Des hommes / CINEMA / LUCAS BELVAUX. 2021

Des hommes / CINEMA / LUCAS BELVAUX. 2021
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
Ils ont été appelés en Algérie au moment des "événements" en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d'une journée d'anniversaire, d'un cadeau qui tient dans la poche, pour que quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

Voilà bien longtemps que je n'avais vu le sujet de la guerre d'Algérie traité avec autant de force et d'émotion.

L'auteur du livre éponyme, Laurent Mauvignier, apporte un regard plutôt objectif sur les horreurs perpétrées par les deux camps. Lucas Belvaux a fidèlement adapté cet ouvrage, avec un casting éblouissant.

Réalisateurs

Scénaristes

Scénariste Lucas Belvaux
D'après l'oeuvre de Laurent Mauvignier
Dialoguiste Lucas Belvaux
Adaptateur Lucas Belvaux

Acteurs et actrices

Gérard Depardieu
Rôle : Feu-de-Bois
Catherine Frot
Rôle : Solange
Yoann Zimmer
Rôle : Bernard
Félix Kysyl
Rôle : Février
Édouard Sulpice
Rôle : Rabut 20 ans
Fleur Fitoussi
Rôle : Mireille
Ahmed Hammoud
Rôle : Idir

Il se prénomme Bernard. Dans le pays, on l'appelle Feu-de-Bois. Ça lui va bien. Il est brûlé de l'intérieur, noir de crasse et d'alcool, inflammable. Il se consume lentement, dans un mutisme et une misère à faire peur. Il a 63 ans, le visage bouffi, les cheveux jaunes, de grosses moustaches et un nez grêlé. Il vit seul, dans un gourbi. La nuit, il arpente la forêt, un fusil sous le bras; le jour, il traverse la campagne sur sa vieille Mobylette pour aller s'échouer sur le zinc des bars. C'est, dit de lui Laurent Mauvignier, «un bloc de silence qui s'est rétracté».

Feu-de-Bois sent mauvais. Il pue la mauvaise gnôle, la cendre froide et la haine. Pour tout le village, et pour les siens en particulier. Pour lui-même, aussi. Autrefois, il a insulté l'une de ses soeurs sur son lit de mort; il a accusé sa mère de lui avoir volé un chèque; il a abandonné, dans la banlieue parisienne, sa femme et ses deux gosses. Seule sa soeur Solange trouve encore grâce à ses yeux.

Le jour de son anniversaire, dans la salle des fêtes où tous les amis sont réunis, en titubant il lui offre une broche en or nacré avec l'argent qu'il a dérobé à sa mère après son départ pour la maison de retraite. Solange la refuse. Fou de colère et d'humiliation, il part alors casser du «bougnoule», pénètre dans la maison de Saïd, le seul Arabe du canton, tente de violer sa femme, terrorise leurs enfants et s'en retourne chez lui, ivre mort. Il vomit son passé. Il se vomit.

C'est la guerre d'Algérie qui l'a brisé, qui a fait de lui une épave. Parti avec un FM et un missel, il ne s'en est jamais remis. Une jeunesse en enfer. Les camarades abattus. Le médecin du bataillon martyrisé. Les fellagas torturés. Les filles violées. Les corps carbonisés par les bombardements au napalm. Les villages détruits. Les harkis qui trahissent et ceux que la France a trahis. Là-bas, pourtant, il a rencontré Mireille, il rêvait de fonder une famille et d'ouvrir un garage en France. Mais il a fini à la chaîne des usines Renault de Billancourt, habité une HLM, et finalement tout largué pour revenir croupir, en 1973, dans son village natal, broyer du noir et se battre avec ses fantômes.

D'autres, comme son cousin et voisin Rabut, ont aussi été appelés en 1960, et ont connu l'horreur. En apparence, ils s'en sont sortis. Ils mènent aujourd'hui de petites vies respectables. Ils ne se vautrent pas dans l'abjection comme Feu-de-Bois. Mais ils sont pareillement hantés, malgré les lourdes doses d'anxiolytiques. Ils se cachent toujours pour souffrir. Ces mots, par exemple, Rabut n'a jamais osé les dire à sa femme: «Nicole, tu sais, on pleure dans la nuit parce qu'un jour on est marqué à vie par des images tellement atroces qu'on ne sait pas se les dire à soi-même

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