NIRMAN

NIRMAN

Les détours de l’inattendu, le hasard des rencontres virtuelles. Ou encore, peut-être, forcer son destin. Nirman a tout vécu dans un

même flot. Ce matin-là de juin 2017, le geste quotidien, automatique, d’allumer son téléphone. Une notification Twitter précise :

« Da Silva vous suit ». Nirman, qui tient son aîné de chanteur en haute estime, ne réprime pas ses élans d’enthousiasme. Il lui envoie un

message incluant un titre de son répertoire, une proposition de duo et une invitation pour son concert parisien au Café de la danse.

Pas de round d’observation interminable, Da Silva répond dans les dix minutes. Indisponible pour le concert, partant pour le duo.

Il demande aussi un numéro. Appel dans le quart-heure, causeries musicales et enregistrement en studio du duo Highlands le mois

suivant. L’entente entre eux est définitivement scellée au prestigieux studio ICP à Bruxelles, l’album se fera dans un pas de deux.

Nirman donc, Dimitri Nirman sur le passeport. Nirman, le nom du père, barde et musicien russe, contraint de se réfugier dans les

caves de Saint-Pétersbourg pour faire entendre ses ritournelles engagées, et bifurquant presque par obligation (la contrainte de

la langue) vers la composition de musique de films lors de son arrivée à Toulouse. Initiation naturelle, transmission héréditaire

et passion commune. Dimitri s’inscrit au Conservatoire, écoute en boucle les Beatles et confesse à 13 ans qu’il sera chanteur.

Inconsciemment, c’est le rêve avorté du père qu’il veut atteindre.

Chez lui, de la détermination et de la discipline. D’abord la clarinette en tant qu’instrumentiste, puis la chanson-jazz. L’alliage

entre les deux genres est fragile, surtout dans les esprits. Nirman ne joue pas les prolongations. Il revêt alors un habit qui lui sied

davantage et conforme à ses aspirations actuelles. Collaboration probante et de longue haleine avec Guillaume Farley. Première

carte de visite, il y a deux ans : l’EP Animal. De la chanson française teintée de pop hybride et d’électro organique. Et un titre

sensible, au fort potentiel émotionnel et à la réception unanime. Il s’appelle Azzam David. « Ils partageaient les coups durs/Courir

les filles, les aventures/Première cigarette/Tous deux en cachette/Ignorant la grande fracture/De bonnes raisons pour faire

le mur/Sans lamentations/Et sans traditions ». Cette chanson sur le pouvoir de l’amitié entre deux enfants rattrapés par la haine

de leurs ancêtres trouve une caisse de résonance dans le contexte actuel. Elle a permis à Nirman de décrocher le prix du texte lors

du tremplin du Pic d’Or à Tarbes. Elle a aussi ému Francis Cabrel au cours d’une résidence de travail à Astaffort. Autant de signaux

approbateurs qui ont fini par convaincre son auteur de lui offrir une seconde vie sur l’album.

Sous la houlette de Da Silva, Nirman n’a pas cherché ici à courir derrière les modes. C’est un disque intemporel, aux teintes nuancées

et dans lequel les mélodies s’insinuent en douceur et avec élégance. Un disque sur lequel des invités investis et de renom se

glissent : Thomas de Pourquery au saxophone, Nicolas Fiszman le fidèle bassiste de Benjamin Biolay, Cali pour un duo autour de

l’engrenage des errances nocturnes (Compagnon de lune).

Il y a la voix feutrée, très en avant, proche de celle d’un Alex Beaupain. Il y a aussi une délicate offrande à son fils (Je te dirai), une mue

féminine et féministe (Quand je ne serai plus belle), l’apprivoisement de l’isolement créatif (Ma solitude), une pièce amoureuse en

plusieurs actes (C’est déjà du passé), une déclaration frontale (Mon amour). Il y a là encore une percée dans les eaux plus sombres

de la nostalgie (Elles me rappellent) et de la tristesse profonde. Celle de l’absence du père, disparu pendant la conception du

disque (Sur le balcon de mon coeur, Où es-tu).

Des mots ordinaires, touchants de justesse et de simplicité. Comme son interprète.

(Dimook Promotions / PIAS)

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