"Etrange. Bizarre. Confus. Au lendemain de l’intervention de Nicolas Sarkozy, on se perd en conjectures sur les intentions que poursuivait le président-candidat en convoquant six chaînes (!) au Palais de l’Elysée.
Résumons brièvement ce qui ressemble, en définitive, à un festival d’une heure et quart de contradictions tous azimuts : le chef de l’Etat pose en capitaine Courage seul à même de piloter le paquebot
France dans la tempête de la crise. Fort bien. Il annonce donc une hausse de la TVA. Logique. Mais
il garantit qu’elle n’aura aucune incidence sur les prix et il assure même qu’il ne procèdera à "aucune augmentation d’impôt", comme si la TVA n’en était pas un…
Dans la foulée, Nicolas Sarkozy jure n’avoir jamais prononcé l’expression "TVA sociale", lui qui l’a fait une bonne trentaine de fois ces cinq dernières années. De
même, il dresse un tableau noir de l’état de la France, insistant sur la chute de compétitivité subie "depuis dix ans", soit depuis que la droite est au pouvoir. Et il vante par contraste la
situation économique de l’Allemagne en couvrant de louanges Gerhard Schröder… qui fut vaincu dans les urnes outre-Rhin. Après avoir supprimé un impôt de bourse cousin, Nicolas Sarkozy confirme également l’instauration
d’une taxe sur les transactions financières dans un seul pays, une perspective qu’il jugeait "absurde" il y a encore quelques mois.
Enfin, il remet sur le tapis le chiffon rouge des 35 heures, que la droite s’est bien gardée de supprimer depuis dix ans, et entend confier aux partenaires sociaux
le soin de négocier l’allongement de la durée du temps de travail, entreprise par entreprise : en 2007, Nicolas Sarkozy l’emporta grâce au slogan "Travailler plus pour gagner plus", cinq ans plus
tard, il repart au combat avec l’étendard : "Travailler plus pour… travailler plus". Et même "travailler plus… pour payer plus" si l’on prend en compte les probables conséquences de la
hausse de la TVA sur l’inflation.
Bouger pour bouger... la noyade assurée
Au final, ultime mais saisissante contradiction, Nicolas Sarkozy qui s’est escrimé pendant une heure, à poser en président jusqu’au bout, annonce bel et bien
sa candidature : "J’ai un rendez-vous avec les Français et je ne me déroberai pas". A disséquer autant d’oscillations, d’approximations, et de tête-à-queue, on comprend que le doute se soit
emparé de son camp à 80 jours de l’échéance élyséenne.
Etrange, l’intervention présidentielle de dimanche soir n’est pourtant pas totalement inédite. Elle en rappelle une autre qui ne fut pas moins ubuesque : celle de
Jacques Chirac le 21 avril 1997. Ce jour-là, on s’en souvient, le président de l’époque était venu annoncer aux Français une dissolution de l’Assemblée nationale qu’il avait récusée à plusieurs
reprises les mois précédents.
Convaincu qu’en demeurant immobile, il continuerait de s’enfoncer dans les sables mouvants de l’impopularité, Jacques Chirac se résolut à bouger… pour bouger
! Et il se noya. Nul n’a jamais vraiment compris les "circonstances exceptionnelles" qui justifiaient de sa part l’exécution d’une initiative tellement audacieuse qu’elle finit, avec la victoire
de Lionel Jospin, par se retourner contre son auteur.
Volte-face stériles
Nicolas Sarkozy marche sur les traces de son aîné. Dimanche soir, il a procédé à la dissolution de son propre bilan. Pour le faire oublier, il est venu dévoiler une
batterie de réformes que tout autre dirigeant, en Allemagne ou ailleurs, aurait prise… en début de mandat. Annoncer des mesures qui ne prendront effet que s’il est réélu achève de dessiner les
contours d’un mandat qui, de bout en bout, et de secousses en convulsions, se déroula à contre-temps.
En à peine cinq ans, le quinquennat sarkozyste aura consisté à faire tout… et son contraire, et à défaire à la fin ce qui avait été entrepris au début : bouclier
fiscal conforté puis supprimé, TVA restauration abaissée puis rehaussée, réception en grandes pompes de Kadhafi puis intervention en Lybie, couple franco-allemand négligé puis encensé, relations
avec la Grande-Bretagne confortées puis méprisées, police de proximité supprimée puis rétablie, etc…
Dans tous les domaines, les volte-face, que l’impact de la seule crise économique ne saurait justifier, sont tellement nombreuses qu’elles en viennent à cerner la
quintessence du sarkozyme, en campagne comme au pouvoir : parler sans cesse, bouger tout le temps, voire agir souvent, mais sans jamais se soucier ni du sens, ni de la cohérence. Avec l’énergie
pour carburant, et le bougisme pour viatique, Nicolas Sarkozy a franchi une à une les étapes de la conquête. Une fois au sommet, la même méthode a condamné son volontarisme stérile à se fracasser
sur le mur du réel.
A propos de la candidature de François Mitterrand en 1988, Lionel Jospin lâcha un jour une interrogation terrible, parce que terriblement juste : "Un second
septennat, pour quoi faire ?". C’est faute d’y avoir répondu que le dernier mandat de l’ancien président socialiste fut un naufrage. Un second quinquennat Sarkozy ? Pour quoi faire ?
Par-delà le brouillard attisé par son agitation, c’est à cette question que le candidat Sarkozy ne parvient pas à répondre. Président sans boussole, il s’est transformé dimanche soir en candidat
sans cap."
Pourquoi pas, définitivement le Cap Nègre?
Par ANDRE
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Publié dans : ACTUALITES
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Lundi 30 janvier 2012
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30
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/Jan
/2012
17:25
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