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BIEN LE BONJOUR D'ANDRE

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L’arme aérienne durant la Guerre d’Espagne à travers les BD francophones (1/4 Typologie des appareils)

L’arme aérienne durant la Guerre d’Espagne
à travers les BD francophones (1/4
Typologie des appareils)

« La voilà donc, la guerre » ! C’est par ces mots que Lola, la courageuse petite héroïne de Seule, commente sa première rencontre avec la guerre civile qui ravage son pays et à laquelle elle a échappé jusqu’alors. Le ciel nocturne au-dessus de son village républicain catalan est obscurci par des fumées noires. On y distingue les silhouettes d’avions trimoteurs, dont on devine qu’ils viennent de larguer leurs bombes, qu’on a entendu exploser à la case précédente.

Les populations espagnoles seront les premières victimes de masse de cette arme nouvelle, l’aviation moderne, qui va porter la désolation bien en dehors du champ de bataille avec la violence que l’on verra se développer dans la décennie suivante. Mais durant le conflit civil espagnol, le cas de la destruction de Guernica le 27 avril 1937 ne sera pas isolé et c’est ce que nous allons voir. La BD historique francophone actuelle commence à s’intéresser à cet aspect de la Guerre d’Espagne à preuve la publication des deux albums, Double 7 en 2018 et L’ombre du Condor en 2019.

 

 

Et donc, pour commencer, comme sur un aérodrome fictif, passons en revue quelques types d’appareils tels qu’ils apparaissent le plus fréquemment dans les BD sur la Guerre d’Espagne.

Avions italiens et allemands contre français et soviétiques

Puisqu’en 1936, l’industrie aéronautique espagnole (Hispano-Suiza, Construcciones Aeronauticas S.A.) ne fabriquait que des avions français sous licence, ce sont des aéronefs venus de l’étranger et livrés ou vendus aux deux partis en présence qui s’affrontent dans le ciel d’Espagne. Les BD nous offrent un panel de quelques uns de ces différents appareils.

 

L’avion italien qui est le plus fréquemment représenté dans deux des premières BD traitant de la Guerre d’Espagne est un trimoteur. Il s’agit du bombardier Savoia-Marchetti SM.79. Il apparaît à plusieurs reprises dans ces deux albums. Il est d’ailleurs frappant de constater que dans Max Fridman, Vittorio Giardino ne représente que des avions italiens et aucun allemand. On pourrait penser que c’est ce type de trimoteur qui bombarde le village de Lola au début de Seule. Il est encore présent au dessus de Guadalajara dans l’album Double 7.

 

Mais il y a aussi, dans le camp franquiste, un autre trimoteur, c’est l’avion allemand Junkers Ju 52, connu de par sa tôle ondulée et qui va connaître une longue carrière dans la Luftwaffe durant la Seconde Guerre mondiale. Nous le voyons dans sa version transport dans un passage de L’ombre du condor. La scène représente l’embarquement des soldats franquistes à bord de ces appareils que vont permettre aux troupes d’Afrique de traverser le détroit de Gibraltar : 15 000 hommes en 10 jours (août 1936), premier pont aérien de l’Histoire. Devant l’avion et face à ses hommes assis, un sous-officier de la Légion espagnole braille : « Dites adieu à l’Afrique, légionnaires. Nous allons en Espagne pour combattre les rouges ». Dans les cases suivantes qui racontent le vol entre Tétouan et Séville, le dit sous-officier n’en mène pas large et doit se donner du courage à grandes rasades de vin rouge. Le Junkers 52 est aussi représenté dans sa version bombardier, moins fréquente que la version transport, dans les premières cases de Double 7, où il a maille à partir avec la chasse républicaine.

 

Dans ce même album surgit un autre appareil allemand, lui aussi appelé à un bel avenir : le chasseur Messerschmitt BF 109. Il est aussi représenté dans le tome 5 de Mattéo. Ce chasseur de supériorité, testé en Espagne par la Légion Condor, sera utilisé par la Luftwaffe durant tout la Seconde Guerre mondiale et même au-delà. Par une bizarrerie de l’histoire, le Me 109 sera utilisé par la jeune Armée de l’Air d’Israël durant la première guerre israélo-arabe de 1948-1949, où il affrontera son ennemi de la bataille d’Angleterre le Spitfire anglais, qui équipe….. l’Armée de l’Air égyptienne ! C’est à cet affrontement en quelque sorte historiquement inversé auquel nous assistons dans l’album de Yann et Juillard, Mezek !

