L’arme aérienne durant la Guerre d’Espagne à travers les BD francophones (2/4 La terreur des bombardements)

L’arme aérienne durant la Guerre d’Espagne

à travers les BD francophones (2/4 La

terreur des bombardements)

 

Après avoir planté le décor aéronautique de la Guerre d’Espagne dans la première partie de ce dossier, reste à voir maintenant ce qui se dégage du volet aérien de ce que les BD nous montrent de la guerre civile espagnole. Et nous allons commencer par une impression d’ensemble suggérée par les différents albums.

 

 

Cette peur de l’alerte aérienne est une des atmosphères qui semblent caractériser le conflit civil espagnol. Ou au moins sa traduction actuelle en bande dessinée. On mesure ainsi la distance qui sépare l’arme aérienne de la Première Guerre mondiale et celle de ce conflit qui éclate moins de vingt ans après. En 14-18, les bombardiers ne sont pas en capacité d’infliger des dommages très loin des limites du champ de bataille. Sauf peut-être les Zepplin Staaken allemands qui atteignent Paris, dans le tome 3 du Pilote à l’Edelweiss de Yann et Hugault. Forts de leur supériorité numérique et technique et mus par leur haine envers « les rouges », les franquistes et leurs complices italiens et allemands ne se gênent pas pour utiliser l’arme aérienne et perpétrer les mêmes massacres que les troupes au sol avec les exécutions sommaires massives.

 

 

Pour ce qui est du bombardement de « terreur » de Guernica, on ne peut pas hélas prétendre que ce massacre soit une nouveauté dans l’histoire sanglante des conflits humains. Seul le moyen – par la voie des airs – est nouveau. Mais les massacres systématiques des populations civiles ont toujours joué ce rôle d’instruments de terreur destiné à affaiblir voire annihiler les capacités psychologiques de résistance de l’ennemi. C’est le rôle qu’a joué le massacre de Maarat al-Numan lors de la première croisade en 1099 avant la prise de Jérusalem, celui de Béziers en Languedoc en 1209 au début de la croisade des Albigeois. Ne parlons pas des pyramides de crânes des anciens Assyriens, dont la férocité était proverbiale.

 

 

Le danger des bombardements ou des mitraillages est matérialisé dans les cases des bande dessinée par ces sinistres silhouettes d’avions que nous avons vues dans Seule, qui est une publication récente. Mais cette terreur qui vient du ciel, nous la retrouvons déjà dans des albums bien antérieurs. C’est le cas dans La mémoire blessée de Tito, où nous assistons à l’effroi des paysans fuyant leur village envahi par les troupes franquistes, et survolés par un groupe de trois avions italiens (Savoie-Marchetti SM 79) volant à basse altitude.

 

 

Toujours ces mêmes silhouettes noires menaçantes que ce soit dans le ciel du front de l’Ebre, ou celui de Barcelone vivant ses derniers mois de liberté dans Max Fridman. Il en est de même dans Espana la vida où la population de Guernica voit arriver les silhouettes noires.

 

 

Et terminons ce passage en revue, encore une fois par la grâce de Yann et Juillard, qui nous donnent dans le début de Double 7 une vision très réaliste du ciel de Madrid à l’hiver 1936. Là, « comme presque chaque jour désormais, l’intrépide Légion Condor écrase vaillamment Madrid assiégée sous un tapis de bombes ». Nous reviendrons en conclusion sur cette phrase. Ayant ainsi montré la Légion Condor à l’œuvre à Madrid, Yann et Juillard donnent aussi leur place aux Italiens en fin d’album : « Février 1937, quelque part au dessus de Guadalajara, la vaillante ʺAviacion Legionariaʺ mussolinienne accomplissait son œuvre civilisatrice de pacification ».

 

 

 

Mais, à la fin de ce même album, les silhouettes ou les représentations des avions ont disparu, car les héros sont au sol, lorsque se déclenche une alerte. Il n’y a plus que le bruit des cloches du tocsin avertissant de l’attaque aérienne, puis l’éclatement des bombes. Ce qui génère une épaisse fumée qui engloutit Roman et Lulia. Ceux-ci disparaissent ainsi du récit.

 


 

Double 7. Yann (scénario). André Juillard (dessin). Dargaud. 72 pages. 16,95 euros.

 

Soledad T4 La mémoire blessée. Tito (scénario et dessin). Glénat. 46 pages. 6 euros.

 

 

Max Fridman – No Pasaran Intégrale T3 à 5. Vittorio Giardino (scénario et dessin). Glénat. 167 pages. 30 euros.

 

 

Espana la vida. Maximilien Le Roy (scénario). Eddy Vaccaro (dessin). Anne-Claire Jouvray (couleurs). Casterman. 128 pages. 25 euros.

 

Guernica. Bruno Loth (scénario et dessin). La Boite à Bulles. 84 pages. 19 euros.

 

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