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Publié par ANDRE


                                                     EVENTAIL

 

O rêveuse, pour que je plonge

Au pur délice sans chemin,

Sache, par un subtil mensonge,

Garder mon aile dans ta main.

 

Une fraîcheur de crépuscule

Te vient à chaque battement

Dont le coup prisonnier recule

L’horizon délicatement.

 

Vertige ! Voici que frissonne

L’espace comme un grand baiser

Qui, fou de naître, pour personne

Ne peut jaillir ni s’apaiser.

 

Sens-tu le paradis farouche

Ainsi qu’un rire enseveli

Se couler du coin de ta bouche

Au fond de l’unanime pli ?

 

Le sceptre des rivages roses

Stagnants sur l’or des soirs, ce l’est,

Ce blanc vol fermé que tu poses

Contre le feu d’un bracelet.

 

Stéphane Mallarmé.

 


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