansons sont engagées, un peu écolo, mais à sa manière, il est authentique, sa porte est toujours ouverte, pourtant il semble souvent seul, il chante si bien sa solitude, sa liberté, sa gueule de métèque, s’il rasait sa barbe, on verrait qu’il est beaucoup plus jeune qu’il n’en a l’air, sa voix est très douce, elle charme, elle endort un peu quelque fois, mais elle fait surtout rêver, il est grec, égyptien, juif, on dit qu’il habite le Brésil ou en Espagne une partie de l’année; en tout cas, il voyage beaucoup, dommage, on ne le voit pas assez en France, il a sûrement du succès à l’étranger grâce à toutes les langues qu’il connaît; c’était un copain de Brassens, qui l’a aidé à ses débuts, il ne se trompait pas le Georges; Brassens et lui c’est la même famille, ces gens-là savaient écrire, c’est pas comme maintenant.

D’accord, la voix c’est pas toujours ça, c’est un peu monotone, mais eux c’est pas des chanteurs, c’est des poètes, c’est dans la tradition des troubadours. Maintenant, avec leur sono, leurs synthés, leurs guitares électriques, on ne comprend rien de ce qu’ils disent, mais est-ce qu’ils ont vraiment quelque chose à dire? Ça se saurait.

Lui, au moins, il joue joliment de la guitare, c’est romantique, c’est musical, c’est doux. Mais il ne faut pas s’y tromper, il a aussi du rythme, il nous a ramené quelques chansons qui balancent bien, d’Amérique latine. On ne dirait pas à le voir comme ça, mais en spectacle il met une drôle d’ambiance, sans avoir l’air d’y toucher.

Il y a aussi ses musiciens, il sait les choisir, eux ne font pas semblant, ils ne se tortillent pas, ils jouent pour de vrai, ce sont de sérieux clients. La petite chanteuse qui l’accompagne, elle sait tout faire, elle a une belle voix, elle joue du piano, du violon; je crois qu’ils sont ensemble – en tout cas ils devraient parce que c’est un beau couple. Elle a de beaux yeux tristes, même quand elle sourit, et l’accordéoniste, il lui manque un doigt, c’est le plus vieux de la bande, mais pour toucher sa bille à l’accordéon, il n’y en a pas beaucoup comme lui, c’est un petit bonhomme qui n’a l’air de rien, mais un virtuose…

Édith Piaf

J’ai, le même jour, rencontré Édith Piaf et Henri Crolla. Guitariste néophyte, je nourrissais une véritable passion pour ce dernier. Une de mes musiques ressemblant par hasard à l’une des siennes, nous avons pris rendez-vous. Comme il devait se rendre chez Piaf, il m’a proposé de l’y accompagner afin que nous poursuivions notre conversation. Tout au bonheur de notre rencontre, il m’a élogieusement présenté.

Un brin sarcastique, Piaf m’a demandé ce que je chantais. Surpris, intimidé, j’ai pris une guitare et j’ai été lamentable. Avec son flair de professionnelle et sa sensibilité de femme, elle m’a donné carte blanche pour que j’aille l’écouter chaque soir à l’Olympia. «Venez me voir, vous saurez qui je suis.»

J’ai compris en la fréquentant qu’elle était une femme de théâtre, de cinéma, un personnage qui vivait des situations, et qu’il lui fallait une histoire, un décor pour chaque chanson. Elle m’a fait percevoir un comportement d’auteur en s’efforçant de me faire sentir ce que devait être une chanson pour passer la rampe, parvenir aux gens. Généreuse et aimante, elle était aussi exigeante et redoutable. Seigneur et maître en tant que compagnon, on était en même temps son serviteur dans le travail. Après notre rupture à New York, elle a failli enlever «Milord» de son tour de chant, mais, professionnelle, elle a préféré ne pas sacrifier la chanson.

L’histoire de Piaf est celle d’une éternelle ressuscitée. Enfant du cirque, elle a pris très tôt l’habitude de jongler avec les coups durs et la gloire, le bonheur et la tragédie, la peur de rien et la soif de tout. C’est sur scène qu’on trouvait une réponse aux questions qu’on se posait sur elle. C’est sur scène que Piaf atteignait la beauté, la santé et la force. L’alcool, la drogue, les maladies, les accidents n’ont jamais pu entamer sa grâce. Depuis qu’elle a disparu, nous laissant tous orphelins, elle reste présente pour ceux dont elle fut le maître, la maîtresse ou l’amie. La chanson est en manque de sa voix.

J’ai vécu un an près de cette femme. Un an de rires fous et de folle vie, de musique, de tempêtes et de passion. Elle avait quarante-deux ans, j’en avais vingt-quatre. Le temps nous a manqué pour vaincre nos différences. Mais chaque fois que je l’écoute chanter «Milord», ou une chanson écrite pour elle, je me rends compte que j’ai hérité d’une petite lueur de la flamme qui la dévorait.

©L’Archipel

Petit abécédaire d'un amoureux de la chanson française, par Georges Moustaki,
préface de Vincent Delerm, L'Archipel, 2012, 164 p. 16,95 euros

 

Moustaki-Moisan.jpgL'artiste québécoise Sophie Moisan venait de rendre visite à Georges Moustaki, à Nice. Elle prépare un hommage pour une exposition prévue à l'automne.

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Published by ANDRE - CHANSON-MUSIQUE

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BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

"un retraité qui prend le temps d'écouter et d'analyser tout ce qui fait notre quotidien... qui prend aussi le temps d'écrire... qui adore chiner... et qui adore les gravures anciennes... Un retraité qui aime vous transmettre ce qu'il aime, au hasard de ses souvenirs et de ses découvertes. "

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