MATTEO / JEAN-PIERRE GIBRAT / CINQUIEME EPOQUE / BANDE DESSINEE HISTORIQUE

Matteo poursuit sa guerre civile en Espagne. Avec une petite unité de combattants, il s’est établi chez don Figueras, un vieillard aux allégeances fascistes. Prisonnier de son fauteuil roulant, le patriarche est dépendant du héros et de ses compagnons d’armes dont il ne partage évidemment pas les convictions. Une sorte de respect s’installe tout de même entre les deux gaillards qui ont en commun le deuil d’un fils, réel pour l’un, symbolique pour l’autre. Les républicains coulent des jours presque tranquilles au domaine, mais l’ennemi se rapproche.

Dans ce récit, le conflit espagnol n’est finalement qu’un élément du décor d’un huis clos au cœur d’Alcetria, un village pas très loin de Barcelone. Le scénario convoque les mêmes personnages que dans les tomes précédents, au premier chef Mattéo, dont les relations familiales et amoureuses demeurent troubles et conflictuelles. Il y a aussi Aneschka, son amoureuse, et Amélie, avec qui les choses sont sempiternellement ambiguës. Ces deux femmes aux caractères affirmés entretiennent des rapports d’amour-haine, un peu en écho à ceux des deux hommes. La chronique repose sur des textes finement travaillés qui ont le don de surprendre par leur ton poétique et leur humour espiègle.

Les illustrations de Jean-Pierre Gibrat ont l’allure d’un crayonné magnifiquement mis en couleurs à l’aquarelle. Le dessinateur aime les femmes et prend visiblement plaisir à les dessiner. Le bédéphile a certes l’impression que c’est toujours la même et qu’elle ne vieillit jamais, mais qui diable pourrait se lasser de ces jolies brunes? Il se montre plus intransigeant avec ses acteurs qui portent davantage le poids du temps et des épreuves, certains diront qu’ils ont plus de caractère. Enfin, au-delà des portraits, l’artiste réalise de magnifiques décors. Certains sont très détaillés, d’autres moins, mais tous constituent de forts beaux écrins.

L’ultime opus de Mattéo est attendu dans deux ans alors que le héros sera cette fois partie prenante de la Deuxième Guerre mondiale. Le bédéiste compte ensuite donner une suite au Vol du corbeau. En entrevue à Casemate, il dit souhaiter établir des ponts entre ces deux univers. Les aficionados trépignent d’impatience.

Par J. Milette

 

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