 

 

Il y a également un autre avion allemand que nous trouvons dans les cases des BD sur la Guerre d’Espagne, c’est le bombardier en piqué Junkers Ju 87 le célèbre Stuka. Si on veut avoir une représentation exacte de la première version utilisée en Espagne par la Légion Condor, il suffit de se reporter à la page de titre de l’album L’ombre du condor de Gérardo Balsa, où celui-ci a reproduit le dit bombardier en train d’effectuer son largage de bombe en piqué. Petite remarque au passage : Stuka est l’abréviation du mot allemand Sturzkampfflugzeug, qui signifie « avion de combat en piqué » ce qui est donc un terme générique et ne désigne pas un type d’appareil en particulier. Le dessin de Gérardo Balsa montre bien ce qui différencie cette première version des suivantes en particulier le gros carénage des jambes du train d’atterrissage. Nous retrouverons ce Stuka un peu plus loin.

 

 

Du coté républicain, se trouvent des appareils français et soviétiques. Il est bien connu que les différents gouvernements français contemporains de la Guerre d’Espagne ont eu une politique fluctuante à propos de l’aide apportée à la République espagnole. L’album L’ombre du condor de Géraldo Balsa montre comment Pierre Cot, ministre de l’Air du Front Populaire, envoie en août 1936 des avions de combat en Espagne. Ceux-ci forment l’escadrille « Espaňa » avec sa tête l’écrivain André Malraux. Parmi ces appareils, il y a cinq bombardiers Potez 540, qui portent les lettres E, S, P, A et Ñ d’España sur leurs dérives. C’est sur cet appareil que Pedro, un des héros de L’ombre du condor commence sa carrière de naviguant, comme mitrailleur (et non pas comme « artilleur » ainsi qu’il est appelé dans l’album). On aperçoit aussi ce Potez 540 dans le Double 7 de Yann et Juillard, fugitivement au début, puis plus longuement à la fin.

 

 

Mais les Potez 540 ne sont pas les seuls bombardiers à faire partie de l’Aviation de la République. Il y a aussi des Tupolev SB-2M-100A, avions soviétiques qui à leur livraison en octobre 1936, étaient plus rapides que la plupart des chasseurs présents à ce moment-là en Espagne. Encore une fois, nous les trouvons dans L’ombre du Condor, mais aussi dans le Double 7 de Yann et Juillard.

 

Sont aussi soviétiques les chasseurs Polikarpov I-15 (biplan) et I-16 (monoplan). Le premier est bien sûr dans L’ombre du Condor, car cet album couvre le début de la Guerre d’Espagne. Le I-15 est ensuite remplacé par le I-16, plus évolué. Celui-ci, dont les rares exemplaires sont hélas trop peu nombreux sur le champ de bataille, est devenu un avion de légende pour le camp républicain. Normal, car le Polikarpov I-16 était léger, rapide, manœuvrant et pendant un temps supérieur aux appareils franquistes jusqu’à l’arrivée du Me 109 plus puissant. Pour la petite histoire de la technique aéronautique, il aurait été un des premiers avions équipés d’un train d’atterrissage escamotable, mais que le pilote devait actionner à la manivelle. Il est qualifié de « meilleur chasseur de son temps quand il entre en service en 1935 ». Nous aurons l’occasion d’y revenir.

 

 


 

 

 

Seule. Denis Lapière (scénario). Efa (dessin). Futuropolis. 72 pages. 16 euros.

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Double 7. Yann (scénario). André Juillard (dessin). Dargaud. 72 pages. 16,95 euros.

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L’ombre du Condor. Gérardo Balsa (scénario et dessin). Éditions du Long Bec. 56 pages. 15,90 euros.

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Soledad T4 La mémoire blessée. Tito (scénario et dessin). Glénat. 46 pages. 6 euros.

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Max Fridman – No Pasaran Intégrale T3 à 5. Vittorio Giardino (scénario et dessin). Glénat. 167 pages. 30 euros.

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Mattéo T5. Jean-Pierre Gibrat (scénario et dessin). Futuropolis. 64 pages. 17 euros.

